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Rencontre Cellou-Alpha : Alpha n’est pas pressé (Tibou Kamara)

OLYMPUS DIGITAL CAMERACes derniers jours, les Guinéens ont été bercés par l’illusion que Alpha Condé gagné par la raison et la sagesse finira, un jour, par écouter le cri de cœur de son peuple meurtri. Ils ont partagé l’espoir que s’il rencontre Cellou, la Guinée se portera mieux. Ils se rendent compte qu’ils se sont trompés sur l’homme, une fois de plus, parce qu’ils refusent de croire qu’à cet âge un homme ne change pas, surtout lorsqu’il se sent fort et qu’il est convaincu d’avoir raison. Alpha Condé comme Caligula croit qu’il a »un pouvoir sur tout et sur tous ».

Qu’à cela ne tienne. Cellou a fini par rencontrer Alpha Condé. Celui-ci a bien fini par le recevoir aussi. L’hésitation du Président de l’UFDG à se rendre au palais présidentiel pour y rencontrer le Chef de l’Etat laissait déjà entrevoir ses doutes à propos de l’opportunité et de la finalité de leur entretien. Il ne semblait rien en attendre, malgré la surenchère voulue autour par les éternels optimistes.

Quant à Alpha Condé qui s’est fait désirer aussi après l’affront subi avec le refus de dernière minute de son opposant de le rencontrer, il a montré qu’il n’était pas »pressé » de sortir le pays de la crise actuelle.

La vérité, Alpha Condé a invité Cellou à une rencontre parce qu’il a subi des pressions fortes notamment de la communauté internationale, lasse des crises à répétition dans le pays, déterminée aussi à le forcer à un accord avec l’opposition pour des élections apaisées dans la paix retrouvée.

Cellou a fini par répondre à l’invitation de Alpha Condé que pour ne pas apparaître comme un homme opposé au dialogue et au compromis donc responsable de la crise dans le pays. Mission accomplie pour l’un et l’autre. La Guinée, pendant ce temps, devra attendre encore que le chef de l’Etat décide, selon son bon vouloir et après avoir pris tout son temps, après avoir encore consulté sa majorité. Une foutaise, quand on sait que Alpha Condé est le seul »maître à bord », adepte de l’exercice solitaire et tyrannique du pouvoir. Il pousse le mépris jusqu’à dire qu’il fera connaître ses délibérations, en »juge suprême » par l’intermédiaire de ses ministres, alors qu’il est devenu l’interlocuteur après son implication personnelle et directe dans la recherche de solutions aux problèmes auxquels le pays reste suspendu, à cause justement de cette sempiternelle »politique de fuite en avant » et de son dédain pour ses opposants. Au demeurant, Alpha Condé confirme qu’il fait ce qu’il veut quand il veut comme il veut et avec qui il veut.

A l’opposition qui se laisse berner et très souvent par son appel au dialogue toujours suspect et jamais sincère, se laisse impressionner par les attentes et frayeurs de la communauté internationale de comprendre enfin qu’Alpha Condé se joue constamment d’elle en disposant d’elle à sa guise et se moque surtout des Guinéens qui l’ont presque supplié de profiter de sa rencontre avec Cellou pour mettre fin à leur agonie.

En vérité, un accord est impossible entre le pouvoir et l’opposition et même s’il intervenait au forceps, c’est du temps gagné pour Alpha Condé et un conflit reporté pour la Guinée. Si le candidat Alpha Condé qui fait de sa réélection une question de vie ou de mort accepte les revendications de l’opposition, il se sera montré favorable à la transparence des élections qui est son pire cauchemar. Un »hara kiri électoral » qu’il ne faudra pas espérer de lui, d’autant qu’il fonde sa stratégie de victoire sur la fraude à toutes les étapes du processus électoral pour être sûr et certain de gagner.

L’opposition ne perd-elle donc pas son temps pour obtenir un dialogue qui, même s’il a lieu, ne changera pas les règles voulues par le chef de l’Etat sortant pour obtenir son fameux second mandat impossible dans les urnes, donc par le biais d’une élection transparente ? Ne devrait-elle pas plutôt réfléchir à créer en sa faveur un rapport de forces qui fera chuter Alpha Condé dans la rue ou les urnes ?

L’UFDG, partenaire ou adversaire dans l’opposition ?

Par ailleurs, le rendez-vous entre Alpha Condé et Cellou D. Diallo a révélé l’unité fragile de l’opposition qui a du mal à se libérer de ses vieux démons, sans cesse confrontée à la guerre des » égos » et des » chefs ». L’UFDG et son président se sont retrouvés, sans doute à leur corps défendant, au cœur d’une polémique inutile qui cependant a eu le mérite de révéler les complexes, les rivalités et les rancœurs entre les leaders de l’opposition. Au grand dam des chantres de l’unité de l’opposition et pour le bonheur de Alpha Condé qui parie sur l’impossible entente entre ses opposants et les divisions ethniques pour rempiler. Quand les »seconds couteaux » s’en mêlent, le fossé est encore plus grand, car soupçonnés de dire tout haut ce que leurs leaders pensent tout bas. Il a été reproché à Cellou, moins d’avoir accepté l’invitation à se rendre au palais que d’être le seul invité du Président. L’UFDG souffre de paraître »privilégié » par rapport au reste de l’opposition. Or, ce n’est pas la volonté de Alpha Condé que Cellou soit le principal opposant ni la faute de Cellou si l’UFDG est le premier parti de l’opposition. D’ailleurs, lorsqu’il s’agit de mobiliser pour défier le pouvoir, personne ne conteste le leadership et la force de mobilisation de l’UFDG. C’est face aux enjeux de la conquête du pouvoir que l’UFDG apparaît comme une menace pour Alpha Condé et un obstacle pour ses partenaires de l’opposition, convertis pour la circonstance en farouches concurrents , jaloux de leur indépendance et de leur identité propre. L’ufdg est le partenaire idéal contre Alpha Condé, Alpha Condé est l’allié naturel contre Cellou, selon qu’il faille combattre le régime ou empêcher Cellou de devenir le prochain président de la République de Guinée.

Soit ! Alors comme le veut » l’autonomie » de tous les partis, qu’ils présentent tous des candidats aux élections pour que chacun connaisse son poids sans l’autre et décide avec qui s’allier en tenant compte de ses intérêts. Jusqu’à maintenant, c’est la règle commune : Sidya Touré, lorsqu’il a annoncé qu’il suspend sa participation aux manifestations ou a lancé son projet de candidature unique, n’a consulté personne. Et, il a raison. Lansana Kouyaté n’a pas respecté la décision consensuelle de l’opposition de siéger au parlement, malgré les fraudes, parce que c’est le choix de son parti. Il a aussi raison. Pourquoi Cellou, lui, devrait chaque fois consulter avant de décider ou son parti ne devrait faire que ce qui plaît aux autres ou serait compatible avec les intérêts de leurs partis, au risque de se voir contester sa représentativité ou nier sa légitimité ?

» Dieu préserve-moi de mes amis, mes adversaires, je m’en occupe » est la moralité dans le parcours politique de Cellou, tiraillé entre des adversaires qui lui veulent du mal et des amis qui ne lui veulent pas de bien.

Tibou Kamara

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