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Mutilations Génitales Féminines : «Chaque année, 2 millions de filles sont potentiellement victimes», dixit Dr Morissanda Kouyaté (Grande Interview)

La commémoration de la journée internationale contre les mutilations génitales féminines (MGF), désormais une préoccupation pour tous les États. Dans un entretien téléphonique, Docteur Morissanda Kouyaté, Secrétaire exécutif du comité inter africain revient sur les faits marquants du 06 février 2017.

L’humanité a célébré le lundi 06 février dernier, la 14e journée mondiale de lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF), sous le thème «Bâtir un pont solide et interactif entre l’Afrique et le monde afin d’accélérer l’abandon des mutilations génitales féminines». Si les mutilations génitales féminines sont aujourd’hui la préoccupation de plusieurs États à travers le monde, c’est bien grâce au combat mené par le comité inter africain de lutte contre l’excision, basé à Addis-Abeba en Ethiopie. Le secrétaire exécutif de cette institution, affiliée à l’Union Africaine et aux Nations Unies, est un Guinéen qui, depuis une trentaine d’années, se bat pour l’éradication totale des MGF en Guinée, en Afrique puis dans toute l’humanité. Dr Morissanda Kouyaté, en séjour à Paris, a accepté de répondre à nos questions, quelques jours après le 06 février.

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Mosaiqueguinee.com : L’humanité a célébré le lundi 06 février, la journée mondiale de lutte contre l’excision, comment le comité inter africain a-t-il célébré cet événement ?

Dr Morissanda : D’abord je voudrais rappeler que la journée internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines qu’on appelle journée internationale tolérance zéro aux mutilations génitales féminines est une journée dont l’origine vient de la Guinée. C’est à partir du dépôt des couteaux par les femmes de Kouroussa, le 06 novembre 1999, que l’idée a germé pour avoir une journée internationale contre les MGF. Jusqu’en 2003, nous avons tout mis en œuvre pour pouvoir organiser cette journée, pour pouvoir la faire adopter. Et c’est finalement à l’issue d’une conférence que nous avons organisée à Addis-Abeba en Éthiopie, la même année, qu’il a été demandé aux Nations Unies d’adopter le 06 février comme journée internationale de lutte contre les MGF puisque simplement le 06 février est la date de naissance du comité inter africain.

Ceci dit, il faut dire que cette année, le comité inter africain a fait commémorer cette journée dans tous les pays du monde puisqu’avant c’était seulement célébré dans les pays les plus touchés par les mutilations génitales féminines. Avec la résolution 67/146 que nous avons fait adopter par l’assemblée générale des Nations Unies contre les MGF, il est maintenant demandé à tous les pays du monde de célébrer cette journée ou de la commémorer et de l’exprimer par une voie unique du monde entier, l’opposition à cette pratique et la nécessité absolue de l’éradiquer, de la faire disparaître du globe.

Mosaiqueguinee.com : Nous savons que le 06 février dernier était la 14e journée de lutte contre l’excision, célébrée à travers le monde, dites-nous comment  le comité inter africain l’a vécue particulièrement !

Dr Morissanda : Nous avons d’abord choisi le thème parce que chaque année c’est le comité inter africain qui choisi le thème de la journée internationale tolérance zéro aux MGF. Cette année, le thème était « Bâtir un pont solide et interactif entre l’Afrique et le monde afin d’accélérer l’abandon des mutilations génitales féminines ». Ceci dit, il a été demandé par le Comité inter africain à tous les comités nationaux et surtout à tous les gouvernements de célébrer ce jour, de consacrer cette journée à la sensibilisation et au plaidoyer contre les MGF. Il leur a été surtout demandé de mettre l’accent sur l’application des lois nationales, régionales et internationales. En ma qualité de Directeur exécutif de ce comité, j’étais invité à Stockholm en Suède par notre bureau se trouvant dans ce pays. Ce bureau de Stockholm a organisé avec le gouvernement Suédois et les organisations de la société civile suédoise une cérémonie pour marquer l’événement.

Nos représentants dans ce pays ont demandé à ce que nous venions les supporter dans cette commémoration, ce que nous avons fait. Nous avons d’abord participé à une grande démonstration, à une grande marche à travers la ville de Stockholm avec des pancartes contre les MGF. Ensuite nous avons participé à des conférences puis des interviews dans les différentes radios et télévisions sans oublier les journaux écrits.  Notre comité en Suède a également eu l’idée de décerner des certificats à des pionniers et à des pionnières qui ont commencé cette lutte dans ce pays depuis 1984. Et contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, c’est que tous ces pays se sentent concernés, étant donné qu’il y a de fortes communautés d’immigrants qui viennent des pays où cette pratique existe. Pourtant, il y a ce qu’on appelle l’extraterritorialité, les gens prennent leurs enfants ils les amènent dans leur pays d’origine pour les faire subir l’excision et les ramènent en Europe, en Amérique et partout ailleurs donc il faut être vigilant, il faut travailler ensemble. Voici en résumé ce que nous avons fait à Stockholm. Et j’avoue que j’ai été très surpris de cette mobilisation contre l’excision à Stockholm.

