Politique

Guinée : Mois de janvier truffés de douloureux événements, le devoir de mémoire de l’OGDH(Déclaration)

Le mois de janvier ne peut s’effacer de la mémoire de beaucoup de Guinéens. Bien de familles ont pleuré le 25 janvier 1971, d’autres le 22 janvier 2007. En effet, le 25 janvier 1971 des cadres du parti Démocratique de Guinée – PDG – parti au pouvoir et des hauts cadres de l’État guinéen, ont été pendus au pont du 8 novembre. Les citoyennes et citoyens qui s’y étaient rendus pour voir ce sinistre spectacle furent plus étonnés et écoeurés par la façon dont des mères de familles, avec des bâtons, violaient ces corps sans âmes dans un pays où le cadavre est sacré.

En janvier et février 2007, suite à la mauvaise gouvernance et à la paupérisation de la grande partie de la population guinéenne, une insurrection nationale populaire se répandit dans tout le pays ébranlant le régime.

Le gouvernement réagit avec violence et cruauté sans pareilles. À Conakry, au pont du 8 novembre, le 22 janvier un massacre fut perpétré par les bérets rouges.

À l’intérieur du pays aussi la répression des manifestants fut cruelle. Le nombre de victimes de ces jours dépassa celui de toutes les manifestations précédentes et postérieures. Mais hélas, les réactions des autorités nationales comme de l’opinion internationale restèrent mitigées.

Le mois de janvier reste dans la mémoire des Guinéens comme un mois de sinistre.

Le Guinéen ne peut oublier ces corps sans vie en petite culotte qui balancent au pont du 8 novembre ; ces femmes qui tentent de les souiller, ces cadres du Parti – État,ces pères de familles respectés exposés à la vindicte « populaire » en oubliant ce quereprésente le mort dans notre culture. Ce jour plus de 80 personnes furent pendues à travers le pays.

Le guinéen se souvient des pétarades d’armes de guerre contre le peuple portant des rameaux sur ce pont du 8 novembre en ce 22 janvier 2007, ce pont arrosé de sang d’innocents avides de Démocratie.

Tous ces crimes comme beaucoup d’autres en d’autres temps, restent impunis. Même leur commémoration pose problème.

Pourtant ces manifestions sont un devoir de mémoire. Le rappel de ces événements

cruels, de ces violations graves des droits de l’Homme a pour objet de les rappeler à tout

le monde afin de les garder en notre mémoire, faire comprendre leur gravité, leur

abjection, les condamner et ainsi les bannir de nos comportements.

C’est un droit républicain, démocratique primaire ce devoir de mémoire. C’est une

des premières libertés de tout citoyen. Le refus d’examiner les crimes commis depuis

l’indépendance constitue une impunité devenue un comportement politique, un mode de

gestion des relations humaines.

L’impunité est en réalité le terreau où poussent les crimes.

En effet, l’impunité est un déni de justice. C’est la négation de la force de la loi, du droit (du

droit national, sous régional et universel).

Ainsi l’État reste en réalité sans loi, sans droit. Il devient alors un État sauvage qui est

la contre face de l’État de droit.

La lutte contre l’impunité va avec le respect des droits de l’Homme. Ce respect est le

fondement de l’État de droit, c’est la base de la paix et de la sécurité dans la société. C’est

aussi la condition sine quoi non de la réconciliation nationale, réconciliation qui ne doit pas

oublier le rôle si important des victimes dans ce processus. La clé du déblocage du climat

politique et du rétablissement de la confiance et de la réconciliation, c’est la question de

l’impunité et de l’iniquité de la justice.

L’État guinéen d’aujourd’hui a, à sa tête des hommes de l’opposition d’hier qui ont lutté

pour un État de droit, se sont exposés à la répression et l’ont subie de la part des maîtres

d’hier. Ils ont condamné ces crimes hier.

Pourquoi ne peuvent-ils pas juger aujourd’hui les présumés coupables de ces

crimes ?

Il est étonnant que le travail judiciaire à accomplir reste encore si énorme. En effet,

depuis 1958, année de l’indépendance, les victimes n’ont pas obtenu justice. L’OGDH

condamne encore ces crimes et demande justice.

Ces derniers temps seulement les crimes de Galackpaïe et l’attaque contre la maison

privée du Chef de l’État ont été jugés.

L’OGDH en appelle au gouvernement, au Ministère des Droits de l’Homme et des Libertés

publiques, au Ministère de la Justice, afin de faire la lumière sur le passé, et répondre aux

attentes de justice des victimes, d’associer les victimes au processus de réconciliation

nationale.

Mais hélas ! Tous les crimes du Camp Boiro, les arrestations et les assassinats de

1985, toutes les répressions de 2006 à 2013, lors de manifestations politiques ; sans

parler des cas particuliers ; l‘assassinat de cadres de la région forestière à Cosa en

2001, en plein jour, les massacres de Saoro, Zogota et N’Zérékoré, les tuéries du

bétail dans Beyla et N’Zérékoré et actuellement à Guéckédou, le pogrom contre des

citoyens guinéens à Siguiri, Kouroussa suite à la rumeur d’empoisonnement de

militants RPG à Conakry, les jeunes du quartier Jean – Paul II de Ratoma qui ont vécu le

calvaire dans leur trajet aller et retour Conakry – Soronkoni restent toujours impunis.

Il fau mener un politique de lutte organisée, consciente, engagée et courageuse

contre l’impunité en République de Guinéen.

L’OGDH en appelle au gouvernement et au Peuple de Guinée, particulièrement aux ONG,

Syndicats, Partis Politiques pour installer des stèles dans tous les lieux où des crimes

ont été commis sur le territoire guinéen avec nom et prénoms des victimes. On pourrait

commencer par :

➢ Cosa où les cadres forestiers ont été tués ;

➢ Le Pont du 8 novembre ;

➢ Le Camp Boiro.

Ce seront des lieux de recueillement pour les victimes, leurs familles, les touristes,

le peuple opposé à ces violences.

Elle en appelle aussi à la future Cour Constitutionnelle pour qu’elle joue un rôle décisif

dans le respect des Droits de l’Homme.

L’OGDH en appelle à l’Assemblée Nationale afin d’user de sa prérogative de constituer

des commissions d’enquête qui peuvent se pencher sur les crimes commis en République

de Guinée.

Elle en appelle au gouvernement et à l’Union Européenne pour que les recommandations

faites par sa mission d’observation des élections soient effectives.

Elle en appelle à la société civile aux partis politiques, aux syndicats pour lever tout le

peuple afin de lutter contrer l’impunité.

Enfin il faut rappeler que le principal problème guinéen est un problème de

gouvernance générale.

L’OGDH demande à toutes les forces vives de la République de Guinée de continuer

la lutte pour un État de droit où :

1. le droit sera respecté ;

2. l’impunité va cesser ;

3. les pouvoirs seront équilibrés et séparés ;

4. la réconciliation nationale sera effective et non fondée sur des slogans ;

5. toute action de l’État ne divisera pas le pays, mais consolidera le processus de

création de la nation guinéenne.

Le Président

Dr Thierno Maadjou SOW

 

 

 

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