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Pénurie de carte d’identité nationale en Guinée : Ablogui mène une « révolution » sur Twitter et Facebook (Interview)

Kindy Dramé

M. Kindy DRAME

Si les actuelles autorités administratives guinéennes, sous la houlette de Pr. Alpha CONDE, sont accusées de fouler au pied certains droits de la population, c’est aussi et surtout par rapport à la suspension de la fourniture de carte d’identité nationale. C’est pour dénoncer cet état de fait et appeler à un changement à ce niveau, que l’Association des Blogueurs de Guinée (ABLOGUI), très dynamique sur la toile, mène en ce moment même, une campagne sur les réseaux sociaux notamment sur Twiter. A travers cette interview qu’il a bien voulu accorder à notre rédaction, vendredi 26 février 2016, le jeune blogueur  Kindy Dramé, responsable de l’organisation et de la formation de cette association,  nous explique le motif et les visées de cette campagne citoyenne. Très actif sur les réseaux sociaux, notre interlocuteur est par ailleurs, un web entrepreneur, consultant en communication digitale.

Lisez !

Mosaique: D’entrée de jeu, Monsieur Dramé, pourriez-vous nous parler de votre association, ABLOGUI et de votre engagement ?

Ablogui à été créée en 2011. Elle est née du constat que les technologies de l’information et de la communication constituent « un moyen et une liberté d’expression ». A l’heure même où la Guinée fait l’apprentissage difficile de la démocratie après 50 années de dictature et d’autoritarisme.

Nous jeunes guinéens, nous voulons apporter notre partition au changement des mentalités et au débat politique dans notre pays. Et surtout pour mieux informer à l’international via les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook et aussi via notre plateforme ablogui.com.

En octobre dernier, Ablogui, soutenue par l’ONG Osiwa (Open Society Initiative for West Africa), a inauguré une nouvelle façon de suivre les élections en Guinée. L’association a lancé une plateforme web participative et citoyenne. Son nom : Guinée Vote. Inspirée de l’expérience sénégalaise Sunu2012, l’initiative a revêtu un caractère inédit dans notre pays.

Rapidement, le hashtag #Guineevote que nous avions lancé et qui est d’actualité, est devenu incontournable pour qui veut parler des dernières élections en Guinée. Plus de deux tweets par minute le jour du scrutin. Et d’autres projets sont en cours comme le lancement de la plateforme de suivi des promesses de campagnes du président Alpha Condé qui est en cour de lancement layidi.org

Mosaique: Depuis quelques jours, nous remarquons que vous membres de la team d’Ablogui notamment Saly Bilali, Abdoulaye Oumou Sow  que nous savons très influents aussi, et vous même, vous vous êtes lancés sur une nouvelle campagne sur les réseaux sociaux avec le hashtag #Mapiecedidentite, c’est quoi cette autre campagne ?

Nous sommes très préoccupés en effet face à ce dysfonctionnement de l’administration guinéenne en particulier, les services de police nationale qui s’occupent de la délivrance des pièces d’identité en particulier.

Saviez-vous que depuis le 30 décembre 2014 les autorités de police ne délivrent plus de cartes d’identité en Guinée ? Depuis cette date, des guinéens souffrent. Pour se procurer d’une simple carte d’identité nationale, c’est presque la croix et la bannière. Partout dans les commissariats et postes de police à Conakry ou à l’intérieur du pays, c’est un manque total de carte d’identité nationale.

Les plus chanceux doivent débourser des espèces sonnantes et trébuchantes pour espérer en avoir une aussi dans la douleur.

Mais comme par miracle, elles ne sont plus reconnues et elles sont automatiquement rejetées par les ambassades. Car d’après CampusFrance Guinée par exemple, l’ordre de ne plus accepter les cartes d’identité délivrées après le 30 décembre 2014 à été donné par les autorités de la police qui ne délivrent plus de cartes depuis ce jour.

Selon le porte-parole de la police, Boubacar Kassé, c’est à la demande de la CEDEAO, Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest que la Guinée a décidé de se doter de cartes d’identité biométrique à l’image des passeports biométriques. Raison pour laquelle, le président Alpha Condé aurait ainsi demandé à la police d’arrêter de délivrer des cartes d’identité nationales ordinaires en attendant que le processus des cartes d’identité biométriques ne soient prêtes.

Mosaique: Oui, mais comment expliquez-vous qu’on puisse interdire aux citoyens un droit aussi fondamental que celui d’avoir une carte d’identité nationale depuis décembre 2014 ?

C’est une situation qui, j’ose le dire, ne déplaît guerre nos forces de sécurité qui gagnent à chaque contrôle entre 5 000 à 10 000 FG par passager. Vous  imaginez la somme qu’il faut débourser pour se rendre à Nzérékoré avec le nombre de barrages officiels et officieux ? Cette situation n’est plus acceptable et c’est pourquoi nous activistes demandons que des dispositions soient prises pour délivrer les cartes d’identité à la population.

