wp-1470168070916.jpgS’exprimant sur les derniers développements de la crise politique en Guinée, dans une interview accordée à notre confrère Le Continent, transmise à notre rédaction, M. Abdoul Sacko, président du Conseil Régional des Organisations de la Société Civile-Conakry, a d’abord dit toute son amertume face à la sempiternelle querelle de clocher dans laquelle pouvoir et opposition, ont installé et maintenu le pays, depuis la présidentielle de 2010.

C’est pourquoi, il a déploré donc que l’espace public guinéen, soit pris en otage par les mêmes acteurs, depuis six ans, au grand dam de l’intérêt et des conditions de vie du peuple.

Se prononçant sur les menaces de reprise des manifestations de l’opposition républicaine, il a exprimé son inquiétude quant aux conséquences fâcheuses de celles-ci, rappelant au passage leur lourd passif pour l’économie du pays.

Pour finir, M. Sacko, a invité les acteurs politiques de tous les bords à la retenue et les appelés à privilégier le dialogue, pour sortir de l’impasse actuelle.

Ci-dessous cette interview de M. Abdoul Sacko : Lisez !
-Monsieur Abdoul Sacko, bonjour !

-Bonjour, Monsieur le journaliste !

-Quel est le regard du Conseil régional des organisations de la société civile sur la crise politique actuelle qui secoue le pays ?
-Abdoul Sacko :  Moi j’irai même plus loin en parlant de la situation sociopolitique et économique qui secoue le pays. Le Conseil régional de Conakry est au centre de regroupement de l’essentiel des activités, à la fois du pouvoir, de l’administration, mais aussi des partis politiques. Il est inquiétant aujourd’hui que depuis les élections de 2010 jusqu’à nos jours,   pouvoir et opposition continuent toujours dans un élan d’apprentissage, chacun dans son chacun. Ce qui veut dire qu’au regard de ce qui se passe aujourd’hui, il est difficile que le citoyen puisse s’épanouir dans une telle situation où de part et d’autre, ce sont des apprentis sorciers qui continuent  d’animer l’espace public.

Donc, il est clair aujourd’hui que lorsque vous prenez la vie du citoyen, du point de vue économique ou social, en plus des dérapages politiques qui continuent d’instaurer un climat de méfiance entre les guinéens dans leur diversité, le citoyen s’enfonce dans une précarité inédite du jour au jour. Ce qui est une situation très regrettable.

Par ailleurs, la jeunesse dans une large mesure, est totalement laissée pour compte. Elle est considérée d’un côté comme un instrument politique et de l’autre comme un mendiant.

-Comment le conseil régional de Conakry perçoit-t-il cette menace de manifestation de rue de l’opposition guinéenne ?

-Abdoul Sacko : Face à cette situation, notamment les ‘’déclarations irresponsables’’ (côté opposition comme mouvance présidentielle) et l’intention de l’opposition de descendre dans les rues, le citoyen ne sait pas à quel sein se vouer. C’est vrai que la manifestation est un droit reconnu par la constitution, mais ce qui est inquiétant, ce sont les résultats que ces manifestations, ont apportés à la société guinéenne depuis 2010.

C’est aussi inquiétant et déplorable que la mouvance présidentielle, au lieu de faire parler si possible des résultats (lutte contre l’impunité, amélioration des conditions de vie des populations, sécurité, instauration de l’autorité de l’Etat….) de sa gouvernance depuis près de six (6) années ;  vienne en contre réaction des manifestations de l’opposition. C’est extrêmement grave.

C’est vrai que la société civile traverse un moment difficile par le fait qu’elle n’a pas souvent les moyens de sa politique. Mais elle est parfois incomprise par la population à cause d’un certain nombre de dérapages de certains acteurs qui ne parviennent pas à faire la différence entre l’espace politique et l’espace citoyen. Faire la différence  entre critiquer les actions du pouvoir pour l’amélioration des conditions de vie de citoyen et critiquer comme s’ils sont de l’opposition. Et également, pour d’autres, faire la part entre collaborer avec l’Etat et être une caisse de résonnance du pouvoir. C’est à travers ces petits problèmes que la société civile a parfois des difficultés à se faire entendre, quelle que soit sa bonne volonté.

