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Grande Interview: « Lauréats guinéens, une fois à l’extérieur, au lieu d’être des héros de la République, vous devenez des indésirables… », Mamadou Hady Diallo, écrivain-romancier

hady_diallo« Le rêve guinéen, dans la peau d’un lauréat de la République » est un roman paru aux éditions Edilivre, en 2014, à Paris.

Son auteur est un jeune lauréat de la République parti poursuivre ses études universitaires au Maroc et en France où il est inscrit en Master II de Droit Economique et des Affaires à l’Université Sophia Antipolis de Nice.

L’ouvrage aborde les problèmes qui assaillent le système éducatif guinéen notamment le manque de planification, la médiocrité de la formation, la sous-documentation, l’absence de conseillers d’orientation, la corruption, l’abandon des lauréats de la République et le brain-drain etc…

C’est un ouvrage de référence, l’auteur, M. Mamadou Hady Diallo en séjour en Guinée depuis peu, a accordé une interview exclusive à mosaiqueguinee.com.

Lisez !

-Mosaiqueguinee.com : Bonjour M. Diallo, vous êtes l’auteur du roman « LE RÊVE GUINÉEN, Dans la peau d’un lauréat de la République », un roman paru aux éditions Edilivre en 2014 à Paris. Pourquoi ce titre « LE RÊVE GUINÉEN » ?

-Mamadou Hady Diallo : « LE RÊVE GUINÉEN ». Vous savez, on vous dit toujours qu’il faut rêver très haut pour arriver à un niveau important et je pense que le rêve guinéen en quelque sorte c’est quelque chose qui symbolise le courage de l’école guinéenne, parce que vous savez que nous étudions dans des conditions très difficiles, mais malgré tout cela il arrive que des personnes sortent du lot et que ça soit en Guinée ou à l’extérieur, pour exprimer leur capacité de faire. Et ça c’est ce qu’on appelle le rêve guinéen. Vous vous rendez compte, malgré tout le manque de documentation que nous avons au sein de l’école guinéenne, malgré l’insuffisance de l’encadrement, malgré l’absence des conseillers d’orientation que nous réclamons tant, il y a des élèves et des étudiants qui parviennent à aller jusqu’au bout et à produire l’excellence et ça c’est ce qu’on appelle le rêve guinéen. Je voudrais dire qu’on peut faire des miracles entant que guinéen, donc le rêve guinéen c’est de prouver au monde de quoi est-ce que nous sommes capables positivement.

-Mosaiqueguinee.com : Vous avez été lauréat de la République en 2010 pour aller poursuivre vos études au Maroc. Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

-Mamadou Hady Diallo : Parler de mon parcours serait très restrictif, mais parler du parcours de l’étudiant guinéen qui quitte la guinée et qui va au Maroc, ce serait décrire le vécu d’un certain nombre d’étudiants pour toucher l’ensemble des étudiants guinéens qui ont quitté la Guinée et qui sont partis au Maroc et montrer quels sont les problèmes auxquels ils sont confrontés.

Lorsqu’on est lauréat de la république ici en Guinée, on n’est pas félicité mais on vous dit attention et ça c’est quelque chose de très grave. C’est seulement ici que vous pouvez travailler et souffrir malgré toutes les difficultés que nous venons d’évoquer, que vous soyez parmi les meilleurs de la république et que quelqu’un au lieu de vous féliciter, il vous dit attention ! Sinon on va te voler ta bourse, on va te voler ta place, on va vendre ta place et ça c’est quelque chose qui est évocateur, c’est très grave.

Une fois à l’extérieur, tu es confronté à d’autres problèmes encore plus graves. En Guinée vous avez la famille, vous pouvez manger chez papa et maman, vous pouvez vous loger chez papa et maman. A l’extérieur tel n’est pas le cas, vous devez être en location, vous devez vous nourrir, mais par quel moyens ? Parce que vous êtes envoyé par un Etat, par une république. Il se trouve que pour la plupart des cas, au lieu d’être des héros de la république, vous devenez des indésirables de la république parce que vous êtes oubliés. Pas plus tard que deux mois il y a eu des manifestations au Maroc, c’était pour entrer en possession de leurs pécules ; 50 dollars qui ne sont payés que pendant six mois. Et là ce sont des problèmes qui n’honorent pas la Guinée, qui ternissent l’image de la Guinée. C’est devant l’ambassade de Guinée que les étudiants manifestent et que la police vient les matraquer. Mais malgré toutes ces difficultés, les étudiants se battent et parviennent à obtenir des résultats importants. A ce niveau il faut lancer un appel aux décideurs à tous les niveaux afin d’honorer les étudiants guinéens à l’extérieur et surtout permettre à ceux-là qui aspirent à faire des masters à l’extérieur de le poursuivre parce qu’aujourd’hui il y a des décisions qui sont prises au Maroc pour annuler les bourses pour les masters considérés très couteux. Il faut donc qu’on fasse des efforts parce que plus on limite la formation des jeunes et élèves guinéens, plus on malmène le niveau de l’école Guinéenne.

Mosaiqueguinee.com : Aujourd’hui vous avez terminé votre Master en Droit Economique et des Affaires à l’Université Sophia Antipolis de Nice. Qu’est-ce qui vous a poussé à entreprendre une carrière d’écrivain ?

-Mamadou Hady Diallo : Carrière d’écrivain, je crois que c’est trop dit pour le moment avec un seul roman même si j’aspire sincèrement à en écrire beaucoup d’autres.

