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Suspension de la grève : Des révélations sur la médiation de l’Assemblée nationale (Interview exclusive)

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A travers cette première partie d’une interview qu’il a accordée à la rédaction de mosaiqueguinee.com, dimanche 21 février 2016, l’Honorable Amadou Damaro CAMARA, président du groupe parlementaire du RPG arc-en-ciel, fait des révélations sur la médiation menée par l’Assemblée nationale, qui a pu aboutir à un compromis entre gouvernement et syndicat dont la conséquence directe a été la suspension de la grève générale déclenchée le 15 février.

Lisez !

Mosaique: Est ce que d’entrée de jeu, on peut savoir votre sentiment par rapport à la suspension de la grève syndicale déclenchée, vous le savez, le 15 février 2016 ?

H. Amadou Damaro CAMARA: Je n’ai pas des sentiments outre mesure. J’ai été un peu, au sein du bureau de l’Assemblée, au centre des négociations avec les syndicats. Nous avons pris l’initiative de les inviter à venir nous voir. D’entrée de jeu je dois avouer qu’on a eu en face des hommes et des femmes,  hauts cadres, très responsables et patriotes et qui connaissent la chose syndicale au bout des doigts.

Mosaique:  Mais vous auriez dû faire cette démarche en amont, avant qu’on ne soit engagé dans cette grève.

H. Amadou Damaro CAMARA: Oui, nous ne sommes pas directement impliqués structurellement dans la gestion des grèves, dans la gestion des syndicats. Ce sont des corps constitués, nous sommes intervenus par ce que nous avons abouti à une crise. Et n’oubliez pas que la deuxième fonction de l’Assemblée c’est le contrôle de l’action gouvernementale. C’est un peu en exercice de ce volet de nos attributions que nous avons interpellé un peu le gouvernement en invitant les syndicats pour savoir qu’est ce qui se passait. C’est à l’issue de cet entretien que nous avons fait des propositions concrètes aux syndicats. Et très heureusement, de manière très consciente et responsable ils ont accepté.

Mosaique: Vous personnellement, comme beaucoup d’autres personnalités du pays, vous disiez que le syndicat avait des revendications légitimes, mais est ce que vous pensez que seul le gouvernement alors est responsable du chaos économique dans lequel nous nous retrouvons ? Est ce que vous, parlementaires, qui avez voté la loi de finance 2016, vous ne vous sentez pas un peu responsables de ça ?

H. Amadou Damaro CAMARA: Mais on ne parle pas de cette loi de finances !

 Mosaique: Oui, mais entre autres aspects qui ont exaspéré la population, il y a ces taxes que vous avez votées !

H. Amadou Damaro CAMARA: Ces taxes ne faisaient pas partie des revendications des syndicats. Qu’est ce que nous avons remarqué ? Qu’est ce qu’il faut dire içi en Guinée, c’est qu’il n’y a jamais eu de proposition de solution, dans la durée, aux problèmes des revendications des syndicats. Qu’est ce qui se passe généralement ? Ponctuellement un problème est posé, on essaye de le régler, même si on sait que le problème va se poser. Le syndicats demande des choses souvent impossibles, inapplicables et le gouvernement accepte ces choses même s’il sait que c’est irréalisable. C’est cette démarche que nous avons évitée au niveau de l’Assemblée, en disant clairement aux syndicalistes voici quelle est la situation.  Et c’est nous qui avons proposé aux syndicats, d’éclater le problème en deux. Tous les actes administratifs nous allons demander au gouvernement de les prendre. Et tout ce qui est une implication financière, nous allons vous demander d’accepter à ce que nous discutions avec le gouvernement pour que ces revendications à incidence financière soit plutôt incluses dans la loi de finances rectificative qui en ferra une loi. Je crois que c’est le côté que les syndicats ont beaucoup plus retenu par ce qu’enfin, par une lois, on allait régler leurs revendications.

Mosaique: Vous avez semblé rassurer le syndicat, et si le gouvernement n’arrivait pas à appliquer ce qui a été décidé, est ce que votre crédibilité en tant qu’Assemblée nationale ne serait pas remise en cause ?