D’ailleurs, les politiques ont des stratégies de militantisme à outrance des populations, des stratégies qui font que la capacité de réflexion du guinéen est réduite aux stéréotypes et à l’aspect superficiel des choses, au lieu de pouvoir analyser ce que la personne dit ou fait pour tirer le meilleur profit en faveur de la nation. Par ce que ce sont les mêmes stratégies qui continuent avec des résultats qui sont totalement dérisoires. En tous les cas, concernant la vie du citoyen et la promotion de la démocratie, ces manifestations n’ont pas donné grand-chose ces derniers temps. Ce qui complique la tâche pour la société civile. Mais, je ne pense pas que cela vaut la peine de croiser les bras. On doit dépasser nos différends pour se donner les mains. Une fois de plus, nous devons nous  battre de la même manière que les politiques se livrent à intoxiquer les citoyens, que nous arrivons à mettre des stratégies avec les moyens de bord pour désintoxiquer l’esprit du guinéen. Il faut que le guinéen dans la gestion de la chose publique et l’animation du débat politique se sente d’abord citoyen avant de se sentir peul, malinké, soussou, forestier ; chrétien ou musulman.

-Dans le cas présent, qu’est ce que le conseil régional de la société civile compte faire afin de parer à une situation de crise politique déplorable ?

-Abdoul Sacko :  Dans cette situation, la première approche du Conseil régional des organisations de la société civile de Conakry a été d’abord d’essayer, à travers les Centre d’éducation civique et électorale (CECE),  de permettre aux citoyens de comprendre comment le pays fonctionne et,  quel est le rôle des acteurs dans le cadre de l’animation de la vie politique et que disent nos lois par rapport à ces aspects. Donc nous estimons que c’est dans ce cas, le débat va être de qualité responsable et pour cela, il faut préparer l’esprit du citoyen progressivement et essayer de leur faire comprendre afin d’éviter d’être pris en otage  par les politiques de division et d’instrumentalisation.

Mais de l’autre côté, notre démarche ne se limite pas à cela. Car aussi bien que nous avons le devoir de former les citoyens, nous avons également l’obligation d’interpeler ceux qui dirigent le pays, les leaders d’opinions. A défaut de se faire entendre, notre devoir est aussi d’inviter les citoyens de se mobiliser autour de l’idéal commun contre tous ce qui va dans le sens de ternir l’intérêt national.

-Comment voyez-vous le refus de l’opposition de participer à la relance du dialogue politique, proposée par le gouvernement de Mamady Youla ?

-Abdoul Sacko : Je ne soutiens pas le fait que l’opposition ait boycotté ce dialogue, mais  je n’apprécie pas aussi le fait que le gouvernement ne respecte son engagement dans l’esprit des accords. Je prends pour exemple, l’accord qu’il a signé avec les syndicats relatif à la question du prix du carburant à la pompe où le commun du guinéen estimait avoir un résultat. Croyant que l’accord qui a été signé disait qu’au bout d’une période donnée, on allait passer à la réduction du prix du carburant à la pompe.

Donc si l’Etat, je vais parler du gouvernement,  se spécialise dans ces jeux et sans afficher clairement sa bonne foi de respecter ces accords pour résoudre des problèmes et non pour montrer sa capacité politique à rouler les gens dans la farine, le dialogue devient dans ce cas, difficile et préoccupant. Mais il faut reconnaitre que c’est inquiétant de part et d’autre. Par exemple l’opposition ne manifeste jamais pour l’intérêt citoyen. Elle ne manifeste que si des incompréhensions  électoralistes l’opposent à la mouvance ou à l’Organe de Gestion des Elections, qu’elle parvient à greffer l’intérêt du citoyen qui n’est pas le mobile réel de sa manifestation.  Cette attitude est déplorable du côté de l’opposition. Mais une fois de plus, l’Etat doit se battre pour rassurer les populations et tous les interlocuteurs par rapport à sa bonne volonté aussi bien dans la négociation que dans l’application de ces accords.

Interview réalisée par nos confrères de ‘’ Le Continent’’

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