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Plume à Aboubacar Diallo du 22 Février 2016  

plumeLa Guinée, très loin d’être un parangon dans la gestion de la respublica. Jusqu’à quand, demeureront-ils  durs de feuille ? Les princes qui nous gouvernent et qui ont directement la main dans la pâte collective, hésitent encore à sacrifier à un principe pourtant constitutionnel, celui de la déclaration sur l’honneur de leurs biens. Malgré une rallonge de temps, à eux, accordée par la Cour Constitutionnelle, ils se font toujours désirer au greffe de l’institution.

 

Sous les tropiques, au bord de l’Atlantique, dans la République bannière de Guinée, chassez l’habitude, n’est pas de la tarte, c’est même un défi de Sisyphe. Plus qu’une seconde nature, elle est incrustée dans la peau, chevillée au corps et à l’âme des humains. Ici, on ne se départit point d’une habitude, d’une façon de faire, d’une pratique, qui ont existé depuis la nuit des temps, quelle que fut leur nocivité, sans subir le courroux des mânes des ancêtres, qui veuillent à leur transmission générationnelle. Tant pis, si c’est une pratique rétrograde, régressive, tant pis si c’est une habitude vilaine et malsaine, vogue la galère, pourvu qu’elle se pérennise, pourvu qu’elle se perpétue, pourvu qu’elle se transmette de génération en génération, tant que cela arrange les princes qui gouvernent la cité. Ici, depuis tout le temps, on a pris l’habitude de penser d’abord soi, on a pris l’habitude de se servir au lieu de servir le pays, on a pris l’habitude surtout de se servir, de bien se servir aussitôt qu’on est invité à la grande mangeoire. Oui, c’est comme cela que ça a toujours fonctionné, lorsque c’est son tour d’être invité à la grande mangeoire, on en profite, on en profite sérieusement, pour se remplir les poches, garnir sa garde-robe et ses comptes en banques, ceux de sa femme et de ses enfants, on en profite pour aller planter ses choux dans les paradis fiscaux de Bahamas à Genève en passant par le Sultanat de Bahreïn et le Luxembourg, on en profite pour se bâtir des châteaux et des châteaux au bled et chez les fotés, à l’insu des regards indiscrets, ni vu ni connu. Bref, on en profite tant qu’on peut, tant qu’on a la possibilité d’aspirer, de pomper, de chiffonner, tant pis pour les autres, condamnés à vivre chichement, tant pis pour le pays, condamné à demeurer un repaire infesté de damnés de la terre. Il en ainsi depuis les temps immémoriaux, on ne peut rien y changer. Diantre ! Aller demander aux princes qui nous gouvernent et à tous ceux qui gèrent la chose publique, notre argent à nous tous, de changer d’habitude, de changer de pratique, leur demander à eux qui ont toujours volé, détourné, dilapidé et mis en charpie notre bas de laine, de permettre une once de transparence, comme cela fonctionne ailleurs, de sorte que le peuple puisse désormais savoir ce qu’ils ont comme biens lorsqu’ils sont appelés à la grande mangeoire, ce qui permet de facto de mesurer l’étendue de ce qu’ils auront amassé, au moment de quitter la grande table à manger, leur demander de sacrifier à ce minimum d’exercice pourtant constitutionnel, non seulement c’est osé, c’est à la limite iconoclaste, pire ça relèverait de l’ordre du sacrilège. C’est un peu comme profaner un lieu de culte, comme ça été fait quelque part là-bas cette semaine à Kankan, une ville anciennement sainte, mais qui semble s’installer dans la violence. Cher monsieur le premier ministre, messieurs les ministres, distingués présidents de l’assemblée nationale, du conseil économique et social, de la cour des comptes, de la CENI, de la HAC, de l’INIDH, de la Cour Constitutionnelle elle-même, j’en passe, privilégiés Directeurs Généraux ou nationaux des douanes, des impôts, du Port, de l’aéroport, de la BCRG, de la Marine marchande, de l’OGC, de la Navale, de l’OGP, de la poste, de l’ARPT, de l’ONFPP, de l’ANAIM, de la SOGUIPAMI, et de toutes autres régies financières de l’Etat, oui, à savoir que vous rechignez toujours à faire acte de déclaration sur l’honneur de vos biens, comme cela vous l’exige notre constitution, à savoir que vous n’avez point daigner le faire dans les délais et même au-delà, en dépit d’une rallonge de temps accordée à vous par l’institution chargée de recueillir ces actes, c’est inquiétant, c’est antirépublicain, c’est malintentionné, c’est dangereux, enfin c’est honteux ! Mais qu’on se le tienne pour clairement dit, personne n’y échappera !  

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