Politique

A cause d’Ebola, leurs activités ont pris un coup sévère…(Reportage).

Si la maladie de la fièvre Ebola n’est pas vaincue à temps, l’économie guinéenne risque de prendre un sérieux coup. Les gérants des lieux de grandes fréquentations ont considérablement perdu la clientèle. La méfiance et la baisse des chiffres d’affaires sont les principales raisons évoquées par les gérants. Les emplois sont sous menaces. Notre rédaction a rencontré quelques responsables des discothèques, des  restaurants, des hôtels, des plages et centres de gymnastiques. Les témoignages sont poignants et saisissants. 

 

Il est 11 ce vendredi, nous sommes au restaurant de L’ ALBANI situé tout prêt de l’Ambassade des USA. ALBANI comporte un restaurant plein air, un VIP, et le night club. ALBANI a une capacité d’accueil de près de 900 clients. 24/24,  les gérants reçoivent des clients. Dans la cour, des chaises sont entassées en attendant le retour des clients. Un écran 21 est allumé dans une buvette. Une série ivoirienne joue. Un seul couple fait apparition  au bord d’une voiture. Trois employés dont une fille sont là.

 

Le gérant principal Goépogui Paul Diarra nous reçoit : « depuis l’annonce de cette maladie en Guinée, notre clientèle est réduite. La chance que nous avons ici, c’est le plein air. Les clients viennent pour au moins observer les spectacles que nous organisons ».

Sur ce point pas de soucis, les gens ne se touchent pas forcément explique Paul. Par contre, le VIP connait une réduction énorme parce que l’endroit est rétréci, du coup les clients se méfient. Le problème, c’est au niveau du night club : « sur la piste les jeunes dansent, se frottent, montent et descendent dans tous les sens. Ce qui fait que le night club ne fonctionne pratiquement pas. En ce moment, on a beaucoup plus d’observateurs que de danseurs » souligne le gérant principal. 

Même les spectacles dont il s’agit, la clientèle commence à se faire rare : « Si je prends le cas du dimanche dernier, sur une capacité d’accueil de 800 à 900 personnes, on a pas eu la moitié », confie Paul Diarra.  Conséquence, « nous avons consommé le mois d’Avril, mais si le chiffre continue à dégringoler et si nous ne couvrons pas la moitié de nos dépenses, nous serons obligés de réduire les employés ». Ils sont 27.

Nous quittons ALBANI. A côté, se trouve MARIFALA. MARIFALA accueil également un public notamment peulh. Les artistes de cette communauté se donnent rendez-vous ici pour chanter la musique traditionnelle couramment appelée ‘’POODHA’’. POODDHA est une danse traditionnelle dont raffole  la catégorie de personnes qui n’a plus le goût d’aller dans les boites de nuit. Des patrons aussi; également des femmes ayant leur mari à l’extérieur ; ou encore des filles dépassant la quarantaine et qui n’ont plus l’espoir de trouver un mari se donnent rendez-vous dans ce coin. Le célèbre chanteur Lamah Sidibé a un contrat. Il se produit presque toutes les soirées ici. 

Mohamed Camara dit ADA paie son sommeil de la veille  dans la boite. Dans la cour un portrait de Lamah Sidibé est sur le mur. La chaine musicale installée. Mais la cour est vide. ADA affirme que la clientèle est réduite depuis l’apparition de la fièvre Ebola en Guinée. Mais, il avance la souffrance des citoyens et un peu la peur qui hante les esprits : « en temps plein, notre cour refoule du monde mais ces derniers temps, les places assises sont occupées certes mais on remarque quand même la réduction  de clients».

Les inconditionnels répondent présents chaque jour, mais la deuxième vague, pas tous les jours : « si tous les clients viennent, on ne peut pas s’assoir, tout le monde s’arrête et danse avec les artistes sur scène » confie Mohamed, gérant du comptoir.

 

A CRISBER, les portes sont closes. A l’intérieur un jeune mange une mangue. Il ne peut pas parler : « Notre manager n’est pas là. Il est le seul habilité à parler ». 

L’hôtel Mariador Palace, les vigiles sont absents de leur place. Preuve que l’intérieur n’est pas plein. A la réception deux jeunes filles habillées en tenue traditionnelle sont là. Souriantes. Le 

Directeur d’exploitation est occupé. Il autorise Ousmane Camara également réceptionniste à nous entretenir. Il est peu bavard tout au moins il ne veut pas s’exprimer sur le fonctionnement de l’hôtel. Pas de chiffres. : « Retenez seulement que les clients ont fortement diminué comparativement au mois précédents où parfois, on n’avait pas de places. Mais, maintenant ce n’est pas le cas. Oui, cet état de fait joue sur notre chiffre d’affaires ». Camara craint pour son emploi : « Vous savez, c’est la règle si une entreprise ne tourne pas rond, les employés sont les premières victimes. On a peur ».

12 heures.  A la plage ROGBANE quatre étudiantes sont assises autour d’une table. Elles ne consomment rien. L’administrateur principal s’est déplacé. Après un quart d’heure,lLes étudiantes quittent les lieux à pas de caméléon. Elles portent des chemises blanches déboutonnées laissant paraître les sous vêtements et des  jupes noires n’atteignant pas les genoux. 

Arrive Mohamed Sylla l’administrateur de la plage. Sur la question, il incrimine plutôt la crise économique que la fièvre Ebola : « Nous sommes sur un air sec ici, la contamination n’est pas aussi facile que dans une boite de nuit par exemple. Comme mesure, nous avons placé des désinfectants dans les toilettes c’est tout ». La plage emploie 75 jeunes. La réduction du personnel n’est pas à l’ordre du jour mais les salaires, possible : « Ils n’ont pas où aller. Nous allons pour le moment les garder même s’ils gagnent 10 francs». 

Trois quart d’heures après, les muézins se font voix au marché de Taouyah. Beaucoup de fidèles s’apprêtent pour la prière de vendredi. Boubacar lui échange avec une fille devant sa boucherie. Nous  interrompons la causerie. Pas de clients en ce moment. La viande est loin d’être épuisée : « pour tout vous dire, on vendait deux à trois vaches par jour. Maintenant j’ai du mal à terminer une cuisse» se lamente Boubacar. Il ajoute : « La viande des bœufs n’est pas incriminée. Nous avons des vétérinaires sur toute la chaine, mais on ne comprend pas. » 

A Lambangny existe un centre de gymnastique. Les patrons notamment viennent faire le sport. Sylla est absent des lieux. Au téléphone, il confie que depuis l’apparition de la fièvre Ebola, il remarque une baisse de 10% de la clientèle comparativement au mois de janvier. Mais : « Les guinéens ne mettent pas le sport au cœur de leur quotidien c’est tout». 

Mamadou Sadio Baldé 

 

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