Chroniques

Avril 1984 : La fin du règne sans partage d’une main raide et éléphantesque d’un Sékou Touré.

Avril 84, la Guinée encore sous les effluves du cauchemar cinglant de De Gaulle, conduite jusqu’alors sans partage de la main raide et éléphantesque d’un Sékou ardent doublé d’une image toute de spectre ; avril 84 écris-je, le peuple de Guinée est emberlingué dans une alternative politique autre que celle de la camaraderie de la révolution. Du vent qui souffle enfin, chacun peut s’exprimer sans craindre la pléiade de « murs qui avaient des oreilles », arrière de lui le temps des cruelles prudences, arrière de lui aussi l’ère des slogans mécaniques et indistincts, le peuple de Guinée rêvasse et rumine en silence sa nouvelle renaissance.
L’heure est grave, la Guinée valse désormais au rythme de crampons militaires, la scène est tenue par le tout nouveau et tout chaud Comité Militaire de Redressement National et malgré le facteur militaire, le peuple entier dit oui à un certain capitaine Conté car, se dit-il à lui-même, mieux lui vaut encore endurer l’excès de la manière forte que d’avoir à supporter le prêche de vagues préceptes socialistes.
Comme souvent en Guinée, les premiers jours sont bons et prometteurs, mais de gaffe en gaffes, de raccourcis en compromis, l’équipe prodige finit par tremper dans une marre d’incongruités. Dès lors le 03 avril, date du tout premier tourmilitaire se pose comme une période charnière, une transition dont l’appréhension permet par un retour dans le passé, d’apprécier ce que l’on a fait de nos gloires, de nos douleurs et de nos promesses.
03 avril 84, 03 avril 2014, il y a bien trente ans que l’armée guinéenne prenait le pouvoir. De nouveaux concepts ont fourmillé dans la foulée. C’est en gros l’heure des réformes qui voient naître la décentralisation et le libéralisme économique, le retour à la langue du colon dans l’enseignement, la fin du parti unique et l’adoption de la démocratie, pour n’en dire que deux mots.
Outre la symbolique politique, la date du 03 avril a ceci de naturel qu’on doive consacrer, toujours un paragraphe à l’armée guinéenne. On parle d’une armée africaniste, présente aux grands rendez-vous africains de libération de territoires envahis, on parle d’une armée glorieuse, encensée pour ses exploits ; mais les heures de gloire me paraissent à présent révolues. La vraie et objective description de notre armée tiendrait en cette formule : sauveur dehors, bourreau dedans ! Des militaires pourtant mieux choyés que quiconque en Guinée, qui se sont allégrement prêtés au dictat du tendre capitaine devenu général sans cœur, accumulant viols, vols et abus divers sur une population qu’elle avait vocation de protéger. En attendant la fin de ces interminables réformes, je crie vivement à la justice pour lui rendre la pareille de ses hideuses bévues !
Et quand on parle du loup ! Chaque guinéen attend sa petite justice depuis un demi-siècle déjà. Hélas ! nos gouvernants ont fait dans un tel dérapage que l’idée d’une justice ne peut leur être que séismique. La justice promise par Alpha Condé et d’autres avant lui, c’était toute la vérité sur le Camp Boiro dont il fait refaire aujourd’hui les murs avec l’espoir de pouvoir refaire l’histoire. Une erreur qui sonne comme du mépris à l’endroit des victimes et une bassesse qui nous coûte un espace touristique d’une grande symbolique. Mais ce n’est que peine perdue. On peut vouloir la torpiller, voire la gommer, mais l’histoire des peuples ne s’écrit pas au crayon noir. Elle est têtue et finit toujours par renaître.
Certes, ces expériences de gouvernance nous ont valu bien des misères, mais la réalité d’une Guinée à construire demeure. On ne peut y aller en laissant couver des colères de tous genres. Pour moi le premier pas à prendre devra consister à éteindre les feux.
Plume à Zacharie Millimouno.

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