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Emeutes de Kamsar : Entretien exclusif avec Kémoko Touré, ancien DG de la CBG

Kémoko Touré, ancien DG de la CBG

Depuis jeudi soir, la sous-préfecture de Kamsar, qui abrite une partie des activités de la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG),  est le théâtre de manifestations violentes. Des jeunes  protestent essentiellement contre le manque de courant électrique et d’eau potable.

En entretien avec un journaliste de Mosaiqueguinee.com à son domicile de Conakry, Kémoko Touré, ancien Directeur Général de la CBG, et qui avait réussi à mettre en place un dispositif relativement satisfaisant de fourniture de courant électrique  aux populations riveraines, donne une lecture édifiante de cette situation.

Lisez !

Mosaiqueguinee.Com: Des jeunes de Kamsar  sont decendus dans la rue parce qu’ils manquent d’eau et d’électricité, vous qui êtes l’un des témoins de l’histoire récente de Kamsar pour avoir été Directeur de la CBG, comment avez-vous appris cette nouvelle ?

Kémoko Touré : Quand on a dirigé une société pendant quatre ans, même si on ne cherche pas à s’informer, il y a toujours parfois quelques personnes qui vous appellent lorsque des problèmes se posent autour de cette société. J’ai eu quelques appels téléphoniques de travailleurs ou d’anciens travailleurs de la CBG qui m’ont informé qu’il y avait des troubles à Kamsar.

Mosaiqueguinee.Com: Dites-nous comment avez-vous réussi à éviter de telles manifestations pour réclamer l’électricité, lorsque vous étiez DG de la CBG ?

Kémoko Touré : Quand on parle de Kamsar ou de Sangaredi, il faut savoir qu’il y a deux Kamsar et deux Sangaredi. C’est-à-dire qu’il y a Kamsar-Cité où résident les travailleurs de CBG et de l’ANAIM pour la plupart. C’est la même chose à sangaredi.

A la cité, la CBG se fait une obligation contractuelle de mettre l’eau et l’électricité à la disposition des salariés. En revanche, à côté de ces cités, se sont développées des véritables villes, des villes très importantes. Imaginez par exemple qu’au moment où on construisait les installations à Kamsar, entre 1963 et 1973, Kamsar comptait à peine 7 à 8 mille habitants. Aujourd’hui, y compris la Cité, Kamsar compte près de 370 mille habitants dont maximum 30 mille à la Cité. Vous voyez, ça fait 340 mille autour de la Cité. Sangaredi, qui comptait quelques bergers, aujourd’hui vous y avez autour de 150 mille habitants.

Donc voyez un petit peu le développement faramineux qui a eu lieu autour de ces Cités minières et qui pose réellement un problème dans la mesure où ces villes doivent être traitées par l’Etat guinéen comme des véritables grandes villes. Il y a aussi une confusion qui se fait entre la société CBG et l’Etat guinéen en ce qui concerne le rôle