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Edito : 38 morts et notre indifférence (Par Ahmed Kourouma)

imageC’est Thoreau qui je crois disait que nous ne pouvions haïr que ceux que nous aimions, les autres nous sont indifférents. Pourtant hier 38 de nos frères sont morts dans une indifférence glaciale. Indifférence qu’ils ne méritent pas.
Je ne veux pas être un donneur de leçons en pointant du doigt, dénoncer le moment ou les personnes. Non. Ceux qui se taisent s’indignent et pleurent aussi à leur façon j’en suis sûr.
Je ne suis pas mieux qu’eux. Et je ne leur dirai rien.
Et cela par respect pour ces jeunes morts noyés. Ils ne méritent pas non plus de devenir un instrument de discorde ou d’élévation abject. Ils ne méritent pas ça.
Par respect pour le rêve aussi qu’ils pourchassaient, celui de jours meilleurs ou d’un destin plus grand qu’ils pensaient enfin pouvoir prendre en main.
Pourtant que j’aurais aimé leur parler avant qu’ils ne s’embarquent pour leur funeste équipée.
Que j’aurais aimé leur dire qu’ici en Guinée nous sommes nombreux à partager leur rêve de vouloir changer les choses, de voir plus grand.
Que j’aurais aimé leur dire qu’ici aussi il est possible de bâtir, de défricher, de changer les choses et qu’il n’est pas nécessaire de partir pour aller loin. Il suffit juste de croire pour avancer ensemble.
Oui j’aurais aimé leur dire cela et plus encore. Que je partage aussi cette volonté d’apporter le rêve sur notre terre, d’apporter l’espoir pour que notre jeunesse ne parte plus et surtout pas comme ça.
Oui.
J’aurais aussi parlé des autres qui m’accompagnent, de ces jeunes comme eux qui s’assemblent pour aller plus loin. Sans céder à des horizons trop lointains pour être appréciés.
J’ai tenté de le faire, j’ai tenté de parler de progrès, d’union. Mais peut-être ce ne sont que des mots pour dormir mieux la nuit.
Car nos mots sont aussi perfides que cette mer qui les a engloutis.
Ils ne sont que des mots, toujours les mêmes. Travail, argent, bonheur, progrès… Autant de mots pour tellement peu d’espoir.
Il y en aura d’autres des jeunes qui partiront, qui penseront qu’il vaut mieux chercher ailleurs ce qu’on ne peut pas construire ici.
Je ne veux pas leur donner raison. Je ne veux pas que ces trente-huit enfants de Guinée soient morts pour en entrainer d’autres à leur suite.
Qu’ils reviennent nous hanter au quotidien afin que nous changions les choses. Afin que nous ne les oublions jamais pour que nous travaillions à l’espoir. Car seul l’espoir pourra sortir notre jeunesse de cette nuit d’indifférence.
Car moi ces trente-huit je les aime et je ferai ce que je pourrai pour que jamais l’indifférence n’engloutisse nos consciences.
Souvenez-vous d’eux et souvenez-vous qu’ils ne voulaient que de l’espoir alors au moins offrons leur notre mémoire.

Ahmed Kourouma,
Conseiller politique

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