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Guerre de tranchées contre la Cour des Comptes : Ou le signe de la peur du nouveau gendarme des comptes publics et politiques (Tribune)

Diare2014-423x300L’argent, dit-on, c’est le nerf de la guerre. Ajoutons de toutes les guerres. Dont celle contre la pauvreté et pour le développement. Mais aussi celle pour la conquête du pouvoir. Et quand une institution, fut-elle républicaine, doit plonger sa main dans le cambouis de la gestion souvent filandreuse de cet argent tant public que privé, cela a tout naturellement le don de déclencher des sueurs froides chez certains sinon chez tous d’ailleurs. Seraient-ce ces sueurs froides qui dégoulineraient intensément aujourd’hui comme des gouttes de hargne contre la Cour des comptes de la République de Guinée?

Attaquée à peine née…

Justement, cette institution bien nommée, parce que constitutionnellement mandatée à demander des comptes aux gestionnaires des maigres subsides de notre Etat, la Cour des comptes donc essuie aujourd’hui les tirs de barrages décochés de toute part. Ce, à peine est-elle sortie de son cocon à travers la nomination de ses membres par décret du président de la République. Ce, aussi, alors qu’elle n’est même pas officiellement installée à travers la cérémonie qui verra ses membres, les conseillers-maîtres, prêter serment devant le Premier Président de l’institution.

Ainsi, des pourfendeurs hargneux s’en prennent inlassablement, tantôt à sa composition, tantôt à son organigramme. Avec en ligne de mire, son Premier président Mohamed Diaré, jugé par ces curieux objecteurs de conscience comme non-légalement indiqué pour occuper le poste. Allant ainsi jusqu’à invoquer des dispositions sorties de leur chapeau de magiciens, mais habilement (?) présentées comme puisées dans la Loi organique ayant créé cette Cour des comptes.

Lire la loi à l’endroit et non à l’envers

Un certain article 107 de cette Loi Organique est ostensiblement brandi à cette fin. Que diable dit pourtant cet article de la Loi Organique modifiée L/2013/066/CNT du 12 décembre 2013 portant organisation, attributions et fonctionnement de la Cour des comptes et le régime disciplinaire de ses membres? Tâchons de lire cet article non à l’envers, mais à l’endroit: «Le Magistrat de la Cour des Comptes ne peut participer à une délibération lorsque sont soumis à sa chambre, des comptes auxquels il a participé comme ordonnateur ou comptable». Ainsi stipulé et restitué, cet article vide l’argument des détracteurs de Mohamed Diaré de toute substance. Quelque retors qu’il soit, tout esprit comprend que l’article 107 de la Loi organique se borne à indiquer que si le Magistrat ne préside pas une session de la Cour des Comptes lorsque celle-ci connaît de dossiers qu’il a gérés dans ses fonctions précédentes, il n’y a absolument aucun conflit d’intérêt. A moins, pour ainsi dire, que l’on soit animé d’une manifeste intention de nuire à… M. Diaré. Et c’est vraiment tout comme.

Chaque ministre est ordonnateur de dépenses

D’autant que la fournée de tireurs embusqués ayant pris en chasse le président de la Cour des Comptes, s’évertue, obstinément, à lui chercher noise, en s’attaquant notamment à sa précédente fonction de Ministre de l’Economie et des Finances. Le tout, au mépris même de l’article 62 de la Loi organique relative aux lois de finances, qui stipule que: «Les ordonnateurs du budget de l’Etat sont les Ministres et les Hautes Autorités des institutions constitutionnelles qui peuvent déléguer formellement ce pouvoir à des agents soumis à leur autorité hiérarchique directe». Explication: si le Ministre de l’Economie et des Finances était l’ordonnateur principal du budget de l’Etat, les reformes des finances publiques ont consacré la décentralisation de la fonction d’ordonnateur de cette manne commune. Enseignement: le rôle fondamental d’ordonnateur des dépenses au profit des entités sectorielles est désormais confié à chacun des Ministres. Comprenne qui voudra.

