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OMVS -Afrique de l’Ouest: l’intégration par le fleuve (Par Ibrahima Ahmed Barry)

FFSSA l’entame des années 70 deux graves dangers menaçaient certains Etats de l’Afrique de l’Ouest : d’une part, les effets catastrophiques d’une sécheresse inouïe au sahel et de l’autre, la désertification poussée qui rongeait les rares terres et espaces fertiles exploités par les populations. Face à ce grand défi mettant en péril la sécurité et la stabilité de ces Etats aux économies fragiles, une seule alternative s’offrait à eux : mutualiser les moyens et les ressources pour exploiter et gérer rationnellement et efficacement la principale ressource qu’ils ont en commun, les eaux du fleuve Sénégal afin de gagner in fine, le pari de l’intégration socio économique et politique.

Dès lors, les politiques ont vite fait de trouver la formule adéquate en créant en 1972 à Nouakchott, capitale de la Mauritanie, l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS). Née des cendres de l’Organisation des Etats Riverains du fleuve Sénégal, l’OMVS regroupe 4 pays d’Afrique de l’Ouest (la Guinée, ayant adhéré a l’organisation en mars 2006, le Sénégal, le Mali et la Mauritanie). Des pays qui ont en partage les eaux du 4eme fleuve africain qui prend sa source dans les hauts plateaux du massif du Fouta Djallon en Guinée et qui traverse 1.750 km, couvrant de passage, un bassin versant de 340 milles km2 avant de se jeter en mer, a partir de son delta situé au Sénégal.

Dès au départ, et pour faire face aux défis de la sécurité alimentaire et a l’amélioration de la production agricole et pastorale ‘’les Etats membres ont mis l’accent particulier sur la mise en œuvre urgente d’un vaste programme d’irrigation des terres assortie d’aménagement hydro agricoles sur les bassins versant du grand fleuve au Sénégal et en Mauritanie’’ rappelle Alpha Bacar Diallo, ancien Coordinateur National guinéen a l’OMVS.

Mais au-delà, l’Organisation disposant ‘’d’ouvrages communs’’ s’est dotée en 2007 d’une charte des eaux s’était surtout assignée des objectifs majeurs a moyen et long terme a savoir : la maitrise de la ressource en eau a travers la construction d’ouvrages permettant la régulation des débits pour le développement des cultures irriguées, la production d’énergie hydroélectrique a traves des barrages pour combler les énormes besoins en énergie propre bon marché, la navigabilité du fleuve (SITRAM), la préservation de l’écosystème du bassin et surtout l’appui au développement local profitable aux communautés riveraines du fleuve par l’entremise du ‘’PGIRE’’, le Programme de Gestion Intégrée des Ressources en Eaux.

Un modèle réussi de gestion partagée des ressources en eaux !

Au constat, 43 ans après sa création, L’OMVS est aujourd’hui, et de l’avis de maints analystes attitrés ‘’l’un des rares modèles réussis de structures intégratrices de gestion partagée des ressources en eaux du continent africain et du monde’’. En témoigne les conclusions du dernier Rapport Mondial sur le Quotient de la Coopération en Ressources en Eaux Transfrontalières lancé à Dakar, le 11 août 2015, plaçant l’OMVS au 1er rang des organismes de Bassins dans le monde. Une étude comparée de 84 organismes de gestion des eaux transfrontalières impliquant 205 bassins fluviaux que se partagent 148 pays de la planète.

Les ouvrages dits de premières générations construits dans les années 80 a Manantali ( le complexe barrage et sa centrale hydro électrique de Kayes-Mali) et a Diama (barrage filtrant anti sel près de St Louis au Sénégal) ont permis de maitriser et de gérer les eaux dans le bassin versant en irriguant plus de 137 mille ha de terres agricoles aménagées sur les 375 mille ha projetés. C’est ainsi que, tout au long du fleuve et grâce à la maitrise de l’eau, des paysans développent (toute l’année), des cultures ordinaires et de contre-saisons ; des éleveurs occupent des zones de pâturage et des pécheurs exploitent des segments importants du fleuve. Une sécurité alimentaire assurée et des activités génératrices de revenus menées profitables aux populations, même si cependant, ‘’en terme de productivité, les résultats escomptés sont en deçà des attentes’’ révèlent des études d’experts.

Outre les ouvrages d’irrigation, d’aménagement hydro-agricole et sylvo pastorales, des gros investissements ont été opérés par les Etats avec l’appui des bailleurs de fonds internationaux pour l’exploitation du potentiel énergétique du fleuve. Des barrages ont été érigés sur le site de Manantali à Kayes (200 MW) de puissance avec 1.700 km de lignes électriques du réseau inter connecté de Manantali (RIMA) alimentant Bamako, Dakar et Nouakchott. Cet ouvrage assure plus de 40% des besoins énergétiques du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie qui ont supporté les investissements.

A ce parc s’ajoutent le barrage de Felou (Mali, 60 MW) fonctionnel depuis décembre 2013 et celui de Gouina, dont les travaux solennellement lancés tardent encore a démarrer (Mali). Des ouvrages appelés a renforcer la capacité de production de l’OMVS. La gestion de ces ‘’infrastructures communes aux Etats’’ est confiée à des agences spécialisées (SOGEM et SOGED) placées sous la tutelle du Haut Commissariat de l’OMVS. Pour étendre le maillage du dispositif, l’OMVS développe depuis 2004 un projet novateur d’électrification rurale. Une vingtaine (20) de sites de micros centrales sont identifiés en Guinée (pays source du fleuve Sénégal) dans le cadre de l’électrification rurale.

La Guinée attend ses barrages et ses routes !

