Interview

Grande interview : « Le Président doit revoir son gouvernement de mission, c’est un gouvernement de médiocres ».

De son séjour prolongé à l’étranger, son regard critique sur la nouvelle assemblée en passant par la rumeur selon la quelle il aurait fait voyager clandestinement certaines personnes en Europe au nom de son parti, Dr Ibrahima Sory Diallo, Coordinateur général du bloc de l’opposition constructive (Boc) et Président fondateur de l’ADC-BOC de retour en Guinée se déchaîne contre la Ceni et le gouvernement de mission du Président Alpha Condé dans cet entretien qu’il nous a accordé. Dégustez plutôt ! 

MosaiqueGuinée : Quel a été le motif de votre absence du pays ?  

Dr Ibrahima Sory Diallo : je suis  à l’étranger depuis quatre mois, nous y sommes dans le cadre spécial d’une formation continue. Après notre échec aux élections législatives orchestré par la ceni, nous avons décidé d’envoyer quinze membres du Boc y compris moi-même pour aller nous former aux Etats-Unis et en Europe. Alors, nous ne sommes pas en asile contrairement à ce que les mauvaises langues racontent. Celui qui demande l’asile politique n’a pas le droit de  rentrer dans son pays d’origine. Si vous me voyer ici, c’est pour démentir ces allégations.  

Vous êtes accusé d’avoir fait profiter au cours de votre voyage beaucoup de personnes qui ne seraient  pas de votre parti. Certains disent même que vous les avez fait voyager clandestinement. Que répondez- vous ?  

Les gens ont très mal compris. Pour qu’on sorte du pays, il est important de demander un visa. Envoyer des passagers clandestinement c’est par exemple les mettre dans un bateau. Mais quand on prend l’avion, c’est que c’est officiel. Aucune ambassade ne peut délivrer un visa clandestin.  

Après l’échec aux élections législatives, quel est aujourd’hui votre positionnement par rapport aux différentes tendances politiques du pays ?  

Notre position est claire, nous restons bloc de l’opposition constructive (BOC). Nous avons mis en place l’opposition extraparlementaire avant de partir. Nous avons appris que certains leaders s’en sont appropriés. Ils l’ont même formalisé à notre insu. Je pense que c’est la même chose. Nous sommes entrain de voir, si nous avons les mêmes objectifs, nous évoluerons ensemble. Aujourd’hui, tout ce que je regrette, c’est que malgré tout ce qu’on a fait et mis en place le pays n’évolue pas. Les gens continuent de se plaindre. Nous nous félicitons de la rentrée parlementaire, parce que c’est notre effort. Mais il faut déplorer le fait que la ceni qui a organisé les législatives soit entrain de trébucher pour l’organisation des élections communales et communautaires. C’est vraiment regrettable. Cette ceni ne devrait pas continuer à gérer le processus électoral en Guinée.   

Comment le BOC prépare t-il les élections communales et communautaires ?  

Ces élections ne sont pas une priorité pour nous du moment que cette céni qui nous a triché aux législatives est la même qui organise les communales et communautaires. Le BOC ne participera pas à ces élections parce que ce sera le même scénario. Dans les accords du 03 juillet, ce n’est pas ce qu’on s’est dit. Jusque là rien n’est en place pour que ces élections puissent se tenir. Le président de la république doit veiller sur les actions de la ceni afin de la ramener au respect des accords du 03 juillet.  

Quelle va être votre condition à la participation des élections à venir ? 

En tout cas, nous serons candidats mais nous ne pouvons pas partir à la présidentielle de 2015 avec cette céni.  

Quel est votre regard sur la nouvelle assemblée et son fonctionnement ?  

Nous ne pouvons pas d’abord accuser l’assemblée de quoi que ce soit. L’assemblée vient de faire sa rentrée parlementaire. Cette rentrée s’est soldée par certains projets, des commissions etc. Nous la félicitons parce que c’est grâce à notre effort qu’elle a été mise en place. Si le BOC ne se levait pas ici, cette assemblée n’aurait pas vu le jour. Aujourd’hui, nous ne pouvons que l’encourager. Cependant, si elle trébuche aussi nous sommes là en opposition extra-parlementaire, nous allons la dénoncer. Pour  l’heure, jusqu’à preuve du contraire nous n’avons rien à reprocher à cette assemblée.  

