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L’ancien Secrétaire Fédéral de l’UPR en Allemagne : «La gestion de l’UPR par les successeurs de Siradiou Diallo est une catastrophe» (Interview)

Ancien collaborateur de Siradiou Diallo, ce compatriote vivant à l’étranger retient de l’homme une attitude républicaine contrairement à l’actuel Président de l’UFDG qu’il juge communautariste et hostil à la contradiction. Bah Ousmane et tous les autres qui gouvernent aujourd’hui l’UPR, selon lui, n’ont pas pu assurer la relève comme il devait dès la disparition du fondateur du parti. A Bah Ousmane d’ailleurs, il reproche d’encourager la dictature et de gérer l’UPR « comme un roi ».  A travers cette interview qu’il a accordée à la rédaction de Mosaiqueguinee.com, il dit tout ce qu’il retient de Siradiou Diallo, de la gestion de l’héritage politique de ce dernier et de ce qui fait la différence entre l’ancien journalistes devenu politicien avant sa mort et d’autres leaders politiques du pays notamment Dalein et Bah Ousmane.

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Mosaiqueguinee.Com : Veuillez vous présenter pour nos lecteurs !

Je suis Alhassane Diallo, ancien Secrétaire Général du Comité National des Jeunes du PRP, responsable adjoint de la commission Jeunesse de la CODEM (Coordination de l’Opposition Démocratique) d’alors et ancien Secrétaire Fédéral de l’UPR en Allemagne. Je suis marié et père de trois enfants et suis établi en République Fédérale d’Allemagne où je préside une fédération de 17 Associations Guinéennes qu’on nomme la FAG-NRW.

Mosaiqueguinee.Com : Comment avez-vous connu Siradiou Diallo ?

Alhassane Diallo : C’est au début des années 90 que j’ai connu Siradiou Diallo. J’étais un jeune étudiant en droit qui admirait ce monument sans l’avoir vu ni jamais écouté. J’ai croisé un jour dans le hall de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry le professeur Hamirou Diallo, je lui ai dit mon aspiration profonde à faire de la politique et cela auprès de Siradiou Diallo qu’il connaissait bien et dont il était l’un des proches collaborateurs. Il a apprécié ma démarche et m’a dit que c’est avec plaisir qu’il me conduirait au siège pour me présenter Siradiou  Diallo. C’est ainsi qu’un vendredi vers 16h, il m’a pris dans sa voiture et nous sommes allés à la rencontre de Siradiou Diallo au siège de son parti à coléyah, qui était en même temps son domicile. Siradiou était assis sur sa terrasse avec quelques cadres de son parti. Ce fut ma première fois de le croiser. Il me l’a présenté. La conversation qui a suivi fut tout simplement merveilleuse. Il était d’une modestie si criarde que ma nervosité vola en éclat après quelques minutes de conversation. Ce fut un très beau moment de ma vie, mais aussi de ma carrière politique.
Mosaiqueguinee.Com : Que retenez-vous de cet homme ?

Alhassane Diallo : Monsieur, Siradiou était avant tout un Guinéen tout court, un patriote, un panafricaniste. Il était un citoyen mondial admiré et respecté. Au-delà de ces qualités incontestées de journaliste éminent qui a brillé à Jeune Afrique et qui ne manquait pas, parfois aussi, de dénoncer cette espèce de journalisme alimentaire qui prévalait en Guinée, il fut un homme politique profondément attaché à la paix sociale et à l’unité des filles et fils de ce beau pays.

Lors des obsèques de Siradiou Diallo, à la mosquée de Labé, l’honorable Aboubacar Somparé déclarait, à juste titre, que s’il n’y a pas eu de guerre civile en Guinée depuis 1993, c’est grâce à Siradiou. Son attachement à la paix et à tout prix, sa perception de l’exercice de la politique sans violence sous un régime violent et antidémocratique lui a valu beaucoup d’incompréhension et d’inimitié. J’avoue que nous étions nombreux, les jeunes de son parti d’alors, qui avions du mal à suivre. Mais Siradiou était inflexible sur ce point. Il disait que s’il lui fallait enjamber les cadavres des Guinéens pour accéder au pouvoir, il préfèrerait renoncer à la politique. Cette phrase et là je vous révèle une confidence, Siradiou l’adressait aussi à certains de ses concurrents politiques d’alors qui, à Paris, convaincus du soutien de la France et des Etats-Unis, ont tout fait pour le convaincre d’accepter de travailler avec eux pour faire partir Conté par la Force. Siradiou n’en voulait pas. Il était ferme là-dessus. Pas de rébellion en Guinée et à son vivant. C’est ainsi que ce projet aux conséquences incalculables a échoué. Ils ne lui en ont jamais pardonné. En tout cas pas à son vivant.
Mosaiqueguinee.Com : Pourquoi n’a-t-il pas eu le pouvoir qu’il a tant cherché,  selon vous ?

