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ZMAO : Une intégration monétaire qui traine les pas

ZZZZZSall Alhassane est un opérateur économique inquiet et stressé qui mène des affaires en Afrique de l’Ouest.  « Chaque fois que je me déplace, je suis obligé, avec tous les risques, de trimballer des francs CFA, des dollars US ou des euros sur moi pour régler mes transactions… sinon, c’est le retard, les blocages ou autres tracasseries au niveau des banques ou institutions de financements diverses ou disparates de la sous-région. Un calvaire pour les affaires ! ».  Nonobstant  les avancées sur le vaste chantier de l’intégration, les risques et obstacles que rencontre cet homme d’affaire guinéen sont partagés par bons  nombres d’acteurs économiques de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ‘’CEDEAO’’ au sein de laquelle évoluent 9 unités monétaires non convertibles pour un marché de plus de 300 millions de consommateurs. Le défi : C’est comment faciliter les échanges intra régionales et harmoniser les systèmes de paiement qu’induirait une monnaie unique socle du grand marché unique tant espéré par tous ?

Un brin d’histoire

 Face au défi factuel, aux difficultés quotidiennes et devant les contraintes de la mondialisation sur les fragiles économies africaines, les Chefs d’Etats et de Gouvernements ouest africains décidaient au sommet de la CEDEAO à Lomé (Togo) en 1999 d’encourager et de soutenir la création d’une seconde zone monétaire en Afrique de l’ouest à côté de celle de l’UEMOA regroupant les pays de zone CFA. C’est ‘’l’approche à deux vitesses’’ qui voulait que les deux entités fusionnent après un processus d’intégration monétaire pour aboutir (à moyen terme)  à la monnaie unique dans l’espace CEDEAO. En avril 2000, et conformément aux indications du Programme de Coopération Monétaire de la CEDEAO lancé en 1987, les dirigeants de six pays (Gambie, Ghana, Guinée, Nigeria, Liberia et Sierra Leone) réunis en Sommet, à Accra au Ghana, créeront solennellement la Zone Monétaire de l’Afrique de l’Ouest ‘’ZMAO’’. Des lors, les 6 pays de la ZMAO s’étaient engagés ‘’ à restructurer leurs économies en respectant des rigoureux critères  de convergences pour créer a l’échéance 2003  « l’ECO», la monnaie unique au sein de la ZMAO. Pour faciliter les aspects techniques du processus, l’Institut Monétaire de l’Afrique de l’Ouest ‘’l’IMAO’’ sera créée en décembre 2000 afin de « préparer les conditions de mise en place d’une Banque Centrale Commune aux 6 Etats la BCAO ». L’IMAO sera ainsi rendu responsable de l’élaboration de la politique monétaire commune et de l’émission, au moment venu, de la monnaie unique ‘’l’ECO’’.

Si l’ambition des politiques s’avère noble, sa concrétisation se heurtera à la disparité des économies, aux barrières géographiques et linguistiques ainsi qu’à la faiblesse des infrastructures intégratrices et des échanges inter Etats faisant de l’espace ZMAO, de l’avis de beaucoup d’observateurs critiques « une zone économique très peu intégrée et moins viable ».

De report en report, des échéances intenables… « L’ECO » est toujours un rêve !

 La lenteur de ce processus  d’intégration monétaire démarré en 2000 résiderait, selon les notes techniques d’un rapport d’experts du Programme de Coopération Monétaire de la CEDEAO « au coût élevé de mise en œuvre du processus, a la qualité de la structure et aux rôles dévolus aux institutions régionales et surtout au manque de leadership pour conduire le processus a terme ». Sans occulter le fait que certains Etats « hésitent encore à renoncer à une partie de leur souveraineté » nous confie inquiet un analyste financier.

A cela s’ajoute « l’insoluble équation » de respect des rigoureux critères de convergences à remplir par les Etats (voir tableau).

