Politique

Violation des droits de l’homme : Témoignage d’un rescapé du Camp Boiro.

A l’occasion de la commémoration du 43ième anniversaire de la disparition de leurs parents, l’association des victimes du Camp Boiro a organisé un point de presse. Au cours de la conférence un rescapé de la prison témoigne.

 

Je m’appelle Abass Bah. J’ai été arrêté en 1971 précisément le 14 juin à l’aéroport de Conakry. J’allais pour une mission sur le fleuve Niger à Kankan et à Bamako accompagné des experts des Nations Unis qui étaient venus aider la Guinée à installer un système automatique d’annonce de crues. J’avais donc un ordre de mission signer par Ismaël Touré. J’ai fait mes formalités et puis j’attendais qu’on appelle les passagers pour l’embarquement et puis je vois un gendarme arriver. Il dit, vous êtes Abass Bah ? j’ai dit oui. Il dit vous ne voyagez plus. J’ai dit,  j’ai un ordre de mission signé d’Ismaël Touré. Il m’a dit non vous voyagez plus. Il m’a sorti du hall et m’a mis dans le bureau de la gendarmerie de l’aéroport. Il m’a mis les menottes. Mon père était là. Il prenait un avion pour Labé. D’habitude quand je me sépare avec mon papa on s’embrasse. Quand il a voulu m’embrasser je l’ai retenu pour lui dire que je suis en état d’arrestation il est retombé dans le fauteuil. C’est la dernière image que j’ai eu de lui.

On m’ a envoyé à la gendarmerie où je suis resté une semaine. Oularé un des secrétaires de Siaka est venu me chercher en voiture lundi matin. Il m’a déposé au Camp Boiro  dans la cellule N° 22 naturellement ils m’ont déshabillé ; j’étais nu comme un verre. J’ai entendu écrire sur la porte quelque chose après avoir fermé. Je suis resté là 9 jours. Je ne bois pas d’eau je ne vois pas à manger. Le matin du 9ieme jour on est venu m’apporter du quinquéliba brûlant. On m’a fait savoir qu’on a mis fin à ma diète complète et que je suis soumis à une demie diète c’est-à-dire  que je mange un repas par deux jours. Deux mois après, on est venu me chercher. Je suis allé devant une commission dont le président était mon ancien professeur de philosophie. On m’a soumis à 16 questions. On me dit de reconnaitre j’ai refusé de signer un tel papier qui consisterait à me condamner moi-même. Il m’a dit si tu ne signe pas avec moi, tu signeras avec un autre. Des agents de l’armée m’ont déposé devant un cabinet technique. Quand moi j’étais sous le pneu, le téléphone de campagne branché sur toutes mes parties sensibles, mes codétenus étaient à genou  soit sur des morceaux de bouteilles ou alors en train de pomper, à un moment donné, mon ami Diawara dit écoute Bah si on ne signe pas ils vont nous tuer. 

On a signé tout est parti de là. Le président de la commission a demandé à ce qu’on rédige un rapport pour moi. Quand j’ai lu, le président a dit qu’on ne peut pas me faire un rapport pareil, il faut lui rédiger un rapport à sa mesure  un rapport sensé être vrai.

Le lendemain il m’a fait lire un autre. Il voulait que je dénonce tous mes camarades qui étaient à Conakry ; je lui ai dit non puisque c’est moi qui ai recruté les gens qu’il me laisse dénoncer moi-même. Il m’a di ok j’ai dénoncé des amis qui sont en France Aux USA en Suisse. Des gens sur lesquels Sékou Touré ne pouvait mettre main. Cette lecture a permis à tous les guinéens de savoir que ce n’est pas vrai. Ismaël Touré a dit si c’est moi ‘’Consta’’ on a dit oui,  il m’a dit de choisir dans quelle ville on va me pendre par ce que mon cas doit servir d’exemple à la jeunesse. Je lui ai répondu que nos vies sont entre les mains de Dieu il en décidera comme il voudra. Quand j’ai fini d’enregistrer il y avait mon Pr de Philosophie Mamady Keita. J’ai dit vous m’aviez appris la recherche de la vérité selon la vérité de Kant je me souviens très bien de ce cours mais là vous me montrez une autre méthode pour trouver la vérité. Il était gêné. Il a demandé aux agents de me renvoyer dans ma cellule, depuis on s’est pas revu.

Deux ans au camp Boiro, cinq ans à kindia, 129 détenus dans la même salle, peuls, soussous, malinkés, forestiers mourraient, la mort ne connaissait pas de nom   Ils ont mis les photos à l’envers ils disent les détenus qui sont à droite, seront condamner à mort. A gauche, c’est les condamnés à perpétuité. On transfert les photos si votre photo se retrouve à droite, vous êtes condamné à mort, si par hasard votre photo se retrouve à gauche vous êtes condamner à perpétuité, ceux là sont son exécutés le 25 janvier dans la nuit.

 

Sadio Baldé

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