Alhassane Diallo : Siradiou n’était pas un obstiné du pouvoir. Vous vous souviendrez qu’Il fut le seul leader politique Guinéen de renom à n’avoir pas effectivement pris effectivement part à une élection présidentielle en Guinée. En 1993, à la veille de l’élection présidentielle, compte tenu de l’ampleur de la fraude programmée et suite à l’accord trouvé chez Facinet Touré entre les principaux acteurs politiques d’alors, il avait invité ses partisans à ne pas se rendre aux urnes boycottant ainsi cette élection, seul. En 1998, il a renoncé à se présenter à l’élection présidentielle au profit du Doyen Bah Mamadou dont il a financé la campagne et a été le directeur de campagne. Siradiou aimait à le dire et nous l’avons cru, il n’a pas créé un parti pour qu’il accède forcément et personnellement au pouvoir, mais pour qu’un jour quelqu’un sorte de ses rangs pour gouverner la Guinée. Sa personne importait peu dans ses pensées politiques. Il y avait de l’éthique et de la déontologie dans ses démarches politiques, dans son combat pour l’instauration de la démocratie dans le pays.

Siradiou n’avait pas eu le pouvoir parce que pour l’avoir contre un pouvoir illégitime, assassin et rétrograde comme celui du Général Lansana Conté d’alors, il fallait la violence, il fallait les événements de 2007 avec des centaines de morts. Ce n’était pas ce que Siradiou voulait.

Mosaiqueguinee.Com : Comment trouvez-vous la gestion de son héritage politique par les actuels leaders de son parti ?

Alhassane Diallo : La gestion de l’UPR par les successeurs de Siradiou Diallo, il faut le reconnaître, est une catastrophe. C’est un échec total. Mon frère, malgré l’ampleur indescriptible de la fraude électorale en 1998, l’UPR est venue en deuxième position avec un peu plus de 26% des suffrages. En 2010 ce parti de Bah Ousmane n’en a obtenu que 0,68%. Dans tous les pays du monde, lorsqu’un leader obtient un tel désaveu, il en tire les conséquences, ou au moins des leçons.

Mais en Guinée, malheureusement, beaucoup de leaders se prennent pour ce qu’Ils ne sont pas et ne veulent même pas être. Ils s’engouffrent dans une logique de perpétuelle contradiction. La démocratie oui, mais pas lorsque je n’en tire pas des avantages politiques directs et personnels.

L’UPR a été transformée en une entreprise personnelle au service de Bah Ousmane, dont il est à la fois le PGD et le président du conseil d’administration, acceptant et encourageant le départ de nombreux amis et fidèles, y compris moi-même, pourvu qu’Il ait sa paix. Il est tout le contraire du grand rassembleur que fut Siradiou Diallo. Dommage !

Mosaiqueguinee.Com : Selon vous qu’est-ce qui différencie Siradiou de Cellou Dalein et de Bah Ousmane ?

Alhassane Diallo : Les qualités intellectuelles, morales, humaines, mais aussi la notoriété internationale constituent des différences fondamentales entre Siradiou et les autres. Mais ce n’est pas tout. Ces deux frères que vous citez se différencient à bien d’autres égards de lui. L’un a soutenu et servi des années durant la mal gouvernance et la dictature pure et dure, traîne à longueur de journée des casseroles jusqu’à ce qu’on en découvre un jour le contenu réel, encourage le repli communautariste pour en tirer un capital politique, musèle la parole au sein de son parti en écartant toutes les voix discordantes et l’autre, il fait de même, soutient les violences répétées des droits et libertés fondamentales des citoyens, encourage la dictature à se constituer et gère aussi son parti comme un roi incontesté et incontestable.

Siradiou, au contraire, n’a jamais accepté la compromission avec les dictatures. Il était certes un homme de la real politique, mais a combattu toutes les dictatures en Guinée. Il  était un leader qui écoute, qui tolère et qui mobilise.

Il était, et je le dis en ambages, la personnification de l’espoir de notre République. Il incarnait à la fois le rassemblement et la coexistence pacifique entre les Guinéens au-delà de leurs différences.

Mosaiqueguinee.Com : Quel message avez-vous ?

Alhassane Diallo : J’ose espérer que toutes ces agitations actuelles seront anéanties en 2020 par la jeunesse de cette République qui saura se lever, déjouer les pronostics, changer le système qui perdure depuis des décennies et imposer l’alternance générationnelle au sein de la classe politique en vue d’assurer la bonne gouvernance, le bien et le mieux-être des guinéens.

Siradiou n’en sera que très heureux !

Je vous remercie.

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