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Maroc-COP 22 : la COP de l’action et de la mobilisation ! (Par Ibrahima Ahmed Barry)

‘’Agir pour sauver la planète’’

 ‘’COP 22’’ par-ci, gaz à effet de serre par là, pollution, atténuation ou adaptation climatique … vous êtes nombreux à ne plus rien comprendre de ce jargon technique fait de mots savant que les medias vous servent à profusion sur l’actualité de l’environnement planétaire. Pourtant, il suffit d’être attentif et d’observer (si on est citadin) son quotidien, baignant dans une chaleur étouffante et suffocante favorisée par un soleil de plomb, d’air irrespirable, d’eaux polluées, de pluies rares et violentes.  Et, (si on vit en campagne) le triste constat de ces étangs, lacs, rivières ou cours d’eaux de votre environnement local qui disparaissent, ces puits qui tarissent, ces forêts qui font place à la savane, ces sols arides, ces sécheresses endémiques ponctuées d’inondations violentes et désastreuses, ces digues et côtes grignotées ou dévorées par la mer. 

De toute évidence, notre climat change et avec, notre environnement dérégulé du fait des « pratiques néfastes de l’Homme » à l’origine, de ce qu’experts et scientifiques appellent aujourd’hui, « le changement climatique provoqué par le réchauffement de la planète ». C’est de cela donc que la presse se fait échos tous les jours. 

Dans un monde de plus en plus interdépendant, les industries, usines, engins ou autres sources polluantes du ‘’Nord-développé’’ ont une incidence directe sur la dégradation accélérée de l’environnement impactant les conditions de vie et de travail du citadin, du paysan,  de l’éleveur ou du pêcheur vivant dans ‘’les pays du sud’’ en proie à la pauvreté et à la précarité. 

Les données des experts sont formelles : le Continent Africain qui n’émet que 3% de gaz à effet de serre est l’une des régions du globe les plus touchées par le changement climatique consécutif au réchauffement de la planète. Et si rien n’est fait pour stopper la menace, l’Afrique ne pourra subvenir qu’à 13% de ses besoins alimentaires d’ici à 2050, alertent les spécialistes. 

On le voit, plus besoin d’être expert climatologue, géophysicien, météorologue ou simple activiste environnementaliste pour comprendre, saisir les enjeux et les dangers et  donc tirer la sonnette d’alarme face au péril climatique qui menace dangereusement la planète terre. C’est pourquoi, depuis quelques années, la Question du péril climatique préoccupe et mobilise experts, scientifiques, politiques, décideurs, acteurs du secteur privé ou de la société civile, responsables d’institutions et d’organismes internationaux de la planète.  

Après la conférence mondiale de Paris-le-Bourget en 2015, le Maroc à travers sa ville touristique et carrefour des civilisations, Marrakech s’apprête à prendre le relai pour accueillir, du 7 au 18 novembre 2016, la 22ème conférence mondiale sur le Climat, ‘la Conference Of  Parties « COP » en anglais. 
À un mois de l’ouverture de cet événement planétaire, qui verra Marrakech, la ‘’cité ocre’’ (voir ci-dessus) accueillir, le long des remparts de sa Medina, 25 à 30 mille invités et personnalités, parmi lesquels une forte délégation guinéenne, le Maroc met les bouchées doubles pour répondre au défi de l’organisation et gagner le pari de la réussite.  

        

Agir, le leitmotiv de la COP 22 ….  la COP de l’Afrique

Pour un Maroc qui revendique ses racines africaines et qui développe un partenariat stratégique efficace avec le continent noir,  l’organisation de  la COP22 à Marrakech est  perçue, comme un honneur et un défi pour l’Afrique. Quelques diplomates et experts africains en place, ici approchés, sont « persuadés que Marrakech sera une opportunité pour aborder les cas très préoccupants des pays africains et insulaires qui paient au prix fort la pollution engendrée par d’autres pays de la planète à l’effet d’y apporter des solutions pratiques et urgentes ». Il va falloir explorer des solutions efficaces et des pratiques saines alliant transports propres, gestion innovante des déchets et énergies renouvelables. 