H. Amadou Damaro CAMARA: C’est pourquoi nous avons d’abord demandé la suspension, nous avons invité le gouvernement à son plus haut niveau, c’est à dire le premier ministre, et tous les ministres qui sont concernés, à l’Assemblée. Nous avons invité aussi le patronat. Et l’accord signé a été négocié  avec le gouvernement, le patronat, les syndicats, la société civile et l’Assemblée en tant que garant. Nous, nous sommes l’institution qui vote le budget, nous n’allons pas voter le budget si nos engagements ne sont pas pris en compte dans le budget rectificatif. C’était ça notre force et c’est à cause de ça que nous nous sommes engagés, par ce que nous avons au moins la possibilité de voter ou de ne pas voter une loi des finances.

Mosaique: Il y en a qui pensent que c’est par ce que c’est le parti au pouvoir qui est majoritaire à l’Assemblée que vous avez eu cette bonne foi  de faire cette démarche, que répondez vous ?

H. Amadou Damaro CAMARA: J’ai trouvé ça très ridicule ! Premièrement, en intersession, c’est le bureau qui dirige l’Assemblée et le jour où nous avons pris la décision d’inviter les syndicats, il y avait des éléments de l’opposition à l’occurence le troisième vice-président de l’Assemblée, qui est membre de l’UFDG, qui était partie prenante de la réunion qui a pris la décision. Maintenant il lui revenait d’aller rendre compte à son parti, de les informer quant est-ce la rencontre va avoir lieu, et de s’y intéresser. Naturellement c’était difficile, dans la mesure où les partis de l’opposition ont voulu faire de la récupération de cette grève. J’ai entendu un fameux front uni de l’opposition qui avait même demandé d’abord des villes mortes depuis le 11. Ils n’ont même pas pu tuer leurs concessions, et puis ils ont encouragé les syndicats, sans proposer des solutions, à plutôt empirer jusqu’à aller à l’insurrection. Nous n’avons pas été surpris qu’ils ne soient pas venus dans la salle. La salle était ouverte à tous les députés. Il y avait eu finalement des députés qui ne sont même pas membres du bureau, qui étaient venus discuter avec nous.

Mosaique: Mais est ce que le RPG arc-en-ciel aussi, votre parti, n’a pas politisé ce mouvement syndical, puisque nous avons suivi un communiqué du parti dans ce sens ?

H. Amadou Damaro CAMARA: Ça c’est l’affaire du parti, moi je parle en tant qu’Assemblée. C’est le bureau de l’Assemblée qui a invité, nous n’avons pas dit le groupe parlementaire ….

 Mosaique: Mais vous n’avez pas non plus déploré ce communiqué du parti au pouvoir !

H. Amadou Damaro CAMARA: Le parti au pouvoir a invité les syndicalistes à être raisonnables, il ne les ont pas condamné. Les autres les ont plutôt soutenu et les ont encouragé à aller plus loin sans trop se soucier des conséquences que pourrait emmener au pays, l’étirement de cette grève.

Mosaique: Et si on tirait des leçons de cette grève ! Il y a que des responsables syndicaux et des responsables administratifs ont exercé une certaine pression contre des travailleurs. Qu’en dites vous ?

H. Amadou Damaro CAMARA: Je crois que nous avons révélé ça, c’est un droit constitutionnel d’aller en grève.Mais une fois qu’on va en grève, on suspend le contrat de travail, ça veut dire que quand tu ne travaille pas, tu n’as ne va pas être payé. Mais dans un esprit de paix, et en violation de la loi, nous avons demandé au gouvernement et au patronat d’accepter de payer les cinq jours de grève.

Mosaique: Ont-ils accepté ça ?

H. Amadou Damaro CAMARA: Bien sûre ! Nous leur avons dit aussi que si ‘ils ont le droit d’aller en grève, ils n’ont pas le droit d’empêcher ceux qui veulent aller travailler. Le syndicat est parti souvent arrêter des véhicules, faire descendre les passagers. Ils sont allés dans des entreprises, les obliger à fermer. Tout ça je crois que c’est une incompréhension du rôle des uns et des autres dans ce que nous essayons de faire.

Interview réalisée et décryptée par Thierno Amadou CAMARA

+224 622 10 43 78 

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