Politique

Pourquoi Mohamed Saïd Fofana a été confirmé à son poste…

La reconduction surprise du Premier ministre Mohamed Saïd Fofana a bouleversé bien des pronostiqueurs, adeptes de la cartomancie, charlatans de tous poils et autres joueurs de cauris. On le sent dans la fureur qui s’est emparée du baromètre de l’opinion, les médias, surtout chez ceux-là même qui sont censés  être plus proches du pouvoir. Pourtant, les signes avant coureurs étaient là, présents et gros comme le mont Everest. 


 
Finalement, la montagne du suspense a accouché d’une punaise (la souris serait trop grosse). Une sorte de non évènement que nos enquêtes nous avaient permis d’appréhender plus ou moins le jour même de la « démission » de Mohamed Saïd Fofana.  
 
« Il ne faudrait surtout pas exclure que l’actuel locataire de la primature soit reconduit. C’est en tout cas lui qui tient la route pour le moment », nous avait dit un membre influent du gouvernement sortant. 
 
Du côté de la présidence, le son de cloche n’était guère différent. Un de nos interlocuteurs, très bien introduit dans le secret des dieux, nous a donné quatre noms qui semblaient en compétition : Mohamed Saïd Fofana, premier ministre démissionnaire, Kerfalla Yansané, ministre de l’économie et des finances, Kiridi Bangoura, ministre secrétaire général de la présidence et, divine surprise… Ibrahima Kassory Fofana, ancien ministre de l’économie et des finances sous Lansana Conté et qui, ces derniers temps, s’est livré à un jeu de yoyo, adaptant son discours entre les bons et mauvais point qu’il fallait, selon lui, du haut de sa posture, distribuer entre le pouvoir et l’opposition. 
 
Dans ce registre des « candidatures », on a soufflé sans trop y croire le nom de Kemoko Touré, ancien directeur général de la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG). L’intéressé avait bel et bien été consulté par Alpha Condé, à l’époque nouvellement élu président de la République, mais il a avait poliment décliné l’offre. Son passage à la CBG a révélé un homme à poigne qui n’aime pas l’amateurisme et les petites magouilles. Cela lui a d’ailleurs créé des inimitiés du côté de certains hauts responsables de la CBG, placés avant son arrivée en situation de rente. La question de sa candidature se poserait si l’intéressé lui-même n’avait pas déclaré à la presse que le seul poste qu’il accepterait éventuellement dans le futur gouvernement est celui de ministre des mines. 
 
« En vérité, je ne crois pas une seule seconde qu’un Kassory, qu’un Kiridi ou un Kerfalla puisse être nommé à ce poste. Mohamed Saïd Fofana correspond beaucoup plus au profil recherché par le président. Je crois que ce sera lui », avait déclaré notre source de la présidence. 
 
Les autres interlocuteurs que nous avons interrogés nous ont également fait comprendre que l’ancien fonctionnaire du ministère du commerce bombardé à la primature à la faveur de l’élection d’Alpha Condé était le mieux placé pour être choisi – en tenant compte de la personnalité du chef de l’Etat. 
 
En réalité, les choses se seraient déroulées à deux niveaux pour un Alpha Condé qui, en 3 ans de gestion, nous a prouvé qu’il n’aime pas prendre des risques qui pourraient chambouler son univers. 
 
« Il a clairement fait le choix de la continuité qui pourrait lui garantir une certaine stabilité dans sa méthode de gestion de pouvoir. Je ne dis pas que c’est le meilleur choix mais c’est comme ça que le président fonctionne. La deuxième chose c’est qu’il avait besoin de quelqu’un d’opérationnel », affirme un analyste étranger. 
 
« Mohamed Saïd Fofana n’est pas susceptible de porter ombrage au président. On ne lui connait pas d’ambitions politiques affichées. C’est son principal point « fort » si on peut l’expliquer ainsi. Il y a aussi le fait qu’un nouveau venu devrait prendre ses marques hors, à 2 ans de la présidentielle, Alpha Condé n’a plus le temps », ajoute-t-il. 
 
Le choix de la continuité (ou de la stabilité) obéit donc au fait que le chef de l’Etat n’aime pas qu’on lui marche sur les pieds. Certains des ses fidèles diront qu’il a foi dans son projet et d’autres plus critiques n’hésitent pas à afficher leur mécontentement. 
 
Avec Kiridi Bangoura, très politique, il courrait le risque de voir un homme ambitieux et plein d’opportunisme politique (ce qui n’est pas forcément un défaut) s’offrir le tremplin que constitue la primature pour, qui sait, se mettre sur orbite.  
 
Pour la petite histoire, sous Lansana Conté, un certain Sidya Touré, auréolé d’une gestion de la primature jugée très satisfaisante par les populations, a provoqué une vague de panique dans les rangs du Parti de l’Unité et du Progrès (PUP), quand il a décidé de rejoindre l’Union des Forces Républicaines (UFR)… 
 
Kerfalla Yansané, certes beaucoup moins politique qu’un Kiridi Bangoura, n’est pas homme à se laisser démonter et sa présence à la primature pouvait provoquer une ambiance qui pouvait gêner un Alpha Condé. L’homme, considéré comme un technocrate, serait moins enclin à tous les compromis. Ce n’était donc pas le bon choix. Pas assez « souple », diraient les pontes du régime. 
 
Quant à Kassory Fofana, il aura entretenu l’illusion d’une possible nomination à la primature que le temps d’une campagne pour les élections législatives cumulé à celui mis pour l’installation de l’assemblée nationale. L’homme est connu pour sa forte personnalité et sa propension à se fabriquer lui-même ses hommes. Son bref passage au ministère de l’économie été finances, sous Conté, l’a largement démontré. Il était donc trop gênant pour Alpha Condé. Le jour même de l’installation de Claude Kory Kondiano à la tête de l’Assemblée nationale, on a vu l’ancien ministre des finances plastronner au palais présidentiel, s’offrant même un déjeuner avec le chef de l’Etat. Le temps de digérer ce qu’on lui a offert, il s’est vite rendu compte de ce que Machiavel a théorisé il y a plusieurs siècles : « un ennemi, on l’embrasse pour mieux l’étrangler ».  
 
En fait, malgré un discours conciliant prononcé à l’extérieur du pays, il n’était surtout pas question dans l’esprit d’Alpha Condé d’offrir la primature à l’opposition virtuelle, réelle ou de circonstances … 
 
in mediaguinee.com

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