Mosaiqueguinee.com : Alors docteur pour cette dernière célébration qu’est ce qu’on retient finalement ? Y a-t-il des chiffres ? Est-ce qu’il est possible de dire que le taux de MGF à travers le monde et particulièrement en Afrique a fortement baissé ?

Dr Morissanda : Oui absolument. On ne peut pas dire fortement mais on peut dire que le taux a baissé. Vous voyez il y’a deux façons de mesurer le progrès. Il y’a les résultats intermédiaires et il y’a les résultats définitifs. Les résultats intermédiaires, c’est tout ce que nous avons fait comme progrès dans l’établissement des lois nationales, régionales, internationales. Tout e qu’on a fait à travers les journaux, les télévisions, les journalistes, les leaders religieux, les communautés qui sont venus et qui ont déposées les couteaux de l’excision alors qu’ils se sont rebellés publiquement contre les MGF, dans ces résultats intermédiaires, on peut dire qu’il y’a eu une très forte mobilisation contre les MGF. On a des pays ou il était presqu’insoupçonné de parler de mutilation génitale féminine et aujourd’hui, nous avons eu des comités qui veulent se créer la bas. Nous avons par exemple des demandes de la part de l’Iran, de l’Indonésie, de l’Inde et du Yémen qui veulent rejoindre le comité inter africain parce que dans ces pays aussi il des minorités qui pratiquent les mutilations génitales féminines. Vous voyez, ces résultats intermédiaires sont extraordinairement bons.

En ce qui concerne les résultats définitifs que nous recherchons, parce qu’on a beaucoup fait des discours, on a beau fait de la sensibilisation, les résultats définitifs, est la baisse ou l’éradication totale de l’excision.  Dans ce sens la, il y a de réels progrès. Et d’ailleurs dans les résultats intermédiaires, il faut citer le cas de la Guinée, la Guinée d’ailleurs qui le 2è pays le plus affecté.

Mosaiqueguinee.com : Est-ce qu’il est possible d’avoir des chiffres Docteur ? Parce qu’on nous apprend qu’il y a 200 millions de victimes à travers le monde.

Dr Morissanda : Alors, il y a effectivement 200 millions de filles et de femmes excisées dans le monde et il faut savoir que chaque année, il y a 2 millions de filles qui sont potentiellement victimes des MGF ; et pour aller aussi dans les chiffres, il faut noter que dans certains pays, il y a eu  vraiment du progrès. Quand on prend par exemple le Burkina Faso ou le taux était de 73% maintenant on est tombé dans l’ordre de 52%.

Dans des pays comme le Nigéria, le taux était dans l’ordre de 42% et aujourd’hui, on est vers les 37%. Il y a donc un réel engouement, il y a des résultats probants. En Guinée d’ailleurs, nous sommes à la 2e place avec 97% et je pense qu’avec tout ce qui a été fait, toutes les sensibilisations effectuées, l’une de mes priorités c’est de pouvoir mesurer le phénomène dans notre pays pour voir si nous sommes toujours dans les 97 %. Nous allons chercher à mesurer les progrès en Guinée en termes de prévalence exacte.

Mosaiqueguinee.com : Dites-nous à l’issue de cette journée célébrée le 06 février, quelles ont été les projections faites ? Quelles sont vos ambitions pour l’éradication définitive de l’excision ?

Dr Morissanda : Ce que nous projetons de faire maintenant, c’est d’impliquer plus les sociétés civiles, c’est de créer une synergie d’action entre les organisations internationales et les gouvernements parce que chacun partait de son coté. Cette synergie devra tirer les actions vers l’avant pour pouvoir donner des résultats probants, parce que plus nous travaillons ensemble, c’est-à-dire société civile, gouvernement et communauté internationale, si nous travaillons ensemble, je suis sûr et certain que nous allons avoir des résultats plus rapidement que prévu.

Mosaiqueguinee.com : Quel est votre message à l’endroit de vos compatriotes ?

Dr Morissanda : Il faut que la Guinée refuse d’occuper ce rang. Nous sommes un pays  qui a pris le flambeau de lutte contre les MGF, il est inacceptable que ce paradoxe continu d’exister, que nous soyons les premiers dans l’action et les derniers dans les résultats. Tout cela ne peu se concrétiser davantage qu’avec un engagement plus fort de l’État, une application plus stricte de la loi contre les mutilations génitales féminines. Et au niveau internationale, et au niveau africain, je dois féliciter l’engagement de ces deux niveaux et dire que le comité inter africain contribuera à  fédérer ses forces pour appuyer ces pays qui en ont sérieusement besoin, notamment les 29 pays africains dont la Guinée et d’autres pays non africains.

Mosaiqueguinee.com : Docteur Morissanda Kouyaté, Merci.

Dr Morissanda : Merci à vous, mon cher Antoine.

Entretien téléphonique réalisé par Antoine Kourouma

00224 622 81 5929

Antoinekourouma87@gmail.com

 

 

 

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