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«Il est temps de consommer ce que nous produisons» Un bol d’air pour l’artisanat guinéen

Une directive présidentielle pour donner booster un secteur porteur de croissance et générateur d’emplois ! De toute évidence, c’est la bonne nouvelle en guise de cadeaux de fin d’année que  le Chef de l’Etat a apporté le 31 décembre dernier aux artisans créateurs de Guinee. Dans son discours du nouvel an, le président Alpha Conde affirmait que « pour atteindre nos objectifs de développement, la Guinée a l’impérieuse nécessité de croire en ses propres capacités … Il est temps de consommer ce que nous produisons ». Un constat qui corrobore l’impérieuse nécessite mettre à contribution le « génie-créateur » guinéen, le savoir et le savoir-faire local dont regorge le riche patrimoine artisanal héritage de longues siècles d’histoire socio économique et culturelle.

« J’ai rencontré les artisans et mis à leur disposition un fonds d’aide qui leur permettra de réorganiser leur secteur et de produire davantage … J’engage l’Etat à équiper notre administration de produits mobiliers fabriqués par les créateurs guinéens ». Cette annonce du Chef de l’Etat qui équivaut à une directive gouvernementale est une grande avancée pour le secteur artisanal guinéen qui occupe 70 % de la population active du pays et représente 40% de la production manufacturière.

Un secteur réputé  ‘’porteur de croissance’’  jusque là  ignoré, marginalisé par l’Etat, sevré de la ‘’commande publique’’  ou  tout simplement  exclu par des entreprises ou des sous traitants omni-bullés,  rien que par le profit ou le gain facile. Des entreprises promptes à acquérir des marchés publics dont ‘’elles pompent les ressources, gonflent les avenants pour laisser les chantiers inachevés au détriment des Etats qui assurent à leurs dépens les garanties des financements’’. Il était temps de réaffecter des ressources publiques aux milliers d’artisans afin  qu’ils produisent ce que nous consommons, créent des emplois, développent le label Guinée et apportent une valeur ajoutée à l’économie nationale pour asseoir les bases d’un développement durable et humain.

« C’est une directive  qui nous réjouis à plus d’un titre …elle nous aidera à coup sûr de mettre en œuvre notre stratégie d’action en s’appuyant sur les artisans créateurs locaux et  sur les partenaires stratégiques africains et étrangers comme Itqane pour son savoir-faire dans le domaine de la formation insertion des artisans»  réagit, Kaba Diakité,  Directeur de l’Office National de Promotion de l’Artisanat. De l’avis des observateurs avertis « lorsque cette mesure entrera en vigueur, elle  contribuera à améliorer les conditions de vie des artistes et artisans de Guinée »  quand on sait qu’une part non négligeable du budget national de développement est consacrée à l’achat des meubles pour l’administration publique et le secteur para public.

Une initiative louable mais qui exige des préalables à remplir  pour répondre aux contraintes  du marché et satisfaire la clientèle. « Produire ce qu’on consomme exige de la qualité  dans la finition, des compétences professionnelles, du sérieux  et des équipements appropriés. Le savoir faire traditionnel ne suffit pas, il faut de la formation, des équipements et du mangement » souligne un expert du secteur.

 

Outre les opportunités que les centres de formations professionnelles offriront aux acteurs du secteur, « les Guinéens devraient profiter de l’expertise et surtout de la connaissance du terrain des entreprises telles que le groupe ITQANE, connu et reconnu dans le domaine de la valorisation de l’artisanat »  argumente  un spécialiste  du domaine. En effet, Présent en Guinee depuis 2013 avec le chantier de rénovation et de restauration du Palais Mohammed V, Itqane s’emploi  depuis, dans la valorisation de l’extraordinaire potentiel artisanal dont dispose le pays et qui fait vivre une frange importante de sa population. « C’est un gisement inépuisable contenant des richesses séculaires faites de créations, d’objets d’art ou d’objets usuels en bois, en terre, en pierre, en fer ou en étoffe…Nous sommes convaincus au groupe ITQANE que l’artisanat guinéen est une ‘’richesse industrialisable’’… le potentiel l’atteste » confiait d’ailleurs à cet effet, Kamal Mekouar, le PDG du Groupe.

