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Justice en France : Le verdict dans le procès de l’assassinat du guinéen Mamadou Magassouba, est tombé

magass-1Après quatre heures de délibéré, les huit jurés, réunis depuis ce lundi 14 novembre devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis à Bobigny (93), ont condamné Sofiane Kachouri à 25 ans de réclusion criminelle pour l’assassinat de Mamadou Magassouba, tué d’une balle dans la tête le 30 août 2013 et retrouvé mort dans un fossé, le long d’une route départementale de l’Oise, dix jours après les faits.

C’est un soulagement pour la famille et les proches de la victime. « Nous allons pouvoir enfin essayer de faire notre deuil », a lâché Mamadou Keita, l’oncle du défunt, quelques secondes après le verdict dans une salle bondée.

Toute la semaine, proches et amis de la victime se sont déplacés en masse témoignant de l’amour que beaucoup lui portait et de l’onde de choc qu’avait provoquée sa mort. Un contraste saisissant alors qu’aucun  membre de la famille de l’assassin n’a jugé bon de se déplacer.

Comme la loi le permet, Sofiane Kachouri pourra demander, pour la moitié de sa peine, une libération conditionnelle. Sous les verrous depuis trois ans, il pourrait donc, dans les faits, être dehors dès 2027…

 Rappel des faits

Le 30 août 2013, jour de l’assassinat, Sofiane Kachouri et Mamadou Magassouba, amis d’enfance, se rendent ensemble dans l’Oise pour récupérer 2000 paires de baskets à 10 €.

Ils espèrent les revendre trois ou quatre fois plus cher par la suite pour pouvoir rembourser la dette contractée quatre ans plus tôt par Soufiane Kachouri. Ce dernier a emprunté en 2009 à Mamadou Magassouba 50 000 euros pour le financement d’un snack aux Puces de Saint-Ouen. Sofiane Kachouri fait alors signer un contrat à son ami. Un échéancier est également mis en place. Mais très vite, ce dernier n’arrive plus à rembourser son créancier.   Sofiane Kachouri devait de l’argent à énormément de monde. A ses amis, à sa famille. « Il a réussi à embobiner tout le monde. Il a un vrai talent pour ça », diront plusieurs témoins. A chaque fois, il justifie ses emprunts par des « arguments fallacieux », rappelle l’avocate générale. « Il disait que l’argent servirait à faire des travaux pour sa maison ou pour le financement de ses restaurants. Mais tout ceci était faux », indique la procureure, parlant « d’instrumentalisation vénale et égoïste de ces amitiés ». « Il leur faisait miroiter des revenus ».   D’après un enquêteur entre 2009 et 2012, Sofiane Kachouri aurait emprunté jusqu’à  175 000€. C’est sans compter les 50 000€ que lui aurait prêté Mamadou. Il indique que le meurtrier aurait « remboursé 60 000 à 70 000 ». « Les seuls qu’il a remboursés sont ceux qui étaient particulièrement violents avec lui ou qui avaient trouvé le point faible : menacer de prévenir sa femme », détaille-t-il.  Quelques jours avant l’assassinat, fera remarquer la procureure, Sofiane Kachouri fera des recherches sur internet pour se procurer une arme de chasse, avant de se rendre à un Décathlon à Herblay pour se procurer de la chevrotine calibre 12. Il ira également faire des repérages. « Trouver un endroit pas trop loin de Paris, suffisamment isolé pour commettre son acte en toute tranquillité », précisera l’avocate générale. « Sofiane Kachouri a commis deux erreurs. Il a allumé son téléphone trop tôt, qui sera répéré dans l’Oise et il a laissé un post – it où le plan basket était indiqué », précisera-t-elle encore.   Malgré tous ces éléments à charge, Sofiane Kachouri, tout le long du procès, même s’il a admis être l’auteur du coup de feu qui a tué son ami, niera toute préméditation.

Pour l’assassin, il s’agissait juste d’un accident. « Je ne voulais pas le tuer. Je voulais juste lui faire peur’’, a tenu à préciser le meurtrier, justifiant son acte par le fait que « Mamadou le menaçait tous les jours ». « Le jour du drame, il a même braqué une arme sur moi », affirmera-t-il. C’est donc parce qu’il était à bout,  qu’il aurait paniqué et qu’il aurait tiré sur son ami.

Une version difficilement recevable, puisque hormis Sophie, amie de l’accusé, qui affirme avoir entendu une conversation entre les deux hommes où la victime aurait menacé Soufiane Kachouri (sans être en mesure de pouvoir prouver à la barre qu’il s’agissait bien à l’autre bout du fil de Mamadou, puisqu’elle ne l’avait jamais rencontré), tous les autres témoins qui se sont succédé à la barre ont plutôt décrit les relations entre Mamadou et son meurtrier d’amicales.   Courant 2012, Sofiane Kachouri raconte que Mamadou Magassouba serait venu, sans le prévenir à son domicile et aurait proféré des menaces devant son épouse, promettant « de l’enterrer lui et ses enfants ». Depuis le début du procès, l’accusé a affirmé qu’il avait voulu « protéger sa femme et sa famille », des menaces de Mamadou Magassouba. Seul problème : sa femme, Zohra qui s’est finalement décidée à venir témoigner jeudi après-midi, tient une autre version. « Mamadou, je l’ai toujours apprécié. Il a toujours été respectueux envers moi, même quand j’ai appris qu’il y avait quelque chose de bizarre avec Soufiane », a-t-elle déclaré. « Soufiane m’a menti sur tout », a-t-elle encore expliqué.   Une question est venue hanter le procès. Sofiane Kachouri devait de l’argent à beaucoup de monde mais pourquoi seul Mamadou Magassouba a été tué ? « Parce que sa dette était la plus importante. Parce qu’il ne pouvait pas éviter son ami, comme il pouvait le faire avec ses autres créanciers. Parce que Mamadou Magassouba était en mesure d’écorner l’image de Sofiane Kachouri auprès de tous les autres » précise l’avocate générale.   Il est 19h30 ce jeudi quand l’oncle de la victime, Mamadou Keita implore, dans un moment fort en dignité, le meurtrier de son neveu.  « Je t’en supplie Sofiane. Aide nous à faire notre deuil. Dis la vérité. Je t’en supplie. Ne cherche pas à sauver ta peau. Libère toi. Libère nous ». En vain.   Cela ne suffira pas à réparer la douleur de la disparition de Mamadou Magassouba, mais la Cour a ordonné le versement de dommages et intérêts à la famille.

Educateur depuis une vingtaine d’années, Mamadou Magassouba avait un CV long comme le bras. En plus d’être éducateur sportif spécialisé, avec un professorat de sport obtenu en 1995 à l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la performance), il pratiquait la boxe à haut niveau et avait participé à plusieurs championnats de France. Il avait également obtenu une médaille de bronze au championnat du monde 2012 de pankration, l’art martial.

Le corps de Mamadou Magassouba avait alors été transporté dans son pays d’origine en Guinée plus précisément  à Tatakourou, pétite localité de la préfecture de Siguiri pour être enterrer auprès de son défunt père El Hadj Sanassi Magassouba.

Moussa Tatakourou Diawara avec Nadir Dendoune (lecourrierdelatlas.com)

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