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L’hommage de Ahmed Kourouma à Jean Marie Doré (Discours prononcé au palais du peuple)

wpid-wp-1451835070130.jpgLa mort est un fait ordinaire, notre lot à tous et nous ne pouvons que vivre avec. Mais la mort d’un homme comme Jean-Marie Doré n’a rien d’ordinaire. Ce n’est pas qu’un choc, ce n’est pas qu’un bouleversement. Non, c’est comme une parcelle de notre pays qui disparaitrait avec l’émotion et la détresse que cela entrainerait.

Il y a certaines personnes que la mort a fait sublimer, qui sont devenus à coups d’éloges et d’oraisons des hommes à l’envergure parfois disproportionnée. Mais c’est la vie de Jean-Marie Doré qui nous a sublimée et c’est sa vie qui lui a donnée cette envergure.

C’était un homme d’avenir. Pas seulement parce qu’il l’incarnait à la fois dans ses idées et ses actions et dans le fruit de son travail mais aussi et surtout parce qu’il mettait un point d’honneur à ce que la jeunesse guinéenne suive le sillon du progrès. Il n’était pas un homme centré sur lui-même, il n’était pas un homme à la conquête de gloire ou d’éphémère, non. Il était homme juste et généreux qui n’œuvrait que pour les autres avec comme seuls objectifs le futur de notre maison commune , la Guinée .

L »honorable Jean-Marie Doré, homme politique, premier ministre, avait fait le choix d’une politique humaine, sans concession mais de consensus.

Un choix difficile, loin des franges tumultueuses de notre politique et de notre société.

Parce que la sagesse est souvent prise pour de la prudence, Jean-Marie Doré a su préserver ses positions, son parti et son unité. Dans un pays comme le nôtre il n’est évidemment pas chose aisée que de frayer avec sagesse sans faire le dos rond mais bien en bombant le torse. Il est aussi un des acteurs de la réconciliation démocratique. Celui grâce à qui la démocratie a pris racine pour s’étendre vers ce qu’elle est aujourd’hui.

Je me souviens qu’avec des mots simples, des phrases comme choisies par les plus belles plumes, il y a à peine quelques mois, il m’avait exposé ses vues pour son pays, il m’avait expliqué son amour pour la Guinée. Et dans ses phrases, sont amour était contagieux. Car lorsque je le quittai mon cœur était léger mais pourtant chargé d’émotions et d’une bravoure à toute épreuve.

Car il était cet homme, cet exemple, cette sagesse.

Alors non l’adage ne se prête pas pour lui, il n’est pas cette fameuse bibliothèque qui brûle, il n’est pas un enseignement qui disparait. Ce serait penser tristement de l’œuvre qu’il laisse derrière lui, de l’exemple qui a toujours su donner et de ses preuves d’amour pour notre nation, sa nation.

Alors non rien ne brule il est toujours parmi nous et le restera encore longtemps. Comme disait Saint Augustin, les morts sont des invisibles et non pas des absents, et je le crois. Je crois qu’il nous suffit de tendre l’oreille, d’écouter en ces heures parfois sombres ou difficiles, dans l’épreuve et dans le doute, pour entendre ces chœurs d’âmes sages et vertueuses. Ces voix qui nous insufflent par-delà les âges le courage et la force de mener à bien les plus belles et grandes des choses. Et pour moi il ne fait aucun doute que la voix de l’honorable Jean-Marie Doré résonne déjà parmi celles de nos ancêtres d’une manière différente.

Aujourd’hui l’heure est certes au recueillement mais pas au désespoir. Et mes pensées, nos pensées, vont aussi et surtout à sa famille et à ses proches pour lesquelles nous avons une profonde tristesse que j’aimerais chaleureuse et réconfortante. Au-delà même des mots, en me rappelant pourtant ceux de Nelson Mandela, « en faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d’en faire autant. » Je sais que grâce à Jean-Marie Doré ma génération a ce privilège aujourd’hui, le privilège de pouvoir scintiller à son tour. Alors pour cela je tiens à le remercier à-travers vous, et de tout mon cœur.

Je serai éternellement reconnaissant à sa mémoire pour ses conseils de sagesse et de tempérance prodigués un après-midi d’août qui restera à jamais dans ma mémoire et mon cœur. Un grand arbre vient de tomber mais ses racines perdureront en nous tous et un jour, une forêt d’âmes nobles se dressera sur notre pays, pour nous, par lui.

Car Birago Diop disait :

Les morts ne sont pas morts

Écoute plus souvent les choses

Que les êtres

La voix du feu s’entend, entend la voix de l’eau .

Écoute dans le vent le buisson en sanglot, c’est le souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis, ils sont dans l’ombre qui s’éclaire

Et dans l’ombre qui s’épaissit.

Écoute dans le vent le buisson en sanglot :

C’est le souffle des ancêtres morts qui ne sont pas partis

Qui ne sont pas sous la terre

Qui ne sont pas morts.

Il est des hommes qui nous marquent. Des hommes qui nous inspirent et des hommes qui nous illuminent, oui Jean-Marie Doré était tout cela à la fois et plus encore, il est un des rares hommes qui nous manquera terriblement. Mais ne pleurons pas les morts qui ne sont que des cages d’où les oiseaux sont partis. Continuons à les écouter sans peur ni détour, sans chagrin mais avec amour.

Que ton âme repose en paix honorable et admirable

Jean marie doré.

Ahmed Kourouma,

Conseiller politique

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