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A Freetown, on compte les jours avant la fin officielle d’Ebola

Ebola FreetownSur une étagère du Musée national de Sierra Leone, un masque traditionnel retient l’attention. Plus massif que les autres, il est orné de cornes d’antilope et serti de dizaines de cauris. Arboré par les Temne, l’ethnie majoritaire du pays, lors de certaines fêtes, il permettrait à celui qui le porte de voir dans l’avenir. « Le futur apparaît sous forme de visions et de flashs, assure Brima Conteh, guide du musée. En le mettant sur la tête, on pourrait savoir ce qui arrivera le 7 novembre… » Le pays pourrait se réveiller ce jour-là d’un long cauchemar.

Si aucun cas d’Ebola n’est recensé avant le début du mois prochain, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annoncera que la Sierra Leone – après le Liberia au début de septembre – est libérée de l’épidémie qui a fait 3 955 morts à travers le pays et 11 298 en Afrique de l’Ouest. Le 7 novembre, il se sera écoulé quarante-deux jours après la guérison du dernier malade, une durée estimée suffisante par l’OMS, qui correspond à deux fois la période d’incubation. De l’ombre bienfaitrice du Cotton Tree, arbre majestueux du centre-ville de Freetown, jusqu’aux confins du pays, le compte à rebours a commencé. « On attend avec impatience cette date pour faire la fête, espère Gibril Kamara, coordonnateur au sein de l’association des survivants d’Ebola. Mais c’est difficile d’imaginer le futur. Il se joue souvent à pile ou face. »

Suspicion permanente

Le premier cas a été recensé en Sierra Leone en mai 2014. S’est ensuivis le bouclage des frontières, la suspension des lignes aériennes et plusieurs interdictions comme la fermeture des boutiques après 18 heures ou le regroupement de plus de quatre personnes, ce qui a entraîné l’annulation des mariages, des matchs de football, la fermeture des discothèques… Tous les projets de développement du pays ont été stoppés net. La croissance folle (11,3 %) de 2013 n’est plus qu’un lointain souvenir. Tous les indicateurs économiques sont désormais dans le rouge.

Pis, une suspicion permanente s’est installée entre les habitants à cause du virus. « Nous avons connu la guerre civile [de 1991 à 2002] puis cette épidémie d’Ebola, rappelle Olivette Barnett, administratrice du Musée national. S’il fallait choisir entre ces deux tragédies, ces deux monstres, je pense qu’il vaut mieux le premier. Qu’il soit rebelle ou militaire, on peut se battre contre un ennemi identifiable. Ebola sème la mort et il est invisible. Il se cache partout et nulle part à la fois. »

En attendant, la vie continue. Comme toujours autour de Cotton Tree, cet immense Ceiba pentandra (ou fromager), devenu l’emblème national de la Sierra Leone. Vieux de cinq siècles, l’arbre aurait assisté à l’arrivée des premiers explorateurs portugais (1462) sur les côtes africaines. Plus sûrement, il a vu partir des convois d’esclaves en route pour les plantations de Caroline du Sud, assisté au débarquement des colons Britanniques en 1808, puis à l’indépendance du pays, en 1961. Ce kapokier haut d’une trentaine de mètres a survécu à des centaines d’orages, de coups de tonnerre et de coups de feu.

En cette fin de matinée d’octobre, il se dresse sous un soleil d’été au cœur du quartier historique. Sous ses branches protectrices règne la frénésie habituelle, malgré la menace du virus qui plane toujours. Les trottoirs sont bondés et, à coups de klaxon, les taxis-motos tentent de se frayer un chemin dans la circulation. « Même au plus fort de l’épidémie, lorsque Ebola se propageait dans la capitale comme un incendie, les gens ont continué à sortir dans la journée, mais en prenant des précautions, se souvient Nasser Ayoub, un chanteur sierra-léonais très en vogue. Depuis quelques mois, c’est vrai qu’il y a un peu de relâchement. »

« Ce virus m’a jeté en enfer »

Au printemps, les écoles de Freetown ont rouvert et les compagnies aériennes ont progressivement renvoyé leurs avions vers la Sierra Leone. Aujourd’hui, il n’y a guère qu’à l’aéroport, devant l’entrée des grands hôtels ou des organisations internationales que l’on prend la température des visiteurs. Malgré les campagnes de prévention à la radio et à la télévision, on se lave les mains moins fréquemment. Et quand on ne se salue plus par un contact du coude, c’est chaleureusement et avec poigne.

Le Monde

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