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Papa Koly Kourouma : «On n’est pas dans un Etat !» (Interview)

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El’hadj Papa Koly Kourouma, Président du GRUP

Ancien ministre en charge de l’énergie au cours du premier mandat du Président Alpha Condé, El’hadj Papa Koly Kourouma, aujourd’hui dans l’opposition avec son parti GRUP, s’exprime chez nous sur la gouvernance actuelle de son ancien allié et sur d’autres sujets d’actualité. Le récent voyage présidentiel en Chine, l’Etat de nos routes, les élections communales de 2017, la colère de Fodé Bangoura contre Alpha Condé, et la gestion des ressources notamment l’échec, selon lui, du principe d’unicité de caisse, sont entre autres principaux axes de cette interview.

Lisez !

Le  voyage du Président de la République Alpha Condé en Chine a été annoncé comme étant l’un des plus grands déplacements qu’il a effectués au cours de ce second mandat, qu’est-ce que vous en tirez comme leçon ?

Franchement, si je me réfère à ses précédents voyages, à ces différents accords qu’il a déjà signés  par le passé au cours de ses nombreux voyages, je dirais que c’est du tourisme purement et simplement. Donc je n’ai pas de commentaire à faire en attendant qu’on ait les retombés des accords qui ont été signés. Il peut signer mille et un accords, mais tant qu’on n’a pas vu la réalité sur le terrain, je me dis que c’est juste une manière de meubler le voyage touristique que le Président de la République a effectué en Chine.

Mais c’est important quand même de porter les inquiétudes des Guinéens à ce niveau, aller chercher des financements pour faire nos routes par exemple! Vous partez souvent à Nzérékoré, vous connaissez l’état de nos routes, c’est bon que le Président de la République aille chercher des financements pour ça non ?

Aller chercher des financements c’est une chose, les trouver en est une autre. Le Président de la République n’a pas besoin de se déplacer pour aller en Chine chercher les financements.  Il a des hommes auxquels il a fait confiance, qui occupent des départements sectoriels et ce sont les hommes-là qui doivent faire les déplacements. Mais on ne profite pas de son tourisme pour dire j’ai été chercher un financement. On n’en a pas besoin !

D’ailleurs, concernant ces routes, est-ce que vous avez quelque chose à dire à propos de leur état de délabrement ?

L’état des routes est catastrophique dans la mesure où je me rappelle qu’entre 1991 et 1992, je quittais Nzérékoré à 4 H du matin pour venir recevoir des amis qui venaient de la Belgique et je retournais à Nzérékoré avant le matin. Mais aujourd’hui, quand tu quittes Nzérékoré pour venir ici, il te faut 48 heures. Et c’est dommage, c’est pathétique ! Quand on prend même la ville de Guéckédou, pour la traverser,  on met  une heure de temps. Je ne parle pas de la route en rase campagne, c’est incroyable, on a l’impression de se trouver dans un pays ravagé par la guerre.

Mais on nous apprend que s’il y a délabrement de nos routes c’est aussi parce que les financements de l’U.E avaient été suspendus à cause de ce coup d’état perpétré par Moussa Dadis Camara qui est un de vos proches ?

Ça, ce n’est pas vrai ! Celui qui vous dit cela est de mauvaise foi. Les travaux ont été arrêtés mais quels sont les gens qui ont été à la base de l’arrêt des travaux ? Quand il y a eu le coup d’Etat. Quand le CNDD devait arriver au pouvoir, l’Union Européenne n’a pas arrêté tout de suite ! Mais dès l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, on a libéré ces financements-là, le pont du 08 Novembre est réalisé par ce financement de l’U.E. Moi j’étais à l’énergie il y a des financements qui ont été libérés pour nous permettre de continuer la normalisation du réseau de moyenne et basse tensions dans la ville de Conakry. L’U.E a arrêté mais qu’est-ce que nous faisons de nos recettes intérieures ? Qu’est-ce que nous faisons de l’argent du fonds d’entretien routier ? On me dira que c’est insuffisant, oui ! Mais au moyen il y a un  début. C’est une question de volonté politique. C’est pourquoi je me dis que le Président aujourd’hui à montrer ses faiblesses dans la gouvernance. Il ne peut pas continuer à dénoncer. Un Président de la République ne dénonce pas, il sanctionne.  Si le Président de la République dénonce, l’opposition dénonce, qui prend alors la décision ?

Et cette rencontre organisée içi à Conakry, autour de la question de la mobilisation des ressources intérieures, quand dites-vous ?

 La rencontre est une bonne chose. C’est une belle initiative mais ce que je n’aime pas dans ce genre de chose, c’est le coté trop festif. On a toujours l’impression qu’on nous crée des choses de façon populiste pour amuser la galerie. Mobiliser des recettes intérieures c’est une bonne chose, c’est une bonne initiative mais à quoi ça sert la mobilisation des ressources quant elle ne sert à rien pour  la République ? Quand ça ne sert à rien au citoyen ? Quand on ne voit pas l’impact de cette mobilisation dans le panier de la ménagère, quand on ne voit pas l’impact de cette mobilisation dans les infrastructures de base ? Ça ne sert en rien !

Il y a quand même des recommandations faites de manière à pouvoir optimiser les capacités de l’Etat à mobiliser les ressources. 

