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Jean Marie Doré : Le regard des hommes, le jugement de L’histoire !

tiboouPar Tibou Kamara, ancien ministre : Il s’était fait oublier à la fin de ses jours, un peu comme pour habituer désormais les Guinéens à son absence pour toujours. JMD est parti sans tambours ni trompettes, alors que toute sa vie durant où il n’y a eu que peu de place pour le hasard et l’imbécillité, il a fait beaucoup parler de lui, en bien et trop souvent en mal. La raison en est simple : le politique qu’il fut jusqu’au jour fatidique n’a pas fait la moindre concession à la personne cultivée et agréable que ses compatriotes auraient préféré et sans doute aimé davantage. Ce mystère d’une ambivalence certaine chez lui, seules les personnes l’ayant fréquenté et pratiqué au plus près du miroir de son âme, de son esprit et de son cœur ont pu s’en rendre compte. L’homme Jean Marie était capable de grandes amitiés, de fidélité dans ses engagements personnels et savait se montrer séduisant et attachant. A l’inverse, le personnage qu’il a incarné sur l’échiquier politique national était si imprévisible et changeant que chaque fois et au-dessus de lui planait le spectre du reniement de trop , des coups de théâtre permanents.

Quoi qu’il en soit, avec la disparition de Jean Marie Doré, c’est une part considérable de l’histoire récente et commune de notre pays dont il fut témoin et acteur privilégiés qui tombe dans l’oubli et le silence des temps et des mémoires perdus. Quelques lignes aussi éloquentes et inspirées, pourraient-elles être, ne suffiront pas à évoquer le parcours trop complexe de l’homme, à camper son personnage haut en couleurs, à rappeler des souvenirs nombreux avec lui, comme pendant la transition qui nous a révélé l’un à l’autre dans les passions, les violences et les rivalités des relations de pouvoir. Et puis, l’émotion et la peine que les Guinéens éprouvent, quoi qu’ils pensent de l’illustre disparu, imposent le respect du grand recueillement national et la dignité des grandes douleurs. Juste une page d’histoire en guise d’hommage et de témoignage.

 « Notre PM » s’en est allé !

Lorsque le Général Sékouba Konaté m’a consulté pour le choix d’un premier ministre pour la transition qu’il a conduite, j’ai pensé , tout de suite, à Jean Marie Doré, figure historique de la lutte démocratique. Lui-même semblait le connaître et avait surtout une opinion plutôt favorable de lui. Le général m’a chargé de l’informer du choix porté sur sa personne comme futur premier ministre. Exilé pour la première fois déjà à cette époque agitée de l’histoire de la Guinée, je l’ai invité , avec d’autres personnalités, à une rencontre à Banjul, en Gambie. Au cours de l’entretien qui a suivi dans le bureau du Président de ce pays ami, Yahyah Jammeh, Jean Marie Doré a hésité à accepter le poste de premier ministre , invoquant son intention de se présenter à l’élection présidentielle. il ne sera premier ministre qu’à condition de ne pas être disqualifié pour les élections à venir,a-t-il insisté. Son ami Talibé Diallo devenu plus tard son ministre qui l’accompagnait partout, disparu un peu avant lui dont il n’a eu de cesse de pleurer la mort , a essayé de le convaincre qu’il a plus intérêt à devenir premier ministre qu’à briguer la magistrature suprême, sans le moindre espoir , de triompher. Jean Marie Doré a continué à se poser des questions , confronté au choix de son avenir.

Pressé par le temps et las d’attendre, le Général Sékouba Konaté était impatient de connaître son premier ministre. C’est alors qu’il a été demandé aux forces vives de proposer un nom au moment où Jean Marie s’était enfin décidé à diriger le gouvernement de transition, en abandonnant, sans trop de conviction d’ailleurs, la course à la Présidence. En fin de compte et comme prévu et souhaité avant que les forces vives ne se prononcent, tel était son destin aussi, il devint Premier ministre du gouvernement de transition du Général Sékouba Konaté. Celui-ci, m’a confié regretter la disparition de son ancien collaborateur ,  » une grande épreuve ». Il s’était étonné , un peu avant,que JMD qui n’avait pas  » sa langue dans sa poche » soit resté indifférent aux graves accusations portées contre les autorités de la transition , lui, qui en savait tant.. Lui, qui avait reponse à tout, ne pliait et ne tremblait devant personne a dû être  » anesthésié » par son passé commun avec Alpha Condé d’opposant à Lansana Conté. Il n’a pas manqué de  » ménager » , autant que possible, son viel ami et compagnon depuis le début des temps politiques difficiles qui, en retour, l’a respecté aussi et bien traité.

JMD s’est rétiré du  » théâtre politique » guinéen où il a joué de multiples rôles qui laissent croire à beaucoup de ses compatriotes qu’il a eu  » plusieurs vies ».

Lui ou un autre, la vie nous trompe tous avec ses tentations et ses illusions, avant que la mort, le seul moment de vérité ne s’impose à tous comme une fatalité. Adieu, descensdant de Soumahourou Kanté comme tu aimais à le rappeler avec la fierté du noble !

Tibou Kamara

 

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