Mosaique: Quelles sont les conséquences de cette situation sur nos compatriotes résidents et ceux qui sont à l’étrangers ?

Si vous vivez à l’étranger ne perdez surtout pas votre passeport ou votre carte d’identité sans quoi vous serez alors dans une situation aussi compliquée qu’un sans papier, car les ambassades guinéennes ne délivrent pas de passeport ou de carte d’identité, ils vous répondent systématiquement vous devez vous rendre en Guinée pour faire votre passeport.

Ce n’est pas tous les guinéens qui ont les moyens de venir tout le temps en Guinée ou simplement venir en Guinée pour faire un passeport alors que nous avons un ambassadeur ou un consulat. Dans d’autres pays, les démarches se font par internet.

La nouvelle ministre des Affaires étrangères et des Guinéens de l’Etranger doit s’occuper sérieusement de ce problème.

Mosaique: Et si le gouvernement justifiait cela par un souci de sécurité et qu’il voudrait rompre avec les cartes ordinaires pour délivrer, à la reprise, des cartes biométriques  ?

On nous parle de changement depuis 5 ans, de modernité de l’administration guinéenne, à l’heure des nouvelles technologies, il est choquant de voire révoltant d’entendre ce argument. Si vous voulez y mettre de la sécurité d’accord, mais mettez y les moyens, préparez les équipements, fournissez les commissariats, former les policiers, organisez et mettez y de la rigueur et du suivi dans l’obtention des cartes d’identité et seulement. Ensuite interdisez les cartes d’identité non-biométriques.

Les citoyens ne peuvent pas être pris en otage à cause de la lenteur de l’État ou de l’humeur du chef. Il faut y mettre fin et faire une nouvelle circulaire pour l’ensemble des services de police pour qu’il délivrent les cartes d’identité en attendant que l’État nous donne les équipements pour faire des cartes d’identité biométriques.

Mosaique: Comment amener ce gouvernement que nous connaissons parfois trop catégorique sur ses positions, à résoudre rapidement ce problème ?

Notre principal objectif, c’est d’attirer de nouveau, l’attention du gouvernement et les ministres en charge de la question sur les préoccupations des Guinéens quant à l’obtention de leur carte d’identité nationale.

Nous sommes des jeunes et connaissons nos droits, nous savons donc les défendre quand il sera violé ;

Nous avons lancé le débat sur Twitter, Facebook, sur les sites d’informations comme je le fais actuellement avec vous. Par de simples messages en interpelant le gouvernement pour qu’il réponde à nos préoccupations.

Sur Twitter et Facebook, vous pourrez voir l’ensemble des réactions sur le sujet avec le hashtag #Mapiecedidentite. Nous avons aussi publié des affiches et des posts sur Facebook et avons publié un communiqué. Nos membres font le lobbying et les blogueurs font des articles, des vidéos et des micros trottoir.

Nous prendrons attache très prochainement avec les ministres en leur adressant un courrier et espérons avoir une oreille attentive.

Mosaique: Qu’est-ce qui vous rassure que cette campagne va porter fruit et que le gouvernement entendra votre cri de coeur ?

Comme je viens de vous le dire, notre campagne est aussi responsable qu’important ; nous sommes très gênés en effet de défendre ce genre de chose sur internet  dans une mondialisation et une révolution des peuples ; l’idéal voudrait qu’on vante notre pays à l’international et être content des avancées ; mais hélas, nous sommes encore en 2016 à se plaindre en Guinée de ne pas avoir de carte d’identité.

Le Président Alpha Condé et son gouvernement doivent prendre leur responsabilité, ils sont à notre service, nous le peuple, et ce n’est pas le contraire ;

J’invite la jeunesse, de mettre la pression sur leurs élus, d’aller les voir chaque chef de secteur, chef de quartier, chef district, maire, préfet, gouverneur, député. Pour exiger qu’on nous redonne notre dignité et que cette arnaque s’arrête enfin dans ce pays.

Mosaique: Auriez peut être un message pour nos aimables lecteurs ?

Je vous remercie pour m’avoir donné cette chance de lancer cet appel, ce cri du cœur, à nos élus pour qu’ils apportent de l’espoir à cette jeunesse guinéenne qui ne demande pas la lune à décrocher. J’invite les jeunes à s’engager. Faites-vous entendre, prenez vos cartes d’électeur quand il sera le moment, soyez vigilants, et exigeants, car notre voix doit porter et elle va porter quand nous s’aurons demander avec la bonne manière ; la rue seule ne nous redonnera pas nos droits, il faut s’engager, faite de la politique, et cela, même à la base dans votre quartier et prenez la parole, on ne peut pas faire notre bonheur en notre absence.

J’invite enfin les jeunes à nous rejoindre sur ablogui.com sur notre compte Twitter et Facebook

Interview réalisée par Thierno Amadou CAMARA

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