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Plume à Aboubacar Diallo du 24 Octobre 2016

plumeLa Guinée, guettée comme par une espèce de déclinisme du savoir, le péril le plus cruel qui soit pour un pays. L’école guinéenne, sous la tyrannie de l’argent, se meurt peu à peu. Au lieu que l’érosion continue du niveau de l’apprenant, soit la préoccupation première de tous les acteurs, c’est plutôt la course au gain !

Dans un pays où l’Etat a foutu le camp, dans un pays dont les dirigeants, durant plus d’un demi-siècle d’indépendance, dit-on, ont continûment ravalé l’éducation au rang du cadet de leur souci, s’en moquant comme d’un colimaçon, laissant ainsi le boulevard tout ouvert au privé, à la faveur d’une libéralisation débridée, de foutre la merde, le péril jaune d’un déclin, est plus que plausible. Quel pays au monde, a-t-on vu se développer sans disposer de ressources humaines de qualité, compétentes et performantes ?

Dans le cas de ma Guinée natale, le bordel auquel on assiste depuis maintenant deux décennies dans l’éducation, on n’y insistera jamais assez, est, tous les observateurs en conviennent, une grosse hypothèque qui finira par obérer l’avenir de tout un pays. L’érosion du niveau de l’apprenant, d’acupuncture plus grave, d’année en année, résume à elle seule, l’échec de toutes les politiques publiques, jusqu’ici expérimentées. D’où l’impératif péremptoire de réformes et de mesures plus que draconiennes. Un remède de Cheval pour tout dire, car à situation gravissime, solution extrême. Mais au lieu de cela, depuis tout le temps, on n’a fait que poser un cautère sur une jambe de bois, au gré de mesures cosmétiques, n’ayant provoqué aucun iota d’effet sur la qualité de l’enseignement donné. Le mal est enraciné, la gangrène se métastase, et pendant ce temps, on continue de jouer à la politique de Gribouille.

Qui n’a pas été transi de stupeur, mais aussi de répulsion, au visa d’une copie quelconque d’évaluation ou d’examen de ceux qui sont considérés de nos jours comme de jeunes pousses, mais qui, en réalité, n’ont même pas le niveau des bons collégiens de la vieille école ? Acteurs de tout acabit confondu, je sais que vous êtes tous conscients de cette réalité infamante que je décris, pour l’avoir vécue de l’intérieur d’une université privée, mais que faites-vous pour inverser la donne ? Vraisemblablement, rien ! Pire, cela semble même la dernière préoccupation d’eux tous ou presque. Oui, dans un monde sous l’empire de capitalistes mus uniquement que par le souci d’une plus grande plus-value, d’accord qu’on investit pour faire des profits, mais de grâce, l’école ne doit pas être aussi maltraitée, la formation de nos enfants, aussi charcutée, l’avenir du pays aussi dangereusement compromis !

La faute à l’Etat qui a laissé faire lanarchie, la chienlit à laquelle on assiste depuis des décennies. Je vous fiche mon billet qu’il a bien fallu l’intrusion du privé au sein de l’école guinéenne, pour que le ver entre dans le fruit, pour qu’il nous soit donné dassister, médusés et impuissants, à la mort lente et programmée de l’éducation en Guinée. La réalité en était à mille lieux, auparavant. Ce qu’on appelle écoles et universités privées, en réalité des bicoques presque toutes, qui ont profité de la démission de l’Etat, pour pousser tels des champignons vénéneux, ont ainsi eu le boulevard tout ouvert, en l’absence de tout dispositif de normes et de contrôle qualité, pour se livrer, le plus hideusement du monde, à une commercialisation à outrance de l’éducation de nos enfants. Ainsi, la quantité d’élèves ou d’étudiants, passant en classe supérieure, comme pour attirer plus de clientèle à sacrifier, a été et est la seule donnée qui vaille aux yeux de leurs fondateurs, le reste compte pour la boue de leurs souliers.

Les vociférations qu’on entend ici et là dans le milieu universitaire depuis deux semaines, n’ont pour autre raison que celle de l’argent, avec en toile de fond, le grand business de la quantité d’étudiants envoyés, chaque année, par fournées importantes, dans ces universités privées et entretenus au frais de la Princesse à coup de milliards de nos francs. C’est vrai que la cadence de certaines réformes portées par les nouvelles autorités en charge du secteur, est critiquable, mais il faut dire, que dans la vision où leur implémentation est annoncée, elles sont à encourager. Si, à la fin du compte, l’Etat, dans le cas de la Guinée, cela me parait encore d’une nécessité qui s’impose, doit reprendre la main dans ce secteur, ce serait tout au bénéfice de l’avenir même de notre pays.

A bon entendeur, salut !

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