Quelle observation faite vous du climat politique guinéen marqué par le chamboulement de certains partis ?  

Le bouleversement est à tel point que tous les partis politiques traversent des périodes de crises aigues. Cela est logique, c’est la vie politique. Ce qui se passe en Guinée se passe aussi ailleurs. Tout ce que nous regrettons amèrement, c’est le gouvernement de mission du Président. Je m’attendais quand même à une équipe de technocrates coptés aussi bien de la mouvance que de l’opposition. Le chef de l’Etat a fourni beaucoup d’efforts. Mais après, nous avons vu des personnes qui ont été sélectionnées pour remplacer d’autres. Ce changement au niveau du gouvernement n’a vraiment pas apporté un plus pour permettre à la Guinée de décoller d’un pas. Tout ce qu’on apprécie chez lui, c’est parce qu’il a beaucoup de projets en cours qui sont promoteurs. Cependant, le Président doit revoir son gouvernement de mission, c’est un gouvernement de médiocres.

Vous rentrez après quatre mois à l’étranger. Quels sont vos projets ?  

Vous savez chaque leader politique à une formation personnelle. Celle que moi j’incarne c’est la santé. Je fais actuellement la fierté de la Guinée à l’étranger. Du point de vue médical, la Guinée ne dispose pas des personnes qualifiées en imagerie médicale. Imaginez dans un pays où aucun hôpital national ne renferme de l’IRN. Je me forme dans ce domaine pour venir sauver ce peuple. A la clinique Embroise Paré, celui qui interprète les examens en IRN se trouve en France. C’est désolant dans un pays. Où sont partis ces cadres que l’Etat envoie à l’étranger pour la formation ? Je négocie actuellement avec l’université de Rennes pour qu’on puisse envoyer des médecins spécialistes de l’imagerie pour former les guinéens dans cette nouvelle modalité afin d’apporter des diagnostics pour sauver les malades. J’ai crée encore un partenariat avec l’université de Lille pour qu’on forme ici sur place les personnels de la santé. Le cas d’Ebola par exemple, beaucoup de médecins sont morts par méconnaissance des mécanismes de transmission du virus. Ce qui veut dire que les compétences manquent encore. L’information sanitaire compte beaucoup dans la vie non seulement des prestataires sanitaires mais aussi des patients.   

Projet dans le cadre politique ? 

N’oubliez pas que résoudre le problème sanitaire c’est une politique de santé. C’est un projet politique. Il est important d’ici 2015, qu’on ait un maximum de jeunes avertis et informer pour qu’on puisse faire une dynamique afin que la jeunesse soit écoutée en Guinée. Après tous les combats menés, les députés sont à l’assemblée, on n’oublie les dégâts qui ont été causés. Où sont les martyrs, ces jeunes qui se sont battus pour qu’on ait l’assemblée ? Ils sont laissés pour compte. Les jeunes de toutes les ethnies et de toutes les couches confondues doivent se départir de l’ethno stratégie afin qu’on puisse se faire entendre. J’invite tous les jeunes à ne pas accepter la manipulation. Parce que la jeunesse continue à être exploitée à des fins politiques, pour des raisons de campagne.   

Vous êtes là pour combien de jours ?  

J’ai un congé d’un mois seulement. J’ai trouvé des difficultés sanitaires, l’apparition d’Ebola, je félicite la commission en place qui agit conformément à la recommandation de l’OMS et qui est entrain de freiner la propagation de la maladie. J’en sais quelque chose. Je m’inquiète beaucoup pour le pays. Je demande au Président de la république de poursuivre ses chantiers. Il faut qu’il sache qu’il a nommé des ministres qui vont le décevoir. C’est des hommes de campagne qui ne connaissent rien de la politique de gestion des appareils de l’Etat. Quelqu’un qui sait faire la mamaya s’il devient ministre ne fera que la mamaya. Je l’invite à faire un diagnostic de son cabinet et de son gouvernement avant qu’il ne soit tard.  

Entretien réalisé par Moussa Diawara   

 

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