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Le 28 septembre 2009, Toumba, Dadis, Konaté, Fatou Badiar, AOB…Bah Oury dit tout ! (Interview)

Après l’extradition d’Aboubacar Sidiki Diakité alias Toumba, le débat sur les événements douloureux du 28 septembre 2009 refait surface. A ceci, se greffe le dossier du 19 juillet, une autre affaire juridico-politique pour laquelle madame Fatou Badiar Diallo et d’autres accusés sont en prison depuis plus de cinq ans. Bah Oury, qui a des implications profondes dans toutes ces deux affaires, a accepté d’en parler avec nous dans un entretien qu’il nous a accordé lundi, 13 mars 2017, aux environs de 21 heures.

Lisez !

Mosaiqueguinee.com : Comment percevez-vous l’extradition de Toumba ?

Bah Oury : Comme vous le savez,  j’étais le président de la commission politique des Forces Vives. De ce fait, j’ai été également le président de la commission d’organisation de la manifestation du 28 septembre 2009. Donc à plusieurs titres, je suis directement concerné par tout ce qui tourne autour de cette journée sombre. L’extradition de Monsieur Toumba Diakité, est un grand pas dans la possibilité pour que les juridictions guinéennes puissent organiser le procès. Bien entendu, il faudrait que la sécurité de Monsieur Toumba soit assurée par les autorités compétentes de notre pays. Et ensuite il faut qu’il y ait une équitabilité en ce qui concerne la gestion de toutes les personnes citées. Parce qu’il ne faudrait pas qu’on présente Monsieur Diakité comme étant un bouc émissaire qui porte à lui seul toute la charge de la journée tragique du 28 septembre.

Mosaiqueguinee.com : Vous dites qu’il ne faut pas que Toumba seul porte la charge de ces événements, avant vous il y a Mouctar Diallo, président des NFD, qui ne cesse de dire à l’opinion publique que si des leaders sont sortis la vie sauve, c’est grâce à Toumba. Est ce que tous les deux, vous n’êtes pas en train de le disculper alors que beaucoup pensent qu’il est le nerf de cette affaire ?

Bah Oury : D’abord il ne faudrait pas qu’on juge avant le procès. Qui sont les réels commanditaires  de ce massacre ? Quels sont les rôles des uns et des autres ? Je sais que Monsieur Toumba Diakité était présent au stade et a fait sortir un certain nombre de responsables politiques mais personnellement, Cellou Dalein et moi avons été sortis du stade grâce aux bons offices, si je peux m’exprimer ainsi, du Colonel  Tiegboro. Parce que nous nous étions en arrière et Cellou Dalein était pratiquement évanoui, il a fallu que je le porte, aidé par un de nos maintiens d’ordre, Ablaye 3, pour le sortir de la pelouse et c’est après que j’ai rencontré le colonel Tiegboro qui nous a recueillis dans sa jeep et nous a emmenés au dispensaire du camp Samory Touré. Donc je pense qu’il faut avoir une lucidité dans la gestion de ce dossier.

Mosaiqueguinee.com : Vous avez perdu des militants ce jour, de ce point de vue vous pouvez vous considérez comme étant une victime, est-ce que vous pensez que la Guinée pourra ouvrir un procès içi pour juger cette affaire ?

Bah Oury : Il est de l’intérêt de la Guinée d’avoir le procès içi en Guinée. La justice guinéenne doit, de ce point de vue, apprendre des autres juridictions qui ont jugé des affaires analogues. Dire que la justice guinéenne ne pourra pas, c’est un un aveu de faiblesse, il faut que la justice apprenne, qu’elle fasse la fierté de la Guinée en organisant un procès indépendamment de toute attitude partisane et que ça se passe en conformité avec les principes du droit.

Mosaiqueguinee.com : Après l’extradition de Toumba, êtes-vous en faveur d’un retour du capitaine Moussa Dadis Camara et du Général  Sékouba Konaté à Conakry pour assister au procès ?

Bah Oury : Si on veut un procès équitable, juste et impartial, il va de choix que toutes les personnes impliquées doivent se retrouver à Conakry et pouvoir se défendre, s’exprimer de la manière la plus libre.

Mosaiqueguinee.com : Mais le Général Konaté pourrait brandir son immunité, étant coordinateur de la force en attente de l’Union africaine !

Bah Oury : Vous me posez une question juridique, je ne suis pas expert en la matière mais je pense qu’en ce qui concerne  ce dossier qui est aussi regardé de très près par la communauté internationale, toute personne qui est citée, quelque soit la fonction qu’elle peut avoir tant sur le plan international que national, en principe le fait d’être inculpé dans le cadre d’un crime contre l’humanité, fait sauter de facto, toute immunité.

C’est une question de décision de l’organe qui emploie la personne, qui ne pourra pas se permettre, même si c’est une simple citation, de conserver en l’état quelqu’un qui est accusé d’être partie prenante dans le cadre d’un  crime contre l’humanité.

Mosaiqueguinee.com : Vous qui avez été victime, que demanderiez-vous exactement, est ce seulement la justice ou la réparation après ?

Bah Oury : Moi personnellement, je suis un militant politique. Il y a certains qui ont perdu la vie, d’autres ont perdu des soutiens de leurs familles. Je pense qu’il y a la justice pénale, la vérité, le droit et que les responsabilités soient situées. Mais il y a également pour les victimes, des réparations et des compensations nécessaires pour beaucoup de victimes qui ont pratiquement tout perdu.

Mosaiqueguinee.com : Fatou Badiar, AOB et Jean Guilavogui croupissent encore en prison, avez-vous quelque chose à dire à leur propos ?

Bah Oury : Je suis également concerné par ce dossier. Tout ce que je peux dire, il y a deux voies possibles. Des grâces présidentielles ont été accordées à un certain nombre d’entre nous le 24 décembre 2015 et je dois dire que la question des personnes détenues a été un des sujets que j’avais évoqué avec le Président Alpha Condé lorsqu’on s’était rencontré le 29 octobre 2009 à Paris. C’était un objectif pour moi que toutes les personnes citées dans le cadre de l’affaire du 19 juillet 2011, puissent recouvrer leur liberté et certains d’entre nous sont libres aujourd’hui, il y en a qui ne le sont pas et d’autres sont toujours condamnés par contumace.

Pour revenir à la question, les grâces présidentielles constituent des décisions discrétionnaires du Président de la République par rapport à des cas individuels mais en ce qui concerne le dossier en globalité, il y a la possibilité d’une amnistie.

Il y a des actions qui sont en train d’être menées, des personnes s’activent dans ce sens mais, comme vous le savez, c’est un projet de loi qui doit être présenté à l’Assemblée Nationale. Je ne désespère pas !

Interview réalisée par Thierno Amadou M’Bonet Camara

 

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