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Régulation audiovisuelle UEMOA-Guinée : Le diagnostic sans complaisance d’Ibrahima Sy Savané de la Côte d’Ivoire

La présidente de la Haute Autorité de la Communication de la Guinée, trône désormais à la tête de la Plate-forme des régulateurs de l’audiovisuel des pays-membres de l’UEMOA et de la Guinée. Mais avant l’assemblée générale, à huis clos, ayant abouti au plébiscite de Mme Martine Condé, le 2 mars dernier, à Ouagadougou, le discours-vérité d’un homme a aiguillonné les esprits des présidents des instances de régulation présents. Il s’agit d’Ibrahima Sy Savané, président du Réseau francophone des régulateurs, président de la HACA de la Côte d’Ivoire, siège du Secrétariat permanent de ladite Plate-forme. Autant vous proposer l’intégralité du diagnostic sans complaisance dressé par cet homme d’Etat réputé charismatique. Lisez !

 

«Nous ne pouvons commencer cette allocution, sans adresser nos remerciements au Conseil Supérieur de la Communication du Burkina Faso. Le fait que notre Plate-forme soit née ici, à Ouagadougou, n’est pas le fait du hasard. Même si l’idée est partie d’Abidjan, c’est grâce au Burkina que cela a été concrétisé. Mais, après une période de somnolence, je ne dirai pas de sommeil, mais de somnolence donc, due à plusieurs facteurs, nous voilà à nouveau au Burkina Faso. J’y vois un autre symbole.

L’idée de la Plate-forme, est extrêmement simple. Dans un monde en bouleversement, où les grands ensembles se fissurent, où l’égoïsme, que ça soit au Nord ou Sud, prend le pas sur la nécessaire solidarité, il est indispensable de nous réunir. Par ailleurs, dans la mesure où nous avons eu l’institution que nos problèmes sont communs, nos solutions pourraient être communes. Chacun, les adaptant à son contexte spécifique.

Nous avons pensé également, que grâce à l’intelligence collective de tous les membres, présidents et présidentes, mais aussi leurs collaborateurs, que nous pouvions gagner du temps, en essayant de réfléchir à des thématiques qui sont communes à toutes les instances de régulation. D’abord, en ce qui concerne la régulation elle-même, nous avons coutume de dire qu’avant d’être une technique, c’est d’abord une philosophie. Très souvent, nous pouvons expliquer comment réguler, mais on n’explique pas toujours pourquoi réguler. Ce pourquoi réguler, est, évidemment, d’essence philosophique. Il nous a semblé que l’ensemble des régulateurs de l’espace UEMOA-Guinée, avaient une vision commune. Il s’agissait de se mettre ensemble pour partager cette vision.

Nous avons également à nous confronter au problème de libéralisation dans tout l’espace. Ce qui ne veut pas dire dérégulation, encore moins privatisation. De ce point de vue aussi, il y a des expériences diversifiées. Il n’est pas vain de mettre ensemble ces diverses expériences pour pouvoir avancer. Je sais que le terme de bonnes pratiques, est parfois galvaudé, mais il reste vrai que les expériences au Burkina Faso peuvent donner des idées au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Niger… Il n’existe aucun pays dans notre zone qui soit en retard dans tous les domaines. Chacun de ces pays, a une certaine avance dans un domaine spécifique. Il s’agit donc de regrouper nos forces. Il s’agit de faire en sorte que cela ne soit pas une addition de faiblesses, mais bien évidemment, une création de richesses.

S’agissant de la transition numérique, nous n’allons pas dissimuler le fait que dans nos pays, il y a soit du retard soit même une léthargie profonde. La Plate-forme, peut être l’occasion, là-aussi, de changer et de débloquer cette situation en s’inspirant de ce qui se passe ailleurs.

Il en est de même pour la libéralisation. Certains pays, en libéralisant, ont libéralisé avant que les textes ne soient mis au point. D’autres ont accusé un énorme retard dans ce domaine. Il est donc bon que nous puissions, là-aussi, mettre en commun nos expériences pour aboutir à des modalités optimales de libéralisation.

Il y a, enfin, ce qui constitue le cœur même de notre travail au quotidien. C’est-à-dire une régulation qui soit flexible, vigilante, et qui mette au centre, la nécessité de la liberté d’expression. La régulation sert d’abord à cela. Ce n’est pas un prolongement de la puissance publique dans sa partie régalienne, c’est plutôt une opération qui consiste à faire de la médiation. Le régulateur doit pouvoir faire ce travail de médiation, non pas prolonger les positions des Etats.

Alors, chacun et chacune de nous, a l’impérieux devoir de faire de la pédagogie au sein de son instance, à l’intérieur de son pays. Mais ensemble, je pense que nous serons plus forts pour essayer de tenir compte de nos contextes et de permettre à la régulation dans tout l’espace UEMOA et la Guinée d’atteindre les objectifs. A savoir, non seulement la satisfaction des populations, mais aussi une entente entre la liberté d’expression et la régulation, qui évite l’anarchie.

Voilà en quelques mots, l’objectif essentiel de ce que nous avons eu à faire par le passé, mais qui est une œuvre, évidemment, inachevée.

Nous pensons que la réunion de Ouagadougou, peut être l’occasion d’une nouvelle dynamique. Pace que le moment est venu pour que nous essayions d’aborder les problèmes de façon plus pragmatique. Nous avons eu un élan pour être ensemble, il s’agit maintenant de faire en sorte qu’il n’y ait plus de rupture dans notre volonté d’avancer ensemble.

Je remercie encore une fois le Burkina Faso d’avoir accepté d’abriter cette réunion. Je voudrais féliciter tous nos collaborateurs de l’ensemble des instances. Je voudrais remercier l’ensemble de nos confrères et consœurs de la presse, qui attachent de l’importance à ce que nous faisons.

Pour conclure, je dirais que la réunion de Ouagadougou, a ceci de particulier qu’il y aura un changement de présidence de la Plate-forme, il y aura la désignation d’un nouveau vice-président. Tout cela fait que ce ne sera pas une réunion de routine. Ce sera, véritablement, un nouveau départ. J’ai espoir que nous puissions, comme on l’a toujours fait dans l’espoir et l’harmonie, parvenir à relancer toute cette dynamique. Ce, en essayant même de regarder la répartition des tâches que nous avons faite.

En ce qui concerne le Secrétariat technique permanent, Mme la présidente du CSC du Burkina Faso, a été généreuse en disant que ce Secrétariat a fait ce qu’il avait à faire. Mais du côté du Secrétariat permanent, il y a des choses à améliorer dans son rôle d’information et d’aiguillon. Et nous sommes tous d’accord que soit nous réussissons ensemble, soit nous réussissons ensemble. Parce qu’il n’y a pas d’autre alternative. Donc, sur ce, je nous souhaite une très bonne session à Ouagadougou. Je vous remercie ! »

Propos recueillis à Ouagadougou par

Talibé Barry

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