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Soudan du Sud: un accord partiel de paix

JoobaA Addis Abeba, les difficiles négociations sur un accord de paix au Soudan du Sud n’ont finalement abouti qu’à moitié. Un accord partiel de paix a été trouvé entre le parti au pouvoir et les rebelles. Le gouvernement de Salva Kiir n’a pas signé le document, malgré l’ultimatum de la communauté internationale. Le président sud-soudanais doit revenir à Addis Abeba dans quinze jours.

Signeront, signeront pas… Toute la journée, lundi, les informations contradictoires ont circulé. Il était difficile de savoir ce qui se passait réellement dans la salle où s’entretenaient le président Salva Kiir et son adversaire Riek Machar, sous la pression de plus en plus insistante des chefs d’Etat des pays limitrophes, Ouganda, Soudan, Kenya, et bien sûr Ethiopie. Finalement, l’un a signé, mais pas l’autre.

Le gouvernement de Juba a en effet émis des réserves et souhaite mener des consultations dans son pays, a expliqué Seyoum Mesfin, le chef de la médiation. Il a ajouté que le président Salva Kiir reviendrait « d’ici 15 jours à Addis Abeba pour parachever l’accord de paix ». L’accord semblait pourtant à portée de main, en fin d’après-midi lundi, car le texte sur la transition avait effectivement été signé par Pagan Amum, le secrétaire général du SPLM, le parti au pouvoir au Soudan du Sud. Riek Machar, le chef des rebelles, l’avait aussi validé. Il avait même serré la main de son opposant, Salva Kiir, laissant croire qu’une entente avait été trouvée.

Mais le président a ensuite quitté les négociations, malgré les lourdes menaces de sanctions de la communauté internationale. Rappelons que la communauté internationale avait donné jusqu’à ce lundi 17 août à Riek Machar et Salva Kiir pour conclure un accord, sous peine d’un embargo sur les armes, le gel de certains avoirs à l’étranger ainsi que des sanctions ciblées sur le chef de l’Etat.

Un pas vers la paix, mais pas vraiment un succès

Ainsi, les termes de l’accord de paix présenté par l’Igad, l’organisme de médiation régional, pose encore des problèmes au gouvernement sud-soudanais. Un des points du litige concerne le nouveau mécanisme de partage du pouvoir. Riek Machar redeviendrait vice-président, un poste dont il avait été limogé par Salva Kiir six mois avant que le conflit armé n’éclate.

Deuxième difficulté, celle des récentes scissions au sein des forces rebelles permettant au président sud-soudanais d’exprimer des doutes quant au respect de l’accord sur le terrain.

Il est donc difficile de dire que ce round de négociation est un succès, même si les différents médiateurs ont assuré qu’il s’agissait d’un grand pas sur le chemin de la paix. Seyoum Mesfin, chef de la médiation, a salué « un grand jour dans la progression du processus de paix au Soudan du Sud » avant de souligner que « le gouvernement travaille désormais à la paix » et a été « partie prenante » à cet accord de paix.

Riek Machar a, quant à lui, affirmé devant la presse que son mouvement était totalement derrière l’accord et qu’il voulait que la guerre cesse.

Mettre fin au désastre humanitaire

Mais dans la salle, certaines réactions de désespoirs se sont faites entendre, notamment de la part des associations de femmes qui dénoncent sans relâche les souffrances endurées par la population depuis plus d’un an et demi. En 20 mois, plus de deux millions de Sud-Soudanais auraient été chassés de chez eux par les combats et les massacres à caractère ethnique, et des dizaines de milliers d’entre eux ont été tués. Aujourd’hui, 70% de la population du pays aurait besoin d’une assistance humanitaire selon l’ONU.

Avec les Etats-Unis, les Nations unies ont décrété des sanctions contre plusieurs chefs militaires le mois dernier, après des rapports faisant état de crimes de guerre et de l’enrôlement massif d’enfants-soldats. Lors de sa visite au Soudan du Sud fin juillet, Stephen O’Brien, secrétaire des Nations unies aux affaires humanitaires avait fait état de dizaines de femmes battues, violées et brûlées vives, de personnes affamées, vivant dans des marécages ou dans des buissons. Une situation qui ne peut plus durer, selon plusieurs ONG sud-soudanaises. En marge des négociations, elles ont appelé à la fin du bain de sang, estimant que le pays ne peut élever une nouvelle génération sur fond de guerre civile.

Un an et demi de guerre civile

C’est en juillet 2013 que le président Salva Kiir, en poste depuis l’indépendance du Soudan en 2011, limoge celui qui est alors son vice-président, Riek Machar. Quelques mois plus tard, en décembre 2013, il l’accuse d’avoir fomenté un coup d’Etat. Le pays replonge alors dans la guerre, deux ans seulement après la fin d’un conflit de près de 30 ans pour son indépendance.

Des combats éclatent à Juba, la nouvelle capitale, entre les forces gouvernementales et différentes factions rebelles. Ils s’étendront à tout le pays, sur fond de tensions ethniques opposant les Nuers, ethnie de Riek Machar, et les Dinkas, ethnie de Salva Kiir.

Face à une situation humanitaire de plus en plus urgente, la communauté internationale a tiré la sonnette d’alarme. Elle a promis de lourdes sanctions faute d’un accord rapide entre les deux parties. Depuis décembre 2013, pas moins de sept cessez-le-feu ont été prononcés entre les différents belligérants. Ils n’ont jamais été respectés.

RFI

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