Je suis un homme très optimiste mais pour cette fois, je suis très pessimiste.  S’il y a des recommandations, je crains qu’elles dorment dans les tiroirs. Parce qu’aujourd’hui la règle du jeu c’est la corruption, c’est le détournement  des deniers publics. Ces deux concepts sont les règles de gestion financière aujourd’hui dans notre pays, contrairement à ce qui devait être.  Quand on sait cela et qu’il n y a aucune punition à la base, on ne peut pas s’attendre à grand chose. Pendant ce temps, celui qui est chargé de veiller sur cette bonne gouvernance continue à se plaindre, à accuser des gens et continue à dénoncer sans aucune mesure répressive, je veux dire que ce n’est pas un Etat. On n’est pas dans un  Etat. On n’est purement et simplement en train de s’amuser et de tromper le peuple.

Parlons à présent politique. Vous avez senti cette guéguerre entre le RPG et Fodé Bangoura du PUP autour d’un discours du chef de l’Etat, qu’en dites-vous ? 

En tant que leader politique du parti GRUP, je m’en vais dire que le Président de la République n’a pas besoin de ce discours.

Est-ce que vous avez suivi le discours en question ? Est-ce que vous pensez que le Président de la République a vraiment blâmé Lansana Conté ou c’est plutôt Fodé Bangoura qui a fait une mauvaise lecture du discours ?

Il n’y a pas de mauvaise lecture. C’est son habitude, on le connait dans ça.  Il a l’habitude de le faire, ce n’est pas une première. Quand on parle de régime, qui incarne le régime ? Ce discours là, le Président Alpha Condé n’en n’avait pas besoin. Il est allé pour chercher des financements, c’est vous qui venez de le dire. Et si c’est bien dans ce cadre, je pense qu’il y a des discours diplomatiques. Quand on est ailleurs, il y a un langage qu’on doit pouvoir adopter.  Il y a des positions qu’on doit pouvoir adopter et surtout quand on est Président de la République. Mais j’ai l’impression que le Président  n’aime pas la paix parce que depuis que Lansana Conté est passé, on ne doit pas continuer à l’accuser. On doit avancer si on veut avancer. Je pense qu’il a suffisamment fait le diagnostic, il a déjà eu suffisamment de temps d’expliquer aux Guinéens qu’il n’a pas hérité d’un Etat mais d’un pays. Nous avons vu, il a trouvé les caisses de l’Etat vides.  Il a commencé des travaux. Sinon nous aussi qui avons été là et qui l’avons vu à l’œuvre, on va dire qu’il a échoué dans la mesure où l’une des principales préoccupations du gouvernement à l’époque était de réussir à mettre en place l’unicité de caisse, mais c’est le premier à violer cette unicité de caisse.

En quoi a-t-il violé ce principe d’unicité de caisse ?

Pour preuve, les recettes de l’ARPT devaient être  comptabilisées au niveau de la caisse unique de  l’Etat mais ça n’a pas été le cas. Et quand vous prenez les recettes du patrimoine bâti, c’est la même chose. Si vous êtes le premier qui viole les principes que vous-mêmes vous défendez et que vous voulez promouvoir, il est difficile de vous croire. C’est ce qui fait que nous accusons le retard que nous connaissons aujourd’hui dans l’avancement du pays. Franchement,  c’est le fait que le président de la République n’ait pas compris le fonctionnement du gouvernement.

Aujourd’hui on confond le fonctionnement de la Présidence au fonctionnement du gouvernement. Et il y a une hypertrophie de la Présidence qui broie le fonctionnement des départements sectoriels. Les nombreux Conseillers que vous avez au niveau de la Présidence à l’époque pensaient que ce sont eux qui devaient faire la mise en œuvre au niveau des départements sectoriels. Ils pensaient qu’ils devaient s’opposer aux départements sectoriels.

 Au niveau du ministère de la communication par exemple il y avait un  ministre bis au niveau de la Présidence, mais vous personnellement vous n’en n’avez pas été victime.

J’ai refusé qu’il y en ait. Il vous souviendra que le Président de la République avait mis des Conseillers au niveau de tous les départements. Je pense qu’ils devaient être là pour lui rendre compte, en tout cas je ne connaissais pas clairement leur mission. Mais moi lorsque ces conseillers là sont arrivés, j’ai leur ai assigné une mission. Au lieu que moi je sois là pour faire des rapports au Président de façon quotidienne pour expliquer ce que j’ai comme problème au niveau de mon département, j’ai pensé que ces conseillers étaient mieux outillés pour rendre compte au Président de la République de nos réalités. Et puis comme ça, cela me facilitait le travail et  me permettait de m’occuper d’autres choses.  Et j’ai bien collaboré avec ces conseillers et l’administration des grands projets. C’est ce qui m’a permis de faire tout ce que je devais faire et d’aboutir à des résultats que vous connaissez, comme la réalisation du projet du barrage hydroélectrique de Kaleta.

Et-ce que vous irez aux élections communales ?

Oui !

Avez-vous les moyens humains et financiers ?

On est prêt. Je pense que vous me connaissez très bien sur les compétitions nationales en matière politique. Nous avons participé aux élections présidentielles de 2010, aux législatives de 2013 et aux présidentielles de 2015 donc je ne vois pas ce qui va nous empêcher de participer aux élections communautaires.

A suivre la suite et fin de cette grande interview !

La Rédaction

 

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