Politique

Le soutien des familles et des rescapés, un facteur vital pour vaincre Ebola

A l’hôpital Donka de Conakry, un malade d’Ebola sur deux réchappe à la mort. Le soutien moral apporté par les familles ou des rescapés de la maladie joue un rôle essentiel dans la guérison, témoignent soignants et survivants.
« On porte beaucoup d’attention à tout ce qui est suivi psychologique des patients. On s’est aperçu que c’est très important pour la guérison éventuelle », affirme Xavier Trompette, chef du centre de traitement d’Ebola de l’ONG française Médecins sans frontières (MSF), installé dans l’hôpital.
« Le contact avec les familles, les proches, est important », souligne-t-il. MSF permet des visites aux patients, isolés par un fossé sanitaire de deux mètres. Les familles peuvent « apporter des gamelles de nourriture qu’on récupère et lave avant de les leur rendre ».
Le taux de mortalité sur ce site est de 48,83% parmi les cas confirmés – il peut dépasser 80% ailleurs. Et il ne s’agit pas d’un accident statistique: il a accueilli 970 patients depuis le 25 mars, avec 179 guérisons pour 350 cas confirmés.
Quelle que soit la maladie, même lorsqu’un traitement existe – contrairement à Ebola -, il est toujours difficile de juger de l’importance du facteur psychologique.
Xavier Trompette voit aussi d’autres causes expliquant le taux de survie à Donka: la réhydratation permanente, avec un traitement des symptômes (vomissements et diarrhées notamment), le fait que les patients n’ont souvent pas eu à parcourir des kilomètres et arrivent donc moins fatigués et plus vite que ceux de la zone forestière du sud du pays, où l’épidémie s’est déclarée en décembre 2013.
Autre axe du soutien moral, le travail de survivants auprès des patients. A Donka, neuf employés sur 12 (parmi le personnel local) sont des rescapés, comme Djanko Traoré, 26 ans.
« Ce n’est pas pour l’argent, mais pour les malades », dit-il. Ancien juriste, il a choisi de travailler ici après y avoir été soigné du 18 au 31 août, date de sa guérison officielle.
« Il y a eu des moments où j’ai été très mal. J’ai passé deux jours sans manger en ne buvant que du jus. J’avais des vomissements, des diarrhées, les yeux rouges… J’avais les douleurs articulaires, des maux de tête », énumère Djanko calmement.
– ‘L’idée de m’en sortir’ –
A ce moment-là, il n’était pas loin de gonfler le bilan des décès, aujourd’hui proche de 1.200 en Guinée. Mais il a survécu, comme la femme de son oncle et les deux filles (8 et 6 ans) de celle-ci. Leur présence puis leur guérison, avant la sienne, l’ont beaucoup aidé, indique-t-il.
« J’avais l’idée de m’en sortir en arrivant », explique Djanko, venu de lui-même en taxi.
« On m’avait dit que si on venait tôt, on pouvait survivre. Et puis, à l’intérieur, il y avait des guéris qui marchaient, qui attendaient les résultats de leurs analyses pour sortir. Cela m’a donné un peu confiance ».
« Ils m’ont donné des conseils: +Il faut boire beaucoup+ », raconte Djanko. « Je me concentrais pour manger. Je me suis engagé à combattre! »
Reconnaissant des encouragements de ceux qui l’ont accueilli, il fait de même pour les nouveaux arrivants en leur expliquant son parcours. Il parle aussi aux familles et effectue « un travail de sensibilisation ». Parfois, il sert aussi les repas, équipé de sa combinaison spéciale.
Pendant son séjour, Djanko tentait de se distraire malgré l’isolement: « J’écoutais la radio, je me connectais (sur internet). On ne pense pas qu’à Ebola », même si « beaucoup de gens mouraient autour de moi ».
Le téléphone portable est aussi important pour de nombreux malades, pour discuter longuement avec leurs proches. « Le virus ne passe pas par le téléphone! », plaisante un membre de MSF.
Dans les régions de l’ouest et du nord de la Sierra Leone où sévit également l’épidémie, le gouvernement a ainsi distribué un millier de téléphones portables aux malades et à leurs proches.
La fiancée de Djanko lui téléphonait continuellement, car le jeune homme refusait qu’elle vienne le voir: « Trop dur. Elle pleurait tout le temps ».
« Elle m’appelait toutes les deux heures. Minuit, 02H00, 04H00… Parfois, j’étais obligé de lui dire +Il faut que je dorme et toi aussi+ », s’amuse-t-il. « Notre relation est maintenant trop forte! ».
Bah Sékou 

 

Commentaires

commentaires

Ajouter un commentaire

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*

To Top