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Marche étouffée des femmes de l’opposition : Retour sur les péripéties d’une restriction de trop

IMG_20160419_095828Contre toute attente, une manifestation pacifique, pourtant plusieurs fois reportée avant d’être autorisée, a été étouffée par des agents des forces de l’ordre au service d’un régime qui montre de plus en plus son mépris du droit des citoyens de manifester. La scène, peu honorable pour la démocratie guinéenne, qui se révèle de plus de plus de façade, s’est déroulée mardi 19 avril 2016, à Kaloum, aux alentours du port autonome de Conakry.

C’est là que des femmes de l’opposition dite républicaine, en colère contre le régime en place, devaient entamer une marche pacifique pour se rendre au ministère de la Justice, et remettre à Me Cheick Sacko, patron de ce département, un mémorandum.

Cet itinéraire, est pourtant celui qui a été imposé par Makhadi Bangoura, présidente de la délégation spéciale de Kaloum, aux manifestantes qui l’ont accepté sans bruit. Sinon, elles, elles avaient voulu faire leur marche sur un autre itinéraire.

Tôt le matin, un responsable de la police nationale, qui a requis l’anonymat, a joint notre rédaction  au téléphone, et nous a révélé que cette marche ne se tiendrait pas. Et pour cause, elle aurait été interdite à la dernière minute. Nous avons alors joint au téléphone, monsieur Alpha Bacar Bah, membre de la cellule de communication de l’UFDG. Ce dernier nous indiquera ensuite que cette manifestation était maintenue.

Sur les lieux, aux environs de 9 H, nous avons pu constater un impressionnant dispositif sécuritaire. Des gendarmes et des policiers en grand nombre, et des camions et Pick-up  garés un peu partout.

Quelques minutes après, aux environs de 10 H GMT, le premier groupe de femmes qui est arrivé devant le port, où elles devaient se retrouver et commencer la marche. Elles ont tout de suite été priées de quitter les lieux. Elles essayeront de résister, mais la ceinture humaine que formeront les agents des forces de l’ordre contraindra les pauvres dames de rebrousser chemin. Elles seront ensuite entourées de gendarmes.

« Nous avons fait une demande, on devait marcher  le 4, on a annulé  et on est venu le 12, ça a été annulé et la date d’aujourd’hui a été acceptée par la présidente de la délégation spéciale de Kaloum. A notre grande surprise, on vient trouver qu’on est envahi par des forces de l’ordre qui nous empêchent. Ils nous disent qu’on ne va pas marcher et qu’ils sont prêts à nous violenter », a déclaré Madame Baldé Hadja Salematou, membre influente du comité des femmes de l’UFDG, au micro de mosaiqueguinee.

C’est dans cette ambiance, avec quelques jeunes dames assez agitées et des jeunes agents qui jurent de maintenir l’ordre public, qu’un deuxième groupe de femmes va débarquer, puis un troisième convoi, dans lequel il y avait la vedette de l’évènement : Hadja Halimatou Dalein Diallo, épouse du chef de file de l’opposition.

Pour elle, il n’en est pas question, la marche aura lieu. « Madame la marche ne peut pas avoir lieu, parce qu’elle a été annulée », dit un agent. « Puisque vous dites que la marche a été annulée, montrez-nous l’acte qui a été signé de la mairie, et qui annule notre marche. Et moi je prends les femmes et on s’en va d’içi », a répliqué Hadja Halimatou, dans la foulée des discussions qui vont démarrer. Droit dans ses bottes, l’agent revient : « Je vous assure que c’est interdit ». La consigne qui a été donnée aux agents était apparement ferme: Pas question que les femmes tiennent cette marche.  La circulation sera ainsi perturbée. Dans la foule, on pouvait lire sur des pancartes, des slogans comme « Liberez nos maris! »

Une femme député, en colère, brandissait la photo d’un jeune homme tué, selon elle, au cours d’une des manifestations de l’opposition. « C’est mon fils », nous-a-t-elle déclaré.

Ces femmes comptaient marcher en signe de protestation contre la détention de militants de l’opposition et l’injustice qu’elles reprochent au régime d’Alpha Condé. Beaucoup d’entre elles sont reparties avec le sentiment d’être dans un pays où l’Etat refuse de veiller au respect de leur droit de manifester.

Thierno Amadou Camara

622 10 43 78

 

 

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