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Plume à Aboubacar Diallo du 07 Mars 2016  

plumeIl s’apprête à ouvrir ses bras à un de ces impénitents fossoyeurs des textes fondamentaux, qui écument la région des grands lacs, celui-là même qui est resté sourd à toutes les protestations et mises en garde d’une frange de ses compatriotes et de la communauté internationale, et qui va briguer un troisième mandat à la tête de son pays, après près de deux décennies de règne sans partage. C’est une visite qui ne fait pas trop sourire ici en Guinée.

 

Les guinéens, à leur tour, d’être gagnés peu à peu par le doute. Le grand doute. Oui celui de savoir si à son tour, leur président à eux, celui qu’ils ont porté en triomphe il y a seulement quatre petits mois, renouvelant ainsi son bail à la tête de leur pays, pour un second et tout dernier mandat, marchera ou pas sur les brisées de ces prédateurs, de ces fossoyeurs des constitutions, qui écument le continent. Oui, le grand doute est certes pour l’instant diffus, mais il se fait progressivement bien réel, les signaux aidant. Il commence à occuper les esprits, même au sein de la classe politique, on ne se gêne point de laisser entrevoir cette perspective lugubre.

Plus d’une voix au sein même de l’opposition, ont dit ne pas exclure une telle éventualité, quoi que difficilement envisageable dans un pays comme la Guinée, où pour un OUI ou pour un NON, la rue peut se mettre à gronder. A croire que notre cher timonier, le président précédemment bien aimé, qui a vendangé en un atome de temps, tout son capital de sympathie, avait été hérissé par les mises en garde, on ne peut plus claires, du premier président de la Cour Constitutionnelle, lorsque celui-ci lui faisait prêter serment pour un second et tout dernier mandat à la tête de la Guinée, il y avait de quoi nourrir le doute depuis ce jour. Sinon, quoi de plus normal, que M. Kélèfa Sall, qui a été admirable de courage et de vérité ce jour, lui face le tracé de son mandat, en en donnant les délimitations dans le temps, et mieux, en l’invitant au passage à ne pas céder aux sirènes révisionnistes, dites-moi, quoi de plus normal ? Passons, diantre ! Qu’avait-il à s’effaroucher suite à des rumeurs de tenue d’une prétendue réunion de cadres de la Basse-Côte, à l’effet dit-on de discuter de sa succession ? Qu’avait-il à convoquer et réprimander tous les supposés concernés ?

Ne nous y attardons point sur les épisodes kafkaïens de ce qui était ni plus ni moins qu’une histoire de cow-boy. Pourquoi a-t-il récemment fait annuler le premier conseil des sages du Manding, qui était censé se tenir à Kankan à la fin de ce mois ? Y avait-il vu une malice pour parler et préparer son après ? Et si c’était le cas ? Quoi de plus normal, diantre ? Et pourquoi n’avait-il pas réussi à faire annuler une autre qui s’est récemment tenue en France où il a été clairement question de sa succession ? J’entends d’ici et de là que des manœuvres seraient en préparation pour envisager la voie du suicide pour lui, celle d’un projet de troisième mandat, des manœuvres qui vont être planifiées et orchestrées par des thuriféraires, prêts à finir dans les poubelles de l’histoire. Ce qui renforce le grand doute et qui fait penser à plus d’un qu’il caresse une telle idée de fou, c’est bien son mutisme effrayant sur la question. Si, apparemment, il a retrouvé l’usage de sa langue qu’il avait donnée au chat, la pression de sa base retombant peu à peu, qu’il nous dise, qu’il s’engage sur l’honneur à quitter le pouvoir au 21 décembre 2020, comme la constitution le lui impose.

C’est dans ce contexte de bastringue qu’il s’apprête à offrir son hospitalité à celui qui est présenté comme l’un des plus impénitents fossoyeurs des textes fondamentaux des pays africains, le président Paul Kagamé du Rwanda, en l’occurrence. Celui-là même qui, contre vents et marées, contre toutes les levées de bouclier de la communauté internationale, a récemment porté un gros coup de canif à la loi fondamentale de son pays, pour s’ouvrir la voie d’un troisième mandat qu’il s’offrira sans coup férir. Tradition africaine oblige, autrement, Kagamé, qui est loin d’être un parangon en ce sens, ne serait pas le bienvenu chez nous. De crainte qu’il y sème la mauvaise graine avant de partir. Le nôtre ne se ferait point prier pour s’engouffrer dans la brèche, déjà qu’on peut soupçonner chez lui des velléités de ce genre, somme toutes suicidaires…

  

 

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