De bien curieux moralistes…

Sauf que par ailleurs, il s’en trouve d’autres contempteurs du magistère naissant de Mohamed Diaré, qui préfèrent carrément endosser leur trop ample costume de moralistes pour dire que la nomination de ce dernier à la tête de la Cour des Comptes poserait un souci d’éthique. Ce n’est là qu’une sournoise manière de botter en touche. Jusqu’à la preuve du contraire, M. Diaré, au cours de ses cinq ans passés au gouvernement d’abord comme ministre délégué au Budget ensuite comme ministre de l’Economie et des Finances, n’a été l’objet d’accusation formelle de mauvaise gestion des deniers publics. Il n’est donc pas d’une moralité douteuse, encore moins d’une réputation sulfureuse. Comptant parmi les meilleurs de sa génération de gestionnaires des finances publiques de notre pays, Mohamed Diaré en impose, par-dessus-le-marché, par tant son humilité que par sa serviabilité envers tous et toutes, sans distinction aucune.

Une peur…politiquement incorrecte

Véritable bourreau du travail, en sa qualité de ministre de l’Economie et des Finances en temps de disettes dues à l’impact dévastateur d’Ebola, on l’a vu sur tous les fronts pour sauver ce qui pouvait l’être de notre économie mal-en-point.

Faut-il, dès lors, chercher les raisons de l’hostilité nourrie contre l’homme dans la peur que ses détracteurs ont du rôle et des attributions de la Cour des Comptes. Voici un inventaire à la Prévert de certaines de ces attributions. La Cour des comptes contrôle les comptes et la gestion des entreprises publiques, institutions bancaires et d’assurances et des autres organismes soumis au contrôle de la Cour. La forêt dense de nos cadres qui n’ont cure de l’orthodoxie de la gestion financière ne peuvent qu’en trembler jusqu’à la plante des pieds. Surtout quand on sait, de surcroît, que c’est cette Cour des Comptes qui est chargée de contrôler les déclarations de leurs biens par les hauts cadres que la Constitution y contraint. Des déclarations de leurs avoirs, telles que reçues par la Cour Constitutionnelle.

Ce n’est pas tout ! Puisque si le premier pilier de l’action de cette Cour concerne les deniers publics, la loi lui permet -et c’est peut-être là où le bât blesse chez certains acteurs politiques- de connaître des comptes des campagnes électorales. C’est la conformité de la gestion financière des campagnes électorales qui est ainsi visée par cette mission de la Cour des comptes. Et à la fin de ce travail de vérification dans les affaires de nos acteurs politiques, un ‘’rapport confidentiel’’ en est adressé par le Premier Président de la Cour des Comptes au Président de la République et au premier responsable de chaque parti concerné.

Odeur d’entente secrète

A la lumière de ce qui précède, il ne serait pas exagéré de se poser la question de savoir, si en réalité, la campagne de dénigrement contre la composition et le Premier Président de cette Cour des Comptes n’est pas l’arbre qui cache mal une forêt de craintes flanquées à des personnes qui n’ont guère intérêt à ce qu’une telle institution de salubrité publique voit le jour en Guinée. Comme le pense une certaine frange d’observateurs, ces attaques contre la Cour des Comptes et son Premier Président, nous inclinent à flairer une collusion entre des cadres véreux de l’administration et des acteurs politiques en quête de publicité médiatique. Sinon, le sens de l’intérêt commun voudrait que l’on accorde le bénéfice du doute à l’institution et à son Président. Le temps qu’ils fassent corps avec la panoplie de dossiers brûlants qui vont sans doute s’entasser sur leur table. Le bon maçon ne se reconnaît-il pas au pied du mur.

M.O.B

Commentaires

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2 Commentaires

2 Comments

  1. Adolf Condé

    20 mars 2016 at 15 h 23 min

    J’ai pris le temps de lire cette litanie de démagogie que seule la Guinée peut en produire. Mon pays est malade et le problème est que chacun cherche à manger à tous les râteliers. Mohamed DIARREE ne peut être le président de la cours des comptes d’aucun pays démocratique. Comment peut-il auditer ce que lui-même a géré. Sa nomination est en violation flagrante de la loi et des articles que vous citer sans vous en rendre compte.

  2. bangoura

    21 mars 2016 at 15 h 25 min

    c’est dommage cette masturbation intellectuelle. . ça ne vs resemble pas. eviter d’etre une caisse à raisonnance d’une certaine ordure. vs etes tr.ès serieux alors faites attention. n’ouvrez pas votre tribune à n’importe quel oportuniste . j’espere que vs me comprendrez

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