Les experts sont unanimes : il ne faut pas se focaliser seulement sur l’objectif de « limitation du réchauffement de la planète à 2°C ». Il faudra d’or et déjà, agir pour faire face aux conséquences du péril climatique qui commencent à impacter terriblement l’agriculture et l’approvisionnement en eau des régions les plus vulnérables ainsi que leurs populations. Agir vite, car aucune partie du monde n’est épargnée par les menaces climatiques. Des avancées historiques ont été certes enregistrées à Paris, mais il faut intensifier les efforts pour que Marrakech soit ‘’un tournant’’.

‘’Marrakech sera la COP de l’action’’ ne cesse de répéter le président de la COP22, le ministre des Affaires Etrangère et de la Coopération, du Royaume chérifien, Salaheddine Mezouar. Cette conférence, après celle de Paris –Bourget, souligne-t-il, « devrait établir une  feuille de route pour la mise en œuvre des accords de Paris, notamment en ce qui concerne le financement des projets climats et  ses composantes … mobiliser les 100 milliards de dollars attendus d’ici 2020, réaliser le renforcement de capacités et impliquer davantage la société civile ». Mais avant, il faut ratifier l’accord de Paris avant sa mise en œuvre.

Ratifier c’est bon, mais accomplir ses ‘’engagements climat’’ sera mieux pour la planète

Le compte à rebours pour la ratification  de l’accord de Paris est déjà lancé…. au moins 55 pays sur les 195 parties Etats à l’origine de 55% des émissions se doivent de ratifier le traité. L’horizon se dégage, car depuis le 4  septembre 2016,  les Etats-Unis et la Chine, les  deux plus grands pollueurs du monde, émettant à eux deux,  38% des gaz à effet de serre de la planète l’ont ratifié. L’Inde le fera très bientôt, l’Union Européenne s’inscrit dans la même logique  à l’image d’une trentaine de pays  notamment la Guinée qui ont (à date) ratifié l’accord de Paris. 

On n’est donc pas loin du quorum et, il est à espérer qu’avant l’ouverture de la COP 22 en novembre à Marrakech, les 55 Etats signataires aient ratifié l’accord. Un succès diplomatique qui ne devrait pas nous amener « à baisser la garde » quand à l’obligation faite aux Etats  parties de respecter leurs engagements climat. C’est le plus important !

           Le Maroc ‘’pays avant-gardiste’’ dans la lutte contre le changement climatique !

Au Royaume chérifien d’importants efforts sont déployés pour la mise en œuvre du Plan « Maroc-Vert » à travers  la reforestation, la récupération des terres et la gestion de l’eau. Des expériences riches en succès que le Maroc propose de partager avec d’autres pays à Marrakech, au cours des journées thématiques concernant les questions de l’agriculture, de l’environnement et de l’eau. 

Un acte fort est posé depuis juillet 2016. Une loi votée et entrée en vigueur interdit toute production, importation, commercialisation ou utilisation de sacs plastiques au Maroc.

S’adapter pour avancer…le plan « Maroc-vert » est en marche !

Ici, plus qu’ailleurs, on est conscient que la préservation de la planète du péril climatique passera nécessairement par une adaptation du modèle de développement durable à la situation du pays.  Pays avant-gardiste, le Maroc a ainsi opté résolument pour les énergies propres et renouvelables. La construction du plus grand complexe solaire au monde Noor à Ouarzazate ‘’ d’une capacité de 580 MW en est une parfaite illustration. Avec cette prouesse, le Maroc a considérablement rehaussé son ambition en énergies renouvelables, la portant à 40 % d’ici 2020 et à 52% du mix énergétique d’ici 2030. 

Le développement du ‘’Projet Solaire Noor’’ d’une capacité de 2.000 MW d’ici 2020 devrait générer des investissements de 9 milliards de dollars, et permettre au Maroc, une économie annuelle d’émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 3,7 millions de tonnes de CO2 à cet horizon. 

 Porte étendard  des couleurs africaines, nonobstant les multiples projets de développement durable initiés et mis en œuvre à Marrakech (bus électriques, éclairage public solaire, mosquées vertes éclairées au solaire permettant la réduction de la facture électrique grâce aux énergies renouvelables, espaces verts, hammams verts …) le Maroc prend ainsi de l’avance à maints égards sur le monde en matière de lutte contre le changement climatique.