En mars 2013 a Nouakchott, le sommet des chefs d’Etats de l’OMVS avait instruit dans le cadre de la mise en œuvre du plan d’investissement ‘’d’accélérer le projet de construction du grand barrage de Koukoutamba (294 MW pour un coût de 740 millions de dollars us) a Tougue en Guinée dont l’avant projet détaillé et le dossier d’appel d’offre sont disponibles ’’. Deux autres barrages hydro électriques sont aussi dans le pipeline des projets OMVS en Guinée : Boureya (110 MW à Dinguiraye) et Balassa (Mamou).

Seul problème, l’OMVS n’arrive pas à s’entendre sur le mode de financement des ressources à mobiliser, et à intéresser vigoureusement les bailleurs de fonds. Les Guinéens s’impatientent donc de voir ‘’se matérialiser ces gros investissements importants pour ce pays ‘’source du fleuve’’, château d’eaux sous valorisé et disposant de 75% des eaux du fleuve’’ souligne amer, l’industriel Kaba Moussa. Et pour cause, la Guinée ayant réintégrer la famille de l’OMVS le 17 mars en 2006 ne bénéficie pas encore des productions hydro énergétiques que se partagent les 3 autres Etats.

Mais grâce a la phase 1 du Programme de Gestion Intégrée des Ressources en Eau ‘’PGIRE’’ déployé dans les 4 Etats au compte du développement local, la Guinée a aménagé 227 ha de bas-fonds, 2.000 ha de coteaux, réalisé 1.500 ha d’agroforesterie et restauré 20 km de berges du fleuve menacées par la dégradation. Seule faiblesse, la non réalisation des plans d’occupation et d’affectation des sols programmé dans le PGIRE 2. Sur le plan sanitaire, a l’instar des autres Etats, ‘’en Guinée, les ménages du bassin du fleuve ont bénéficié d’une large couverture en moustiquaires imprégnés’’, confie l’ingénieur Sao Sangaré, Point focal du PGIRE en Guinée. Une masse critique de personnes ont été aussi traitées contre la bilharziose, maladie hydrique affectant les riverains du fleuve. Malheureusement Le PGIRE dans sa phase 2, doté d’une enveloppe de 240 millions dollars us et qui devait démarrer depuis mars 2013 tarde toujours a être opérationnel pour consolider les acquis de la phase 1.

Le pari de la mobilité spatiale autour du fleuve

Le gros challenge de l’OMVS, c’est de réussir le système intégré de transport multimodal sur le fleuve afin d’assurer une meilleure mobilité des personnes, des biens et services dans le bassin du fleuve. Développer d’abord des infrastructures et des équipements pour rendre navigable la dorsale reliant Saint Louis au Sénégal a Ambidedi au Mali sur 905 km. Et ensuite relier tout ce dispositif fluvial a un maillage routier comprenant les axes routiers Diama-Rosso en Mauritanie, Mahina-Manantali au Mali et Labé-Tougue-Dinguiraye-Siguiri en Guinée. Un ambitieux projet confié a la SOGENAV, la Société de Gestion et d’Exploitation de la Navigation sur le Fleuve Sénégal, créé en 2011 sous l’égide de l’OMVS. La SOGENAV est chargée par les Etats, des tâches de constructions, d’exploitation, d’entretien et de renouvellement des ‘’ouvrages communs’’ tels que le chenal navigable, le port fluviomaritime de Saint Louis, le port fluvial terminus d’Ambidedi, les escales portuaires sur les deux rives du fleuve et le réseau routier couvrant les zones non navigables du fleuve en amont. Des projets pertinents toujours en phases d’études avancées qui intéressent la banque mondiale, les fonds arabes et la BAD.

Au dela de l’intérêt manifeste des bailleurs, des interrogations se posent cependant, de l’avis de beaucoup d’analystes : ‘’Est ce que par exemple, l’exploitation des énormes ressources en gaz de la Mauritanie militerait en faveur du développement programmé des barrages hydro énergétiques considérés comme sources potentielles de concurrence ? Est-ce que tous les Etats membres ont réellement intérêt à s’endetter ensembles pour construire d’autres barrages de seconde génération ?

Des dossiers techniques et stratégiques qui avaient sans doute été sortis des tiroirs et débattus lors du dernier sommet des chefs d’Etats de l’OMVS, le 11 mars 2015 a Conakry. Instruction et orientations avaient été données alors, au staff du Haut Commissariat de l’OMVS « d’accélérer la mise en œuvre des projets et programmes ‘’arrivés a maturités’’ et avalisés par les Chefs d’Etats et le conseil des Ministres de l’Organisation, notamment le barrage de koukoutamba, les travaux du chantier de gouina et la navigabilité et la mobilité (sur et au tour) du fleuve ». Mais depuis, peu d’avancées réelles sur le terrain, pour une feuille de route a l’évidence pas facile à tenir, au regard des contingences de toutes sortes.

Mais qu’a cela ne tienne, force est de reconnaitre qu’a partir des atouts du fleuve Sénégal, les 4 Etats de l’OMVS ont réussi, en mutualisant leurs moyens et leurs ressources a construire graduellement des infrastructures de développement, véritable jalon du grand chantier de l’intégration socio économique et politique des pays et des populations qui partagent l’histoire et la géographie. Avec les échanges nourris qui en découlent, on bâtit pierre par pierre des marchés autour desquels vont se développer un grand ensemble qui finira par faire sauter les barrières et autres frontières héritées de la colonisation. C’est la dynamique de l’intégration par le fleuve !

Ibrahima Ahmed Barry,

journaliste-Consultant, Conakry Guinée.

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