        Critères de convergences de Premier Rang    Indications

1      Taux d’inflation fin période       Inferieur à 10% ou égal à 5%

2      Réserves brutes de change couvrant       3 à 6 mois d’importation

3      Financement du déficit budgétaire par les Banques Centrales        Limité à 10% des recettes de l’année précédente

4      Le déficit budgétaire   Plafonné à 5%  du PIB

Les critères de Second Rang préconisent (1) la non accumulation d’arriérés sur la dette intérieure  pour un ratio recettes fiscales sur le PIB > a 20%, (2) le ratio masse salariale rapporté aux recettes  fiscales doit être < ou égal a 35%, (3)  le ratio des investissements publics  sur les recettes fiscales doit être > ou égal a 20% (4) le taux de change doit évoluer dans une bande de  plus ou moins 15%  du mécanisme de taux de change et en fin (5) afficher un taux d’intérêt réel positif. Depuis 15 ans que dure ce processus, ces critères de premier et de second rang édictés (proches de ceux en vigueur dans la zone UEMOA) n’ont jamais été globalement et durablement atteints par les 6 Etats de la ZMAO. Une situation  remettant ainsi  en cause, et a trois (3) reprises les calendriers établis par le Conseil des Convergence pour l’avènement de la monnaie unique (en 2003,  en 2009 et en 2015).

 Des critères contraignants pour des pays confrontés à des problèmes  de gouvernance politique et économique mais incontournables et nécessaires pour les amener « a disposer d’un cadre macro économique stable et assaini favorisant  la stabilité des prix, la maitrise de l’inflation avec une balance des paiements soutenable le tout, assorti d’un système de surveillance multi latéral des économies …des fondements préalables a toute union monétaire » souligne avec insistance, A. Tidiane Diallo, Directeur des Etudes et de la Recherche a la Banque Centrale de Guinée ».

La note de performance des Etats publiée lors de réunion technique de la ZMAO à Banjul (Gambie) en janvier 2014  est de l’ordre de 66,5%. Le rapport précise que « seul le Nigeria a rempli en fin 2013 les 4 critères de 1er rang. Le Libéria et la Sierra Leone ont rempli 3 critères chacun, le Libéria n’a raté que le critère de réserves brutes et la Sierra Leone celui du taux d’inflation.  Le Ghana, la Guinée et la Gambie  ont rempli deux critères chacun, notamment ceux se rapportant au financement des déficits budgétaires par les banques centrales et aux réserves brutes de changes ». La note de performance mentionne d’autre part «  une détérioration des critères de second rang atteignant 22,2% en 2013 contre 27,8% en fin juin 2012 ».

Des critères de convergences rationnalisés…la monnaie commune pour 2020 !

Ce tableau peu reluisant a amené le collège des Chefs d’Etats et les experts de la TASK Force réunis à Niamey au Niger en février 2014 à rationaliser les critères de convergences : (quatre de 1er rang et  deux (2) seulement de second rang à remplir désormais). Le sommet des chefs d’Etats de la CEDEAO a Yamoussoukro (Cote d’Ivoire) de mars 2014 qui a entériné ces décisions a fixé le ‘’Dead line’’ de 2020 pour le lancement de la monnaie commune a l’intention de tous les pays membres de la CEDEAO ayant rempli tous les critères de 1er rang. Les autres pays  rejoindront par la suite l’union monétaire lorsqu’ils rempliront les premiers critères. Un gros challenge sur le vaste chantier d’intégration économique en Afrique de l’Ouest qui peut se targuer cependant d’avoir franchi l’étape de l’entrée en vigueur du TEC, le Tarif Extérieur Commun de la CEDEAO depuis janvier 2015.

Face aux obstacles qui se dressent devant l’ECO, le pari de l’échéance 2020 passera indubitablement par l’adoption et la mise en œuvre des politiques budgétaires et fiscales vertueuses, l’exécution d’une politique monétaire prudente, l’application d’une discipline budgétaire de rigueur, la reforme du système financier et bancaire, le développement et l’harmonisation des systèmes de paiement,  la promotion du commerce intra régional et la mobilisation des ressources conséquentes pour le financement du processus et ses institutions de mise en œuvre.

Tous les acteurs des pays de  ZMAO se doivent donc « de construire ensemble, un environnement macroéconomique sain, viable et habilitant garantissant la stabilité des prix et des taux de change et la sécurité des investissements de nature à promouvoir  les affaires, la croissance et le développement des économies arrimées  a une monnaie unique socle d’un marché commun qui se passe de monnaies tierces» conclu, avec un brin d’optimisme Ismaël Keita, Président du Patronat de Guinée. Un pari, loin d’être gagné !

Ibrahima Ahmed Barry,

Consultant Economie

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