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Chef de file d’opposition : Une grosse boule d’akassas qu’il faut consommer avec modération ! (Par Habib Marouane)

Le statut du chef de file d’opposition est une incommodité dans un régime de type présidentiel ou présidentialiste. C’est une culture politique anglo-saxonne.

L’institutionnalisation de ce poste dans l’espace francophone est d’un sens tranchant et à des conséquences très énormes pour une opposition qui se veut efficace et responsable.

La quasi-totalité des démocraties naissantes en Afrique de l’ouest, souffrent d’un manque d’adhésion de la majorité des populations vis-à-vis des différents chefs d’Etats nouvellement élus ou réélus.

Face aux instabilités en constance sur le continent, les pouvoirs établis ont adopté la stratégie du ‘‘chef de file’’ pour rendre l’opposition moins redoutable. Les émoluments et autres avantages y afférant sont d’une extrême signification. L’Afrique, c’est la politique du ventre.

Il faut mettre l’appât au goût du poisson. Facilement, il va mordre l’hameçon.

La cohabitation politique apaisée et continue est importante. Mais, sur un continent où le jeu démocratique et l’alternance politique se font dans une  brutalité sanglante ou meurtrière, il faut cependant craindre fort quant à l’efficacité d’une opposition accommodante qui mange le même plat dans une même assiette avec les pouvoirs publics.

Le chef de file d’opposition symbole d’une mafia politique ou de business-clans ?

L’on assiste désormais à une mafia politique institutionnalisée faite par des clans qui se disputent le sommeil de l’État mais aussi à une «répartition intelligente» des fonds publics entre des bandits à cols blancs. Les ressources du pays sont dilapidées en commun accord avec les politiques sans aucune règle de morale économique.

La dangerosité dans une telle aventure ?

Les pays qui  tentent l’expérience du chef de file, connaissent ou traversent une crise profonde au sein de leur opposition, artificiellement créée par les pouvoirs publics.

L’opposition, dans ces pays, se fragmente et se fragilise davantage. La faible unité et le manque de confiance qui existaient entre ces partis éclatent du jour au jour. Ce qui laisse perplexe plus d’un quant à l’avenir d’une opposition assez tenace et qui pourrait ébranler les politiques face aux dérives sur le continent.

Un piège que l’on pourrait éviter ? Et comment s’y prendre ?

Avec le statut du ‘‘chef de file’’ adopté par de nombreux États de la sous-région malgré son caractère incompatible au modèle de régime en cours, l’institution doit pouvoir s’affirmer en toute indépendance.

Le budget alloué au fonctionnement du chef de file doit tenir compte des spécificités de toute l’opposition, voire s’étendre vers la société civile. Cela passe nécessairement par la création des commissions très représentatives en son sein.

Une commission incluant essentiellement les partis d’opposition ayant chacun des députés. Une autre, composée uniquement des partis extraparlementaires avec les plateformes les plus représentatives de la société civile. Mais que chaque entité soit représentée par le principal leader.

Ainsi, le chef de file aura créé son Cabinet avec beaucoup plus d’intelligence. Cela lui permettra non seulement d’éviter l’éclatement de la file tout en gardant son unité et, la coordination des activités sera plus facile et très pacifique.

L’autre avantage, il sera craint par le pouvoir et saura mieux influencer d’une manière ou d’une autre les politiques publiques. Mais, aller tout seul face à des pouvoirs qui gagnent de plus en plus de côtes de popularité, ce serait une démarche suicidaire.

Que faut-il craindre dans ces démocraties sans contre-pouvoirs réels ?

À l’allure où vont les choses, l’on risque de se retrouver dans des sociétés anarchistes où tout le monde est contre tous. L’on s’éloignera de l’essentiel et les règlements de compte seront érigés en programme de société des partis. Les structures de l’État seront défaillantes et la corruption affectera le cœur de l’État.

Que doit faire l’État ?

Ce n’est pas en cassant la gueule à  son opposition qu’on deviendra fort. Pour la vitalité de la démocratie, mais aussi pour sa beauté, la diversité d’opinions dans l’adversité est un facteur impératif.

Un pouvoir sans contre nous fera vivre la tyrannie ou la jungle. Son efficacité dépendra du nombre de critiques et d’oppositions. Une opposition à la gueule cassée vit dans un pouvoir au visage froissé.

La société doit-elle craindre pour son avenir avec l’absence des contre-pouvoirs dignes ?

Dans de l’esprit des lois de Charles Montesquieu, l’accent est mis sur le principe de la séparation des pouvoirs. Vivre tous avec le même pamphlet et cadence est d’une extrême gravité.

La société ne doit pas être une bergerie qui obéit uniquement au commandement d’un pâtre. Il faut imposer le contrat social. La garantie du mieux vivre dans l’ordre réside dans le respect de l’éthique sociale.

Pour terminer, un chef de file n’existe que quand la file suit. Par gourmandise, ne coupez pas le cordon ombilical avec les vôtres. À vous autres, si ça fâche, tuez la loi mais pas Cellou Dalein Diallo. D’ailleurs, silence, ça parle trop !

Par Habib Marouane Kamara.

 

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