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Viol et impunité : L’amertume du collectif TOUCHE PAS A MA SOEUR (déclaration)

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Les viols et les autres types de violences faites aux femmes et enfants demeurent un problème récurrent faisant des centaines de victimes en Guinée, tant à Conakry, qu’à l’intérieur du pays. Les crimes sexuels s’accompagnent souvent d’autres types de violences et abus perpétrés sans discernement contre les victimes dont l’âge varie entre 82 ans et 2 ans.

Si le tabou au tour de ce fléau est en train de se briser grâce à l’action des médias et associations locales qui fustigent régulièrement de tels crimes, beaucoup reste à faire pour que les auteurs de ces violences rendent des comptes sur leurs actes. Le collectif « TOUCHE PAS A MA SŒUR », constate avec regret que l’impunité dans les cas de violences contre les femmes en particulier pour les viols et autres abus sexuels, reste la norme en Guinée.

En effet, en dépit de l’augmentation du nombre de plaintes pour viol enregistrées cette année, le chemin à parcourir dans la lutte contre l’impunité pour les violences sexuelles reste long. Lors de sa marche du Mercredi 4 Novembre 2015, le collectif avait déposé auprès des ministères de l’Action Sociale, de la Justice et des Droits de l’Hommes un mémorandum condamnant fermement les violences commises contre les femmes dans notre pays et réclamant des sanctions exemplaires pour les auteurs de ces crimes. Après réception du mémorandum, les premiers responsables s’étaient engagés à faire de la lutte contre l’impunité pour les violences sexuelles une des priorités du gouvernement. Le ministre de la Justice, Garde de sceaux avait promis de ne pas ménager ses efforts pour que tout auteur de viol soit poursuivi et jugé devant les juridictions compétentes.

Force est de constater que de nombreux cas de crimes sexuels et autres violences faites aux femmes et aux enfants restent non élucidés et que le peu de cas qui arrivent devant nos juridictions restent sans suite pendant plusieurs mois voir même des années.

A titre d’exemple….

L’affaire Tamsir qui avait suscité une vague de condamnation de toutes parts reste toujours non élucidée. Le dossier est toujours pendant devant le tribunal pour enfants. Dix mois après les faits, la tenue d’un procès retarde tandis que la victime n’a été entendue qu’une seule fois par la justice, témoignage de la lenteur avérée dans l’instruction du dossier.

Ayant appris que le présumé agresseur a obtenu une liberté conditionnelle, le collectif TOUCHE PAS A MA SOEUR s’interroge sur la bonne marche de la procédure judiciaire. D’autant plus que pendant le prévenu était en détention préventive a continué sa carrière musicale en faisant la promotion de nouveaux singles sur les réseaux sociaux. Sachant que la production de ces singles nécessite l’enregistrement dans un studio donc en dehors de la prison.

Espérant que les raisons médicales évoquées pour justifier cette mise en liberté ne constituent pas un simple leurre, nous appelons la Justice à rester intransigeante dans le traitement de cette affaire qui a suscité l’émoi dans notre société en traitant le dossier avec la diligence et le sérieux qui lui sied.

De même, dans l’affaire du crime rituel sur la fillette de 4 ans, à Kagbelin Plateau, le Collectif a également été informé que le principal suspect jouit d’une liberté provisoire depuis 4 juillet 2016, sans que famille de la fillette ne soit informée des raisons de cette libération. Depuis cette date, aucune information ne filtre sur la procédure engagée.

Une autre illustration est l’affaire de viol sur la petite fille de 12 ans par un supposé Consul le 25 février 2015. Ce dossier aussi reste sans suite. Alors qu’une plainte avait été déposée dès le lendemain pour viol sur mineure, après enquête, le présumé auteur a été identifié comme étant un certain Philipp, qui jusqu’à présent est introuvable, pendant que son vigile M, Aliou Sané, est en prison pour complicité de viol. Neuf mois après les faits, la Justice avait promis de relancer le dossier et même d’emmètre un mandat d’arrêt contre le présumé auteur du viol. Promesse encore non tenue.

Si le collectif salue l’augmentation du nombre de plaintes déposées et de poursuites engagées pour des faits d’agressions sexuelles ou de viols résultant des efforts de sensibilisation des ONG locales, le Collectif « TOUCHE PAS A MA SŒUR » estime qu’il n’y a point d’excuses pour les violences contre le genre dont l’impunité généralisée crée davantage d’injustice. Cette impunité est aggravée par des facteurs, tels que les efforts limités des autorités à poursuivre de tels crimes, le manque de capacités financières, opérationnelles et humaines des administrations en charge de ce genre de dossiers, ainsi que les cas de corruption au sein du système judiciaire. Par ailleurs, les victimes sont régulièrement confrontées à des pressions les poussant à ne pas poursuivre en justice leurs bourreaux. Cette pression associée à l’impunité et au manque de protection pour les victimes les condamne souvent au silence.

Le Collectif a noté les engagements pris par les autorités pour éradiquer ce phénomène gangrénant la société guinéenne lors de la marche du 4 Novembre 2015. Nous demandons ainsi au gouvernement de prendre toutes les mesures nécessaires pour :

  • Mettre en œuvre les recommandations préconisées dans le mémorandum remis aux ministères de l’Action Sociale, de la promotion féminine et de l’enfance ; de la Justice, Garde des Sceaux et des Droits de l’Hommes
  • Faciliter l’accès des victimes de violences sexuelles (ou d’autre type de violence) à une justice équitable d’une part et de les rétablir dans leur droit en obtenant justice et réparation d’autre part,
  • Garantir la sécurité des victimes afin que la vérité des faits puisse être établie sans pression extérieure

Conakry le 07 septembre 2016

Le Collectif TOUCHE PAS A MA SOEUR

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