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Tribune : Faisons l’effort de voir plus loin… (Par Moustapha Naité)

Lorsque vous héritez et que vous avez la charge de construire sur une parcelle familiale avec pour finalités de permettre à d’autres générations de la famille de construire d’autres appartements sur le vôtre, votre devoir ultime, c’est de bâtir des fondements, une structure et une fondation solides. Sans cela, rien de sérieux ne pourra être bâti à votre suite. C’est l’image qui me semble la plus simple pour expliquer ce que l’on devrait exiger de la gouvernance du Professeur Alpha Condé ; de ce qu’est la vision du Professeur Alpha Condé.

Nous sommes tous d’accord pour le dire. Tout n’est pas rose dans notre pays. Du panier de la ménagère, des difficultés des jeunes à s’insérer socio économiquement, de la protection sociale, du ressenti de ne pas appartenir à la même nation, du ressentiment d’exclusion des uns, des injustices de toutes sortes pour les autres…, le citoyen guinéen est en plein droit de demander des comptes et d’exiger un mieux-être.

Oui, tout n’est pas rose. Le reconnaître est indispensable pour comprendre la vision dont notre pays a besoin. La Guinée n’est certes pas un paradis. Mais la Guinée n’est pas un enfer. Ne pas l’admettre est une économie de vérités qui nous empêcherait d’aller loin dans ce que nous devons penser pour notre pays.

« La Guinée est pressée… ». Cette phrase du Président de la République mérite une réflexion que chaque Guinéen devrait faire : quelle vision devrait incarner toute gouvernance dans notre pays depuis 2010 ?

Je veux partager ma part de compréhension à travers cette tribune que je veux simple et sans langue de bois.

D’où venons-nous ?

Depuis le 02 octobre 1958, nous avons eu, à mon avis, 3 types de visions qui ont sous-tendu toutes les gouvernances de notre pays.

Nous avons eu la gouvernance qui, pendant plus de deux décennies, a fait l’exemple par l’idéologie. Cette vision se résume en cette célèbre phrase que des générations entières ont érigée en maxime : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage ».

Vint ensuite la gouvernance dont la vision était la sauvegarde – au prix de tout et donc de l’essentiel – de la paix et de l’entente inter-ethnique. Le Chef ne faisait Chef que par l’entente et l’équilibre de son peuple.

Enfin, nous avons été, pendant une période courte mais intense, sous un régime d’exception en termes de dirigeants, de méthodes de gouvernement et de vision. Toutefois, cette période nous a permis d’aller vers le renouveau démocratique, en dépit de tout et des insuffisances.

Depuis 2010, la Guinée essaie de retrouver ses attributs de Nation, d’Etat et de pays « normal ».

Dès lors, apparait comme prioritaire et exigence la quête d’un bien-être social pour chaque Guinéen. Les besoins sont nombreux.  Le peuple attend impatiemment de bénéficier des retombées de l’avènement d’une démocratie plus ou moins pleine et entière. Il est demandé aux nouveaux gouvernants de trouver les solutions et de répondre aux nombreux besoins, pour chacun et pour tous et tout de suite. En toute légitimité, dirons-nous !

L’énergie, les infrastructures, l’emploi, le panier de la ménagère, la santé, l’éducation, le cadre de vie, l’espoir et la confiance dans l’Etat, la protection des plus faibles etc. En 8 ou 10 ans, on exige des nouveaux dirigeants de rattraper le retard de près de 60 ans.

Mais, nous oublions l’essentiel. Les préalables. Ce qu’il y a à faire avant.

Oui, le développement d’un pays nécessite des préalables forts. Ce sont les fondamentaux, les bases solides. Ce que notre pays n’avait plus. Sans ces fondamentaux, ces bases solides, aucun développement, aucune gouvernance ne peut apporter l’essentiel aux populations dans la durée; sauf opérer une navigation à vue et offrir des solutions éphémères, palliatives. C’est aussi un choix de gouvernance.

Ces fondamentaux, ces bases solides doivent faire partie intégrante d’une vision. C’est, à mon humble avis, ce à quoi le régime du Professeur Alpha Condé devrait, doit et est en train de s’atteler. Ou d’ailleurs, ce à quoi, toute gouvernance soucieuse du futur de notre pays devrait engager comme missions prioritaires. Bâtir les fondements pour permettre une construction solide et durable du futur.

Un préalable indispensable : Etablir les bases d’une démocratie et d’un Etat de droit.

Au-delà des intrigues et avantages politiques que l’on pourrait déduire à première analyse, les différents rapprochements entre les acteurs et leaders politiques, les compromis faits avec les uns et les autres, les discussions permanentes avec les forces vives de la Nation, participent des conditions d’une stabilité sociopolitique absolument nécessaire.  

La forte volonté pour la tenue des élections à bonnes dates, les réformes structurelles et la bonne cohabitation des institutions, les réformes des forces de sécurité et de défense qui ont engendré un comportement républicain de la « Grande muette », le dialogue social permanent, la liberté de presse (multiplication des sites d’infos, émissions radio tv sans censure avec liberté de ton et de parole etc.), le statut du Chef de file de l’opposition, la liberté de manifester… sont autant de signaux forts pour la mise en place d’un Etat de droit et de liberté ; d’une démocratie apaisée.

Oui, il y a encore du chemin. Mais, c’est déjà de grands pas vers une vision qui se veut le socle du développement d’une Nation et d’un Etat de droit.

Faire la « sale besogne » : Mettre en place les bases macroéconomiques et bâtir les fondements d’un Etat.

En 2010, à l’avènement du régime d’Alpha Condé, nous avions un taux de croissance à 1,9%. De cette période à l’épidémie d’Ebola, la Guinée oscillait autour d’un taux de croissance de 5%. Avec la traversée des deux années d’épidémie Ebola, elle a chuté à 0,1%. Pour 2017, une prévision est annoncée par toutes les instances autour de 4,4%. Même si elle montre les efforts considérables fournis pour une relance, la croissance inclusive souhaitée reste un défi.

Pour le citoyen lambda, il est difficile de l’admettre. Chose normale car sa première préoccupation reste la satisfaction de ses besoins au quotidien. Pendant qu’il a du mal à manger 3 repas par jour ou à se soigner sereinement, il est quasi inhumain de lui demander de comprendre qu’un Etat doit disposer de fondements.

Mais nous devons reconnaitre les efforts qui sont faits pour que notre pays respire à nouveau. Les indicateurs macroéconomiques reviennent à de meilleurs niveaux. L’atteinte du PPTE, les différents passages des Institutions de Bretton Woods et les satisfactions obtenues à la suite de la revue du FMI, les améliorations au Doing Business, les réformes structurelles du Budget et des instruments économiques, de la Banque Centrale, du monde des affaires apportent peu à peu une stabilité monétaire et des indicateurs macroéconomiques stables.

Peu de citoyens – c’est normal – ignorent les difficultés pour un « nouvel » Etat comme le nôtre de bénéficier des possibilités de prêts et des disponibilités de fonds d’investissements de nouveaux types.

Savons-nous par exemple que notre pays est toujours traité comme un « Etat à risques » ?

Cet état de choses n’est pas imputable et ne saurait être imputé au régime du Professeur Alpha Condé.

Au contraire, tel un numéro 6 dans une équipe de football, la Gouvernance du Professeur Alpha Condé fait le « sale boulot ».

Au prix de l’impopularité, l’objectif prioritaire et la vision même du Président de la République résident dans la nécessité de restaurer les bases et les fondements macro à notre pays.

Les nombreuses réformes macroéconomiques, sur les investissements, sur le Partenariat Public Privé, sur les recettes de l’Etat, sur les douanes, dans le secteur minier, portuaires etc., toutes ces réformes, en même temps qu’elles créent de l’austérité et donnent l’impression au citoyen que tout va mal, contribuent à poser les bases et à donner à la Guinée de demain une chance de survie.

Le choix aurait pu être fait d’aller vers une gouvernance populiste. Où on opte pour l’abandon des soubassements au profit de la planche à billets, l’économie non structurée, le cash qui coule à flots dans le coffre-arrière des voitures, une ère de consommation abondante construite sur du sable. Notre pays en aurait eu à payer. Au lieu de sacrifier une génération, ce sont de nombreuses générations qui auraient été sacrifiées.

C’est un long combat. C’est un choix politique fort.  Y arriver, c’est ce que nous devons tous souhaiter.

 

Un frémissement factuel… 

Il n’est certainement pas – et de bonne foi – important pour le citoyen lambda de percevoir le frémissement qui naît et les fruits de cette vision qui commencent par murir. Il est aussi difficile pour lui de reconnaitre ces avancées, parce que le contenu de son assiette n’a pas encore changé.

Mais la réalité est là. Notre pays est devenu fréquentable, en dépit même des incidences désastreuses et des conséquences extraordinaires de l’épidémie Ebola que bon nombre semblent analyser comme une simple conjoncture sanitaire. Il ne suffit pas de dire « Ebola est derrière nous » et de balayer d’un revers de la main deux ans d’épidémie qui ont mis notre pays à genoux. (Je rappelle que nous étions à 0,1% de croissance de PIB en 2015 au cœur de l’épidémie et que nous serons à 4,4 en 2017). Le nier serait intellectuellement et politiquement peu constructif.

Désormais, un opérateur économique – pour un rendez-vous d’affaires – ou un touriste ou encore tout simplement un simple étranger peut programmer venir en Guinée et en repartir sans grandes contraintes d’agenda et de planning. Les compagnies aériennes sont de plus en plus nombreuses. Les activités aéroportuaires redeviennent florissantes. Les ports régionaux pour le secteur minier retrouvent vie avec la confiance des compagnies minières. De nombreuses chaines hôtelières sont aujourd’hui en Guinée avec la construction de grands réceptifs hôteliers. De nouvelles banques s’installent. De grands projets agricoles pour la sécurité alimentaire…

Les nombreuses réformes économiques et dans le monde des affaires apportent moins de contraintes mais plus de flexibilité, plus de facilitations aux investisseurs nationaux et étrangers. La tendance de la croissance du PIB restera positive grâce au retour massif des investisseurs et surtout aux projets d’envergure initiés par le Gouvernement.

La sécurisation des recettes publiques permet de croire à de meilleurs investissements publics. Le développement des infrastructures de télécommunication avec la 2ème fibre optique déployée offre de nouvelles possibilités d’investir sur de nouvelles niches dans le secteur de l’économie numérique.

Regardons plus loin. Kaléta produit aujourd’hui de l’électricité. Bientôt Souapiti. Un troisième barrage est en projection. Ces lourds investissements sont de gros sacrifices pour notre génération. Mais, demain, les futurs gouvernants pourront tranquillement penser à construire des industries, parce que l’énergie pour les faire tourner sera abondante. C’est aussi un exemple concret de cette vision du Professeur Alpha Condé que j’essaie de partager. Rendre possible le futur, car le présent est bâti sur du solide au prix d’un sacrifice.  

La Présidence guinéenne de l’Union Africaine devrait nous faire accepter que le pays renoue aussi avec les fondamentaux d’un Etat normal, d’un Etat qui retrouve un rang au plan international. Le ballet des personnalités et des rencontres internationales qui se multiplient chez nous en disent long.

Le climat est donc favorable à nouveau. Et il n’est que la résultante d’une vision claire du Président de la République.

La vision peut paraitre floue pour certains, politiquement ou intellectuellement,  mais elle est là. Elle devrait guider nos analyses pour préserver ces acquis et nous éviter, encore une fois, de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Malgré les troubles, les manifestations sociales et politiques conjoncturelles, notre pays redore un nouveau blason, une nouvelle étiquette, une bonne étiquette. C’est aussi une conséquence de la mise en place de fondamentaux.

Une vision qui révèle le potentiel…

Je me permets d’aller plus loin, pour affirmer que cette vision du Professeur Alpha Condé de créer, avant tout, des bases solides pour notre pays, a permis également de révéler davantage au Guinéen lambda tout le potentiel de notre pays. Je suis convaincu que désormais chaque Guinéen sait de quoi son pays est capable ; chaque Guinéen est conscient du potentiel extraordinaire que le pays peut développer.

Dans tous les cas, le potentiel de notre pays est là. Nous devons construire les bases nécessaires, pour que ce potentiel soit réalisé dans toutes ses capacités. Si ce n’est maintenant, ce sera demain. Nous devons y croire, car je pense que le Guinéen doit désormais s’interdire de choisir la liberté dans la pauvreté.

C’est pourquoi, je pense qu’il urge pour les objecteurs de conscience, les intellectuels, les leaders sociopolitiques, les élites, de redonner espoir en notre pays. Redonner espoir en notre pays, c’est voir plus loin que les intrigues politiques. Redonner espoir en notre pays, c’est voir plus loin que les conjonctures et les difficultés socioéconomiques du quotidien. Redonner espoir en notre pays, c’est admettre ce sacrifice pour un futur radieux.

Nous avons l’obligation voire le devoir absolu de garder et de maintenir cette dynamique, afin que notre pays se dote de fondamentaux et d’une base solide pour le futur.

Mettre en lumière ces efforts et cette dynamique qui, in fine, offriront cette base solide au pays et pour les gouvernances futures ne devrait souffrir d’aucune collusion politique, ou ne signifie en aucun cas applaudir benoitement la gouvernance Alpha Condé.

Il est essentiel que le peuple comprenne cette vision, pas parce qu’il s’agit de la personne d’Alpha Condé, mais parce que le pays nous appelle à cette responsabilité intellectuelle et politique.

C’est James Freeman Clarke qui disait : « Un politicien pense à la prochaine élection. L’homme d’Etat, à la prochaine génération. » 

C’est ma part de réflexion, que je partage avec vous.  

Humblement.

Moustapha Naïté

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