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INIDH : «On ne lui permettra jamais de faire en sorte qu’une Institution indépendante de la République soit gérée comme une ONG», dixit Oumar Guissé

IMG_20160629_125832Comme nous vous l’annoncions dans une de nos précédentes publications, rien ne va entre  Mamady Kaba, président de l’Institution Indépendante Nationale des Droits de l’Homme (INIDH) et trois autres membres du bureau exécutif. Parmi ces personnes qui l’accusent de caporaliser l’institution, et qui sont allés d’ailleurs jusqu’à saisir la Cour constitutionnelle à cet effet, figure le vice-président, chargé des relations avec les Institutions de la République, Oumar Guissé. Au cours de cet entretien qu’il nous a accordé, à son bureau hier, mercredi 29 juin 2016, Oumar Guissé nous explique la profondeur de cette crise qui mine son institution.

Lisez !

Mosaiqueguinee.com: Après certaines institutions, aujourd’hui on constate qu’il y a des problèmes au sein de l’INIDH,  pouvez-vous nous expliquer ce qui se passe exactement ?

Oumar Guissé : Içi ce qui se passe c’est des violations répétées et  persistantes de la loi organique 008, portant création et fonctionnement de l’institution, et du règlement intérieur. 

Mosaiqueguinee.com: Qu’est ce que vous appelez violation de cette loi organique ? 

Oumar Guissé : La violation c’est quand on ne respecte pas les articles de la loi organique, quand on marche dessus les articles, quand on ne tient pas compte du fait que les articles existent et on fait autre chose. 

Mosaiqueguinee.com: Vous accusez qui, et quels sont ces articles qui, à votre avis, sont violés ? 

Oumar Guissé : Nous accusons le président de l’Institution de violation des articles 10, 12 et 14 de la loi organique 008. 

Mosaiqueguinee.com: Que disent ces articles ?

Oumar Guissé : Grosso modo, les articles 10, 12 et 14 portent sur la tenue périodique des réunions du bureau de l’INIDH, l’organisation des plénières, le fonctionnement du bureau, et le recrutement du personnel. D’abord depuis un certain temps, il a refusé la tenue des réunions. Sinon chaque mercredi on tenait une réunion hebdomadaire, il a dit personnellement que non, si quelqu’un a un problème spécifique, il le pose on se réunit. Et on a estimé nous autres que ça ce n’est pas une réunion, et ce n’est pas à l’avantage d’une institution de la République, elle ne devrait pas se comporter comme ça.

Depuis un certain temps, nous obtenons les plénières au forcing. On lui a dit non, il faut que ça soit périodique. Maintenant le fonctionnement içi, la loi dit que le recrutement se fait par le bureau exécutif après l’approbation des commissaires lors de la plénière. Ce n’est pas comme ça, tous les jours, on voit des gens qui viennent, qui sont recrutés, on ne sait pas comment, combien ils sont payés, on est vraiment face à un fait accomplis. Il faut que ça cesse ! Nous avons appelé un sage parmi les commissaires, qui a fait office de médiateur entre nous les quatre membres du bureau. Il nous a écouté, il a promis d’aller voir le Président , il l’a vu, il (le président Ndlr) n’a pas changé. Le lendemain il a fait pire. Nous avons estimé qu’il fallait saisir la Cour constitutionnelle, on a écrit à la Cour constitutionnelle pour demander à ce  qu’ils regardent comment ils peuvent dire le droit pour que l’institution marche…

Mosaiqueguinee.com: Il y a une question de sous aussi !

Oumar Guissé : Il parait que le président (Kaba Ndlr) est entrain de dire justement que moi personnellement et le rapporteur, lui avons demandé de partager de l’argent, et donc s’il partage l’argent comment il va s’expliquer avec les autres. C’est simple, celui qui demande à Monsieur Kaba de partager l’argent, est ce que celui-ci peut ester contre Monsieur Kaba à la Cour constitutionnelle ? 

Ceux qui ont demandé à Monsieur Kaba de partager l’argent, est-ce qu’ils peuvent signer pour que Monsieur Kaba organise sans délai, une réunion du bureau ? Est-ce que ce gens vont accepter d’aller à une assemblée générale  s’ils ont demandé effectivement de l’argent à Monsieur Kaba? Donc vraiment, je crois qu’il est entrain de se chercher. Nous ce n’est pas un problème de sous, nous c’est un problème de fonctionnement. il a caporalisé l’institution, il ne saura pas comme ça. On ne lui permettra jamais de faire en sorte qu’une institution indépendante de la République soit gérée comme une ONG.

Maintenant, c’est lui qui a géré, depuis que nous sommes là il y a plus d’un an, il a géré l’argent de l’institution avec qui il sait. Ce qui est évident, à la plénière, il va s’expliquer de sa gestion. Et cette fois ci, puisqu’il parle comme ça, ça sera devant les journalistes. Nous avons le droit d’inviter les journalistes à notre plénière. Donc les journalistes seront là. Et de façon contradictoire, on saura qu’est ce qu’on a fait de notre argent.

Mosaiqueguinee.com: Maintenant que vous avez saisi la Cour constitutionnelle, qu’attendez-vous d’elle ? 

Oumar Guissé : On attend de la Cour constitutionnelle, qu’elle nous dise le droit. Quand vous saisissez un juge, vous attendez qu’il juge. Et je n’ai pas besoin de vous dire que c’est conformément à la loi qu’ils vont juger. Et c’est parce qu’on a confiance à la justice guinéenne qu’on a saisi la justice. 

Mosaiqueguinee.com: Et si c’est avéré que Monsieur Kaba a détourné l’argent de votre institution, est-ce que ça peut aller jusqu’à sa destitution ? 

Oumar Guissé : D’abord il faut préciser les choses, nous n’avons pas saisi la Cour constitutionnelle pour détournement d’argent. C’est pour violation des textes. Maintenant, à l’assemblée plénière, si l’ensemble des commissaires pensent que le président doit rendre compte de sa gestion, il va rendre compte. Si l’assemblée constate qu’il y a un trou de gestion au niveau de Kaba, il appartiendra à l’assemblée de prendre la décision qui sied. Mais en attendant il est entrain de mettre en avant, ce qu’il a mijoté dans sa tête. Peut être que pour lui il ne s’occupe pas d’autre chose que d’argent. Mais nous nous disons c’est comment nous fonctionnons, comment nous marchons, il faut qu’on le respecte. Il a peur peut être de faire des réunion, il a peur d’aller à la plénière, allez lui demander les raisons. 

Interview réalisée par Thierno Amadou Camara

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