Ce qui m’a vraiment poussé à écrire, c’est que pour faire la description, pour alerter par rapport à certains sujets, il faut argumenter et prendre son temps et écrire les choses en détail.

Dire tout de suite en une phrase qu’il y a trop de problèmes dans le système éducatif guinéen, ce n’est que trop facile. Il faut prouver comment ? Quelque part en retraçant un petit peu l’école guinéenne de l’élémentaire à l’université tout en abordant les questions de master, c’est une façon de prendre son temps, d‘argumenter sur ce qui tourne autour de l’école guinéenne. C’est aussi une autre manière d’assumer sa responsabilité qui est celle de jouer sa partition dans la construction de notre Etat la Guinée.

-Mosaiqueguinee.com : Pourquoi le choix de ce thème parmi tant d’autres pour votre roman ?

Mamadou Hady Diallo : Il y a un philosophe qui a dit que les meilleurs peuples sont ceux qui ont les meilleures écoles. S’ils ne le sont pas aujourd’hui, ils le seront demain. Donc on ne peut pas décrire l’importance en une phrase l’intérêt de l’école au sein d’une société. Tout de suite lorsque vous demandez quelles sont les problèmes de la Guinée, on vous dira la corruption, le manque d’infrastructures, l’indiscipline, etc… Tous ces problèmes ne sont que les conséquences du manque d’instruction, d’un manque d’éducation. C’est l’école qui instruit et éduque et donc on ne peut pas décrire l’importance et l’intérêt de l’école guinéenne pour la société en une phrase.

Si nous avions un peuple conscient, bien formé et bien éduqué qui sait réfléchir et qui sait construire une pensée critique, qui n’accepte pas n’importe quoi on aurait construit l’école guinéenne parce que c’est la base. Donc si l’on améliore notre école, l’on améliorera notre quotidien.

Mosaiqueguinee.com : Votre roman est à la disposition du public depuis bientôt un an et vous-même êtes en Guinée depuis un mois ; qu’avez-vous entrepris sur le terrain depuis que vous êtes arrivé?

Mamadou Hady Diallo : Depuis sa publication, pas mal de personnes ont eu accès au roman et ont parcouru le contenu. C’est donc louable de savoir que l’idée qu’on est en train de véhiculer est en train d’être lue, est en train d’être connue par les personnes que nous ciblons. La Guinée, c’est le public cible et depuis que je suis arrivé, je suis intervenu dans les médias pour expliquer le contenu et les objectifs du document. Je projette également de rencontrer le responsable de l’Harmattan Guinée pour faire en sorte que le document soit d’avantage disponible en Guinée pour que les guinéens puissent y accéder.

Mosaiqueguinee.com : Quelle perception avez-vous de la portée de votre message en Guinée?

Mamadou Hady Diallo : Je pense que le message qui a été véhiculé, les gens le partagent. Pas mal de personnes me disent que c’est tout à fait fondamental qu’il y ait des idées de ce genre, qu’il y ait des personnes aussi engagées qui alertent autour de cette problématique. Je pense que le message est passé et que ça réveille la conscience d’un certain nombre de personnes.

-Mosaiqueguinee.com : Avez des projets qui s’inscrivent dans ce cadre ? Comment comptez-vous vous y prendre ?

-Mamadou Hady Diallo : Je dirai que l’écriture est une passion mais aussi c’est un plaisir. Lorsque vous vous y mettez, vous n’avez plus envie de faire marche arrière. J’aimerais m’investir pour redonner confiance aux guinéens pour qu’ils sachent qu’il n y a pas de fatalité et que nous sommes capables du meilleur.

Mosaiqueguinee.com : Monsieur Diallo quelle message portez-vous à l’endroit de vos lecteurs, vos cadets qui se battent contre tous les maux dont souffre notre système éducatif afin de réussir ?

Mamadou Hady Diallo : Le message que je vais adresser peut être à deux niveaux.

D’abord aux responsables de l’école Guinéenne, qu’ils se rendent compte qu’il y a une nécessité absolue de faire en sorte qu’il y ait une documentation suffisante pour l’école guinéenne. Dans toute la république on n’a pas de bibliothèque nationale, une bibliothèque digne de ce nom. Une bibliothèque dont tout élève et étudiant rêverait de visiter. C’est très important qu’ils prennent des dispositions pour mettre en place les moyens nécessaires à la formation et par la suite qu’ils soient exigeants. Qu’ils attendent des élèves des résultats parce qu’ils leur auront donné des moyens.

Quant aux élèves et étudiants, il faut d’abord saluer leur courage, malgré les difficultés ils travaillent mais il y a pas mal d’entre eux auxquels il faut lancer un appel. Qu’ils se ressaisissent et qu’ils sachent qu’ils sont l’avenir de ce pays et que l’avenir de ce pays doit se former.

-Mosaiqueguinee.com : M. Diallo, merci de nous avoir accordé cette interview !

-Mamadou Hady Diallo : C’est à moi de vous remercier tout en vous encourageant. Je souhaite une bonne lecture à tous vos lecteurs et souhaiter un épanouissement pour Mosaiqueguinee.com !

Interview réalisée par Mamadou Pathé Barry

Commentaires

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2 Commentaires

2 Comments

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  2. BAH Alpha Oumar

    17 novembre 2015 at 12 h 06 min

    Bonsoir,vraiment suis fière de mon frère DIALLO, et je veux lire son roman,où je peux me procurer ce document, voici mon contact 664 37 87 36

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