La Guinée a déjà ratifié l’accord de Paris

Aux portes du sahel, la Guinée doit agir vite et bien pour diminuer sa vulnérabilité climatique. La COP 22 de Marrakech étant la COP de l’Afrique, la Guinée qui entretient de solides relations avec le Maroc, pays hôte, est très attendue à ce forum planétaire après ‘’le casting raté’’ de sa participation à la COP 21 de Paris. 

Le Président Alpha Conde devrait être à Marrakech coiffé aussi de la casquette de Président de l’Initiative africaine des Énergies renouvelables. Avec l’accord de Paris ratifié la Guinée en main, il viendrait défendre, outre le dossier guinéen, ce porte feuille de 16 projets africains de production d’énergies propres nécessitant une enveloppe de 631 millions d’euros dont il faudra chercher une partie du financement dans le fonds vert

Pour une participation réussie, les différentes composantes de la délégation guinéenne (officiels, cadres, experts, activistes de la société civile et partenaires privés) devraient avoir une stratégie d’action concertée définissant les rôles, évitant les chevauchements, identifiant en amont des projets pilotes susceptibles d’obtenir des financements du fonds vert et indiquant clairement les mécanismes et instruments de suivi évaluations efficaces pour la mise en œuvre.

 C’est le forum de l’action et non de la villégiature… on vient pour travailler et non pour le tourisme d’où l’importance d’y envoyer une équipe qui a le profil et les compétences, si on veut ramener ‘’du potable et du durable’’ de Marrakech. 

Sur place, on affine les documents de projets et du plaidoyer. Sous l’égide du département de l’Environnement, un comité interministériel de la COP 22 a été institué en août 2016. Les experts du département de l’environnement ont fait un travail de fond auprès de l’Assemblée nationale pour obtenir la ratification, le 10 août 2016 de l’accord de Paris par la Guinée.

En terme de gros engagements pris à la COP 21 de Paris,  la Guinée promet de porter son faible niveau de production (en énergie solaire, éolienne et le biogaz) de 0,02% actuellement à 30% en 2030. Le pays s’engage également de vulgariser des pratiques et technologies économes ou alternatives au bois de chauffe et au charbon de bois utilisés par 85% des ménages, à gérer durablement les forets et à rendre climato compatible  l’exploitation minière en Guinée. Entre les engagements et la réalité se dégage un gros gap de défis à relever.

Les acteurs de la société civile guinéenne ont constitué un comité technique national qui fédère et coordonne l’action de l’ensemble des ONGs évoluant dans le cadre de la préservation, la protection de l’environnement et de la bio diversité en Guinée. Ces acteurs se sont dotés d’une stratégie et d’un plan d’action assortie d’un document de plaidoyer adossés à  la CPDN (la Contribution Prévue Déterminée au Niveau National)

Avec l’appui et les conseils de l’ambassade du Maroc en Guinée, une réunion technique élargie aux experts, partenaires techniques et financiers de la Guinée a permis  d’amender et d’enrichir le document de plaidoyer de la société civile guinéenne (CPDN) pour la COP de Marrakech. La societe civile guinéenne, d’après son Président, Sékou Amadou Diakité « viendra à Marrakech avec un projet d’énergie callé autour du biogaz ». 

Objectif : mettre en œuvre des projets verts, engager des activités d’information, de sensibilisation et de mobilisation des citoyens et autres acteurs de terrain pour faire face aux conséquences locales des changements climatiques. 
On le sait la Guinée dispose d’une façade maritime de 300 km de littoral, jouissant d’un climat propice à l’agriculture et à l’élevage, abritant des ressources halieutiques et une  biodiversité riche et rare. Le pays  est surtout, connu et reconnu pour être le ‘’robinet’’ de l’Afrique de l’ouest avec plus de 1.200 cours d’eaux qui y prennent leurs sources pour vasculariser la sous région. 

Cependant,  selon les spécialistes,  la dégradation poussée de ces ressources compromettrait à la fois les politiques de développement du pays et les capacités d’adaptation des Guinéens. Cela risque in fine, surtout d’avoir des conséquences sur la sous région ouest africaine et par extension sur la planète. D’abord, parce que la Guinée est le château d’eau de l’Afrique de l’ouest, et qui plus est, un ‘’important puits de carbone’’ avec une capacité d’absorbation de près de 21 millions tonnes de CO². 

Ibrahima Ahmed Barry, journaliste-Consultant, depuis Casablanca.

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