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Journée Internationale des Langues Maternelles : collectif de promoteurs des langues nationales s’adresse aux élus de la nation (Lettre Ouverte)

nafadji soryLettre ouverte au Président de l’Assemblée Nationale et aux élus de la nation :

Le 21 février a été décrété par l’UNESCO comme La Journée Internationale des langues maternelles, un collectif de promoteurs des langues nationales s’adresse aux élus du peuple.
Nous promoteurs des Langues Nationales de Guinée :
⇒    Conscients des enjeux de ce monde que nous vivons directement au jour le jour ou indirectement à travers les médias.
⇒    Conscients de la place qu’occupe, sur le plan culturel, notre pays bien aimé en Afrique.
⇒    Conscients de la place qu’occupe notre pays dans le classement des pays les plus pauvres de la planète.
⇒    Conscients de la haute volonté que nous avons d’unir les peuples de Guinée dans leur diversité.

⇒    Nous souhaitons partager avec vous les constats suivants :
1.    Notre pays compte moins de onze millions d’habitants (RGPH 2014) dont 70% ont moins de 30 ans et plus de 52% sont des femmes.
2.    Environ 65 % de la population guinéenne sont des analphabètes d’après le PNUD, ce qui est un obstacle fondamental au développement dans ce pays.

⇒    Nous voulons être des Citoyens, mais comment le devenir quand on n’entend rien à la langue officielle exclusive de l’Etat et de toutes les institutions ?
⇒    Nous sommes LES SUJETS du développement et voulons y participer, mais beaucoup de personnes croient que le développement se fait «uniquement en langue officielle étrangère».
⇒    Nous sommes ceux qui regardent passer le train du développement, car ce train ne s’arrête que dans « les gares officielles ».
⇒    Vous qui avez nos destinées entre vos mains.

⇒    Où placez-vous la question de la culture ? (non pas en termes de folklore, mais comme pilier indispensable pour le processus de développement).
⇒    Où placez-vous la question de nos langues ? (sans lesquelles on ne peut espérer un jour domestiquer les sciences et la technologie pour le plus grand nombre).
⇒    Nous parlons Baga, Bassari et nous ne voulons pas voir nos langues disparaître ;

⇒    Nous sommes guinéens et nous voulons que la littérature traditionnelle du Fouta (Pular) soit enseignée ;

⇒   Nous sommes guinéens et nous voulons que l’écriture toma et l’alphabet Koré-sèbèli (Sosso) soient culturellement exploités ;

⇒ Nous sommes guinéens et nous voulons que l’écriture N’ko, reconnue officiellement par les instances internationales, soit admise parmi les caractères officiels de transcription des langues guinéennes dans l’enseignement élémentaire, secondaire et universitaire ;

⇒    Nous parlons Kissi, Loma, Manon, Kpelle, Maninka, Pular, Sosso, nous voulons plus de places pour nos langues dans notre constitution.
⇒    Ces langues sont embastillées depuis leur transcription, dans le coffre blindé et scellé sous le vocable «langues nationales». Elles sont considérées comme des «sans papier» et bonnes à être nettoyées par la méthode de l’oubli délibéré, de l’ignorance voulue et de l’interdiction de «séjour».

⇒   Nous ne voulons plus que nos langues maternelles soient abandonnées sous le fallacieux prétexte de leur multiplicité (18 langues officielles reconnues en Inde) alors que de nombreux pays possédant plus de langues que la Guinée, ont pu officialiser les leurs ; la diversité linguistique est un atout et non une faiblesse.

⇒     Vous engagez-vous à agir comme l’Afrique du Sud l’a fait en indiquant dans sa constitution au nombre des langues officielles aussi bien les langues autochtones du pays, que les deux langues étrangères, l’Anglais et l’Afrikaans, et en ordonnant aux autorités nationales et à chaque gouvernement provincial (régional) d’utiliser au moins deux de ces langues (article 6 de ladite constitution).

⇒     Vous engagez-vous à agir comme l’assemblée nationale sénégalaise l’a fait en 2014, en permettant de faire des débats parlementaires à l’hémicycle dans six langues nationales de ce pays ?
⇒    Vous engagez-vous à prendre rapidement des mesures concrètes pour que nos langues nationales soient de plus en plus utilisées de façon complémentaire à la langue française,
–    dans l’enseignement ?
–    dans la vie politique ?
–    dans l’administration publique ?
–    dans l’état civil ?
–    dans les cours et tribunaux ?
–    dans les transactions bancaires ?

–    dans la presse parlée et écrite, les débats à la radio et à la télévision ?

–     dans la téléphonie mobile ?
–    et même dans les messages à la nation du Chef de l’Etat, etc. ?
Qu’attendez-vous pour officialiser nos langues à travers la Constitution ?
Nous voulons votre engagement formel et sans réserve. Les grands cabinets de consultation en développement nous proposent de nombreuses recettes pour sortir l’Afrique subsaharienne, zone géographique à la queue du développement mondial, de sa situation de pauvreté. Mais aucun ne nous propose la prise en compte des aspects linguistiques comme véhicule du développement. Et curieusement, c’est l’une des rares parties au monde qui refuse de voir l’importance de ses langues dans son développement.
Nous sommes libérés il y a 58 ans, il faut à présent libérer nos langues.

La Guinée indépendante a plus de 58 ans de souveraineté.

On peut penser à l’âge adulte s’il s’agissait d’un Homme.

Conakry, 21 février 2016

Ont signé cette lettre :

Nafadji Sory CONDE, Chercheur en sociolinguistique (Consultant écriture n’ko).

Aguibou SOW, Chercheur Indépendant (spécialiste du Pular).

Jacques ONIVOGUI, conservateur de l’écriture Toma.

Seydouba BANGOURA, chercheur indépendant, spécialiste du Sosso.

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