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A propos des prisons guinéennes : « Les détenus sont des marchandises des magistrats», écrivait il y a près d’un an, Abdourahamane BAKAYOKO

bakayoÇa a grondé dans les prisons guinéennes ces derniers temps. Des prisons qui explosent à cause notamment des conditions de détentions extrêmes, mais surtout des délais de détentions au-delà de l’imaginable.

Mais beaucoup plus encore à cause des pratiques de marchandage de détenus, auxquelles se livrent des magistrats guinéens.

Une situation vécue et observée de l’intérieur, par le leader des démocrates guinéens, lui-même pensionnaire un temps, de prisons, entre Labé, Mamou et Conakry.

Voici ce qu’écrivait à l’époque, il y a près d’un an, M. Abdourahamane Bakayoko :

En prison, je vois de très nombreuses actions lâches

J’ai vu des procureurs et juges ‘’corrompus’’ réclamer de l’argent à des prévenus pour les blanchir et les libérer.

J’ai vu des condamnés payer de l’argent à des magistrats et sortir de prison avant de purger leurs peines.

J’ai vu des avocats réclamer à leurs clients des montants pour le juge et d’autres montants pour le procureur pour acheter leur liberté.

J’ai vu des détenus pour des dettes, sans papiers, sans témoin et non reconnus.

J’ai vu des détenus pour des menaces de mort sans la moindre preuve.

J’ai vu des magistrats qui ont des talents pour transformer la vérité en mensonge, le mensonge en vérité pour des pots de vain.

J’ai compris qu’en Guinée, les détenus sont des marchandises des magistrats.

J’ai vu de nombreux jeunes et enfants envoyés en prison par leurs papas ou leurs mamans.

J’ai vu beaucoup de fous en prison.

J’ai vu beaucoup de la drogue à prix cadeau (500 GNF) en prison.

J’ai vu des détenus presqu’en squelettes, rongés par la malnutrition et les maladies et maintenus en vie par une dose de biscuits médicalisés offerts par le CICR.

J’ai vu des magistrats incarcérer des citoyens non accusés à la place de leurs parents accusés et disparus.

J’ai vu des prévenus qui ont fait plus de 10 ans en prison.

J’ai vu des prévenus qui ont purgé voir doublé la peine maximale infligée à leur supposée forfaiture par le code pénal.

J’ai vu que les gardes pénitentiaires qui ont des salaires de misère (moins de 100 dollars par mois). Contrairement à la police, à la gendarmerie et à l’armée, la garde pénitentiaire ne reçoit pas de ration alimentaire et est même obligée d’acheter elle-même sa tenue.

J’ai vu que la garde pénitentiaire n’a même pas de statut.

Le procureur de Labé a envoyé son substitut dans ma famille prendre 150.000 GNF pour payer le transport d’un papier me concernant que le procureur général lui aurait demandé d’envoyer à Conakry.

En dénonçant ce système, je sais que c’est une boîte de pandore que j’ouvre, qui pourrait me coûter la vie ou de nombreuses années de prison.

Nelson Mandela a fait plus de 25 ans de prison pour une cause juste, je suis prêt à en faire autant pour également une cause juste.

Un voyage de 100.000 km doit commencer par un seul pas. Je viens de faire le tout premier pas vers la justice réelle en Guinée. Si on me tue tout de suite, je suis convaincu que les futures générations vont poursuivre et achever mon combat. En lançant notre parti politique en octobre 2012, je me suis engagé à donner ma vie à la nation guinéenne.

Aujourd’hui, je réitère cet engagement.

Je me demande pourquoi grand-père Alpha Condé n’a pas dénoncé ce système quand il est sorti de prison et pourquoi il n’a pas changé tout cela quand il est devenu ce qu’il appelle : « Premier président démocratiquement élu ».

Mais avant d’entrer en prison, j’ai vu Koto Cellou Dalein Diallo sacrifier et enterrer plus de 400 jeunes et enfants manifestants de 2009 à 2013 pour sa soif du pouvoir.

Et pour le moment, je suis en prison et je continue à observer la prison, les prisonniers, les magistrats et les avocats.

Conakry le 20 décembre 2014

Abdourahmane Bakayoko

Président des Démocrates Guinéens

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