Pour relever ce grand défi et, parallèlement à son investissement dans le chantier du Grand Palais Mohamed V, Itqane qui croit au développement industriel de l’artisanat guinéen avait déjà entamé la formation aux techniques de finition, de design, d’emballage et sur la pertinence de la chaine des valeurs et des filières d’un ‘’noyau de jeunes artisans guinéens’’ à Casablanca et à Conakry.

Outre l’approche ‘’Chantier-école’’  déployée pour le renforcement des capacités des artisans travaillant sur les projets d’Itqane BTP-Constructions, le groupe projette de signer une convention avec le Ministère guinéen de la formation Professionnelle.

En partenariat avec plusieurs architectes et designers de renom et de culture africaine, l’Entreprise entrevoit d’ailleurs,  l’ouverture de sa propre académie de formation en métiers de construction et d’artisanat. Un centre de référence où des maitres artisans marocains donneront des cours pratiques à des apprenants artisans et des spécialistes des métiers de l’agencement et de l’artisanat. « L’enseignement est un défi, car il s’agit de concilier les connaissances théoriques et empiriques et la pratique de la matière. La formation à l’académie et la pratique sur le chantier sera un atout »  précise Kamal Mekouar avant d’ajouter : « Notre ambition, c’est de faire de la Guinée, un Pays phare et un modèle où l’artisanat sera au cœur des métiers d’entreprises ».

 

La  Directive présidentielle qui plaide en faveur d’un appui de l’Etat et des partenaires au développement pour la valorisation du secteur artisanal interpelle le Département de Tutelle, la Direction de l’Office National de Promotion de l’Artisanat guinéen ‘’ONPA’’ ainsi que les acteurs et  Organisations socio professionnelles à mettre en œuvre une stratégie concertée et à s’entourer de partenaires crédibles et efficaces pour répondre aux attentes du gouvernement.

 

Attentes et exigences dans les domaines de la Formation (apprentissage, insertion des artisans guinéens), de l’Assistance technique (transfert de compétences, d’expertises et de technologie), de la Promotion Commerciale (ventes des produits artisanaux, développement du  label Guinée, organisation d’événementiels, foires, expositions), du Développement des infrastructures (construction de villages artisanaux, centres et galeries) et de l’Assistance financière (recherche et mobilisation des ressources pour appuyer le secteur).

 

Mais au dela de l’effet d’annonce subsiste beaucoup d’interrogation quand à sa faisabilité dans un pays confronté à la rareté des ressources et aux restrictions budgétaires parce que tout est prioritaire (routes, écoles, santé, énergies, femmes, jeunes, emplois…). Comment mobiliser et mettre à disposition les fonds aux artisans créateurs ? Quel mécanisme et selon quels critères seront-ils éligibles aux fonds et à la commande publique ?

 

Selon les estimations, la Guinée compte environ 700 mille  artisans encadrant de centaines de milliers d’apprentis et travaillant dans de centaines de milliers d’entreprises. L’Artisanat est un secteur transversal porteur de croissance et de l’avis des spécialistes sa valorisation impactera tous les segments socio-économiques du développement :formation professionnelle de la jeunesse ; création d’emplois et de revenus ; limitation de l’exode rural ; valorisation des matières premières locales ; développement des infrastructures ; équilibre de la balance de paiement ; contribution à la réduction de la pauvreté ; synergie avec de nombreux secteurs (Tourisme, agriculture, élevage, pêche, mines, habitat, chasse, transport, culture…)

 

Fort malheureusement, l’étude diagnostique de ce secteur, aux énormes potentiels de croissance menée par le Département du tourisme et de l’artisanat révèle un tableau critique. Il s’agit d’un secteur immense aux contours non tranchés, un tissu très fragmenté constitué d’une grande variété d’acteurs, un spectre  recouvrant l’ensemble du territoire mais avec des activités dispersées en grande partie dans le milieu rural.

Un contraste saisissant qui rime avec un grand paradoxe. C’est pourquoi, beaucoup d’observateurs estiment qu’au lieu de qualifier la Guinée de ‘’scandale minier’’ il faudrait plutôt parler de ‘’scandale Artisanal’’ si l’on s’en tient au potentiel du secteur qui devrait être un ‘’vrai moteur de croissance’’ ou la puissante locomotive pour tirer les wagons du développement durable et diversifié de l’économie nationale.

 

Ibrahima Ahmed Barry, journaliste Consultant

 

 

 

 

 

 

 

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