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Les Partis politiques guinéens, des entreprises qui tâtonnent et se cherchent (Par Kabiné Fofana)

C’est à la faveur de l’avènement des militaires au pouvoir en  avril 1984, que la Guinée a connu le multipartisme.  Dans la foulée, une loi fondamentale a été adoptée par référendum en décembre 1990.

La loi fondamentale guinéenne reconnait les libertés individuelles et donne la possibilité aux citoyens de se constituer en groupes politiques, syndicaux et sociaux. Ce qui rime bien évidemment avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966.

C’est dire que depuis près de trois décennies, des formations politiques se créent, disparaissent  et se constituent au gré du contexte politique et des intérêts des acteurs.

Un cycle bien inhérent à la  vie des partis politiques. Ainsi, le Parti Démocratique de Guinée, le Parti de l’Unité et du Progrès et le Rassemblement du Peuple de Guinée, ont porté au pouvoir des présidents.

Cela pourrait sembler un bon score aux yeux d’un observateur qui méconnait l’histoire politique guinéenne en considérant que les mandats présidentiels sont de cinq ans. Mais dans les faits, cela est tout autre.

Il faut dire que les perceptions des Guinéens des partis politiques sont très contrastées.

D’une part, ces partis ont vus comme des entités indispensables à la consolidation de notre jeune démocratie.

De l’autre, ils concentrent les critiques de maints observateurs qui les accusent d’être à l’origine de l’exacerbation des fractures identitaires et ethniques.

Pour tout dire,  les formations politiques guinéennes ressembleraient, à certains égards, à des agences qui vivent en hibernation, ne se bougeant qu’en périodes de consultations  électorales.

Par conséquent, nombre de partis sont foncièrement coupés des réalités et des besoins  dynamiques des citoyens.

Rares sont parmi eux, ceux qui proposent des programmes de gouvernance  crédibles, prenant en compte les besoins fondamentaux des populations…

Certains discours politiques sont lacunaires, frisant parfois la vulgarité et l’extravagance.  

Par conséquent, cette malheureuse réalité participe à la distraction de l’opinion publique et ne permet pas la critique des actions publiques et le suivi des progrès et des  promesses de campagne.

Que dire de l’inertie des organes intermédiaires que sont les Organisations de la société civile et les médias, à leur tour, gravement aveuglés par les fables politiques et considérés à tort ou raison, comme corrompus.

Le fonctionnement des partis  politiques en Guinée pose de graves problèmes de transparence et démocratie.

Combien de nos partis politiques ont en leur sein  l’équivalent d’un gouvernement, ce qu’on appellerait en France, le cabinet fantôme qui suit au pas l’action du gouvernement ?

Combien tiennent des  conventions pour faire de la promotion de nouveaux leaders ?  Ils ne sont pas des démocrates. C’est un euphémisme.

Ces manquements combien rédhibitoires sont  la conséquence du faible niveau d’éducation des militants qui se laissent souvent séduire par des propos aux relents sectaires et belliqueux.

Les assemblées générales  des partis, les fins de semaine, sont le réceptacle d’invectives et de balivernes.

Depuis de nombreuses années, les principales forces  politiques n’ont connu que les mêmes leaders, à la fois  omnipotents et omniscients à l’image du Président – fondateur  de la République très, très démocratique de Gondouana (de Mamane de RFI).

Ils décident de tout et règnent de facto en seigneur de guerre. Ce qui explique l’état de décrépitude de ceux-ci et par-delà, de notre démocratie.

Les formations politiques, pour réussir le pari de l’excellence, devront résolument  se moderniser, se comporter en entreprises de service de droit privé pour être à même de produire des discours politiques  cohérents  et des actions répondant  efficacement  aux attentes des populations.

Kabiné Fofana, politologue

 

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