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Recensement du patrimoine immobilier de l’Etat : «Nous allons faire en sorte que personne ne soit brimé !» (Interview exclusive)

Mohamed Lamine Yayo

Opération normale ou campagne visant à régler des comptes ? C’est la question que beaucoup se posent après la mise en place mercredi d’une commission chargée de recenser le patrimoine immobilier de l’Etat. Pour en savoir davantage, la redaction de Mosaiqueguinee.Com a tendu son micro à Mohamed Lamine Yayo, Directeur Général du patrimoine bâti public.

Lisez !

Mosaiqueguinee.com : Expliquez-nous d’abord pourquoi c’est seulement maintenant que vous engagez cette campagne ?

Mohamed Lamine Yayo: Il y a eu déjà des campagnes de recensement du fichier, mais elles se sont soldées par un goût amer d’inachevé. Puisque la règle d’or de l’administration c’est la continuité, ce que mes prédécesseurs ont fait constitue déjà un socle, un acquis que nous devons renforcer. C’est pourquoi, au nom de l’action publique, nous ferons en sorte que ce travail puisse être relancé grâce à une volonté politique affichée.

Les acquis de mes prédécesseurs sont indéniables, mais il fallait aller jusqu’au bout, faire en sorte que le domaine de l’immobilier bâti de l’Etat, qui concerne le patrimoine national, soit assaini et que tous les manquements, toutes les dépossessions qu’il y a eu en la matière, que l’Etat soit en même de récupérer tous ses biens.

Mosaiqueguinee.com : Comment allez-vous vous y mettre, allez-vous mettre à contribution les hommes du Colonel Tiegboro si d’aventure vous vous heurtez à des particuliers qui accaparent les biens de l’Etat ?

Mohamed Lamine Yayo: Nous avons des supports réglementaires dont entre autres, des textes administratifs qui sont des décrets, des ordonnances… Nous avons les réglementations judiciaire et administrative. Nous mettons donc en combinaison tous ces supports qu’on a pour ne pas que certains pensent que c’est dirigé contre un groupe d’hommes.

Mosaiqueguinee.com : A ce niveau justement, quelle assurance donneriez-vous à ceux qui pensent que c’est une campagne qui vise à régler des comptes ?

Mohamed Lamine Yayo: Les immobiliers bâtis de l’Etat sont connus et immatriculés.  Nous allons faire en sorte que l’opération gigantesque, qui va sillonner tout le pays, puisse prendre en compte  tout ce qui était dans l’escarcelle du patrimoine bâti public.

A l’accession de la Guinée à l’indépendance, nous avons hérité de tout ce qui était dans l’escarcelle du patrimoine bâti public de l’Etat, laissé par la colonisation.

A l’arrivée du Président valéry Giscard d’estaing,  en Guinée le 26 janvier 1977, il y a eu ce qu’on appelle le règlement à l’amiable du contentieux Franco-Guinéen. A la faveur de ce règlement, la Guinée a bénéficié de tout ce que la France a laissé. Il y a des aires foncières, les plantations héritées de la colonisation, les bâtiments coloniaux…

Au-delà de ça, quand par exemple quelqu’un est atteint de démence, il n’est plus en possession de ses facultés,  l’Etat lui préserve en mettant ce qu’il a dans l’escarcelle du patrimoine de l’Etat et essaie de régler cela sur le plan judiciaire.

Il y a ce qu’on appelle les bâtiments sous séquestre. Quand un projet fait des bâtiments en faveur des Guinéens ou pour les expatriés y travaillant, quand ce projet arrive à expiration,  lesdits bâtiments retombent dans le patrimoine bâti. Il y a les dons et legs, fruits de la coopération. Les saisies d’ordre économique suite à des faits de détournement, tombent dans le patrimoine bâti public. Il y a aussi les domaines maritimes publics et les réserves foncières.

Mosaiqueguinee.com : Comment allez-vous gérer le cas des Hauts cadres qui ont acheté des domaines de l’Etat ? Il y a un cas typique qui a fait bruit, c’est celui de l’ancien Premier ministre, Sidya Touré.

Mohamed Lamine Yayo: Pour avoir accès à un bien de l’Etat, il y a des procédures légales. Un cadre qui a respecté toutes les procédures, qui est parti au trésor public, en fonction de la valeur fiduciaire du bâtiment pour lequel il est postulant, s’il paie au trésor public selon la volonté de l’autorité administrative, on lui libère une quittance libératoire, il a respecté toutes les procédures administratives et juridiques, ça devient une propriété privée.

Nous avons indiqué dans le communiqué No3 tous les documents que les gens doivent exhiber devant la commission. Il y a les copies des contrats de location ou les copies de baux commerciaux, les copies des baux  en concession, les copies des décrets, arrêtés ou décrets d’attribution ou tout autre document justificatif.

Nous ferons en sorte que le bon droit soit dit. Le bon droit c’est aussi le respect des engagements de l’Etat vis-à-vis des privés, qu’on ne brime personne. C’est pourquoi dans nos différents communiqués, nous avons dit que nous allons faire en sorte que notre démarche soit empreinte d’impartialité, de justice. Quand c’est c’est le cas, quand personne ne se sentira brimé, il n’y aura pas de réclamation.

Mosaiqueguinee.com :Pouvez-vous revenir pour nous sur la composition de cette commission ?

Mohamed Lamine Yayo: La présidence est assurée par le ministre Directeur de cabinet de la Présidence, la première vice-présidence est assurée par le ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire et la deuxième vice-présidence est assurée par le patrimoine bâti public.

Au-delà de cela, nous avons recruté des personnes ressources, des anciens Directeurs du patrimoine bâti, des anciens cadres au niveau de l’administration foncière, de la justice dont la bonne probité morale est reconnue.

A suivre…!

Interview réalisée par Thierno Amadou M’Bonet Camara

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