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De Grandes Gueules sans langue de bois

girassyRarement la popularité d’une émission de radio aura fait ainsi l’unanimité. Ministres, députés, simples militants politiques ou associatifs, hommes et femmes d’affaires, employés, chauffeurs de taxis, étudiants,… A Conakry, tout le monde est d’accord : Les Grandes Gueules, dites les GG, sont le programme le plus écouté du pays. Diffusées du lundi au vendredi de 9 heures à 10 heures (jusqu’à 11 heures le jeudi) sur Espace Fm, ces GG sont depuis sept ans indissociable du quotidien des Guinéens.

Vie des institutions, crise politique, voyages du chef de l’Etat ou épidémie d’Ebola, tous les sujets d’actualités y sont décryptés. Un talk-show classique inspiré des émissions de radios françaises ou canadiennes u même nom, pourrait-on penser de prime abord… A un détail près : l’extrême liberté de ton. Car dire que l’animateur, Lamine Guirassy (un journaliste de 35 ans qui est aussi le fondateur et le patron d’Espace Fm), et ses cinq chroniqueurs réguliers (Moussa Yéro Bah, Ahmed Camara, Aboubacar Diallo, Mohamed Djibril Camara et Moussa Moise Sylla) ont leur franc-parler serait un doux euphémisme.

Ce jour-là dans son studio d’enregistrement de Matoto (commune populaire de Conakry), l’équipe reçoit un cadre de la mouvance présidentielle et un député de l’opposition. La veille, cette dernière est encore dans les rues et, pour les GG, c’est l’heure du débriefing. Les uns dénoncent « le business de la crise », d’autres disent le pouvoir « acculé ». « Ce gouvernement joue avec le feu ! Il faut arrêter un peu. C’est pour cela que l’on n’avance pas dans ce pays ! » attise Guirassy. Le débat s’enflamme et ne s’arrête jamais, même pendant les pauses.

Rapidement, les invités entrent en piste. « J’ai apporté mon propre Coca-Cola, je ne sais pas si la générosité est toujours d’actualité ici », plaisante le député, qui semble familier de ce brouhaha permanent. Alors que les chroniqueurs les interviewent énergiquement, l’un des l’un des invités répondant un peu longuement se fait franchement couper la parole : « Vous n’êtes pas là pour jouer au robinet, ni nous au seau percé ! » Lamine s’en expliquera plus tard : « Ce sont des élus du peuple et ils doivent parler au peuple, lui dire la vérité. S’ils ne font que tourner autour du pot, ils nous font perdre notre temps, sachant que la durée de l’émission est limitée. »

Pourtant, les politiques de tous bords en redemandent. «  C’est devenu un passage obligé pour se faire entendre. Il n’y a pas d’alternative si l’on veut faire passer un message au plus grand nombre. Mais pour y aller, mieux vaut avoir un peu de répondant », reconnait un ministre. Au grand dam de certains journalistes guinéens, qui, discrètement, critiquent «  le manque de professionnalisme » de certains interviews. «  Ce n’est pas du journalisme, affirme un patron de presse. Les invités n’ont pas le temps de s’exprimer, les informations ne sont pas recoupées ou ne sont données dans leur intégralité qu’en plusieurs émissions. Ce n’est pas très sérieux… Mais c’est très écouté ! »

Après la célèbre minute « oui ou non », au cours de laquelle les interviewés n’ont d’autre choix pour répondre à une rafale de questions, vient la lecture de textos d’auditeurs, reçus parfois directement sur le portable de l’animateur et filtrés à minima (« M. le député est un tocard », « Dites aux invités de s’écouter ! »…). Puis, pour clore l’émission, le bilan de la matinée est livré en direct. «  C’était un débat de caniveau ! » lance Guirassy. « Organisé par nous-mêmes ! » réplique l’un des chroniqueurs. Fou rire général.

JeuneAfrique

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