Politique

Ebola: «Les médecins doivent être là où on a besoin d’eux»

Nathalie Garcia, spécialisée en maladies tropicales, travaille notamment à l’hôpital Avicenne, dans la région parisienne. Elle est aussi médecin à RFI au siège de la radio. Celle qui prend soin de nous va prendre soin des malades touchés par le virus Ebola, en Guinée Conakry. Elle s’est portée volontaire. Dès la semaine prochaine, elle s’envolera pour Macenta, en Guinée Forestière. Elle est l’invité d’Afrique soir.

RFI : Vous êtes le médecin du travail de France Médias Monde – donc de RFI – et vous avez décidé de vous engager, de partir en Guinée pour soigner les malades d’Ebola. Dites-nous pourquoi vous avez fait ce choix.
Nathalie Garcia : J’ai fait ce choix le jour où j’ai reçu un message du ministère de la Santé, via la Direction générale de la Santé, qui faisait un appel à la mobilisation auprès des équipes soignantes en Guinée Conakry. Je me suis sentie concernée par cet appel à la mobilisation. J’ai donc souhaité être volontaire et apporter mon aide là où on manquait de médecins.
Est-ce que le fait que vous travaillez, entre autres, pour un média international comme France Médias Monde et RFI, cela a joué dans votre choix ?
Je pense que oui, même si je considère que ma décision venait en continuité d’un projet de longue date puisque je m’intéresse à la médecine tropicale depuis quelques années et aux risques biologiques ainsi qu’à la protection des personnes qui peuvent être au contact de ce risque biologique.
Même si j’étais prête pour ce sujet, il est certain que de travailler maintenant à France Médias Monde, avec des journalistes de RFI et des journalistes de France 24, cela m’a probablement ouvert la porte pour ce départ, d’autant plus que j’étais aux premières lignes quand il s’agissait de conseiller, de préparer nos journalistes RFI qui partaient en zones touchées par l’épidémie Ebola.
Je me projetais dans leur environnement qu’ils allaient trouver là-bas ; je baignais déjà dans ce contexte et je pense que cela m’a sincèrement préparé pour ce projet qui prend forme maintenant.
Nous savons que les personnels soignants en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia sont parmi les premières victimes de ce virus, avec les familles et les parents proches. Cela ne vous fait pas peur d’aller à Macenta soigner des personnes qui pourraient vous contaminer ? Vous n’avez pas peur de ce risque ?
Je suis consciente que je vais être surexposée mais je sais que je vais être aussi surprotégée. Par conséquent, je pars confiante et je pars aussi du principe que si les médecins commencent à avoir peur, on est mal partis. Les médecins doivent être là où on a besoin d’eux et là, c’est vraiment un contexte d’urgence sanitaire qui, pour l’instant, touche un coin d’Afrique mais, en intervenant sur place, le but étant aussi de protéger notre monde à nous.
Comment gérez-vous cette peur, ce stress ? Est-ce que vous avez une méthode ?
Non. Je ne prépare rien. Je me sens déterminée. J’y pense beaucoup. Je me prépare à vivre des choses probablement très difficiles. J’espère tout simplement être à la hauteur de la tâche et pouvoir réellement apporter ma contribution et aider vraiment à la lutte contre cette épidémie ; aider à la guérison de personnes et pouvoir retrouver le sourire des enfants. C’est ma motivation et j’essaye de la garde comme leitmotiv jusqu’au bout.
Vous êtes médecin mais malgré tout, on ne vous lâche pas dans la nature sans vous avoir expliqué un certain nombre de choses. Vous recevez une formation avant de partir en zone Ebola. Expliquez-nous en quoi consiste cette formation…
Dans les grandes lignes, l’objectif c’est de nous préparer au contexte auquel nous allons être confrontés, c’est-à-dire la réalité de la maladie et puis les impacts, les drames dont on pourra être spectateur mais aussi, surtout, de bien nous préparer à notre protection. C’est une protection qui est extrêmement rigoureuse et qui demande une technicité et une perfection. Il faut donc y prendre le temps. Aussi, quinze jours seront consacrés à cette prévention.
Combien de temps resterez-vous à Macenta ?
Je resterai cinq semaines. La première semaine nous permettra d’être formés en doublure de l’équipe déjà en place. Ensuite, suivront quatre semaines où l’équipe de relève sera seule pour prendre en charge le centre de traitement Ebola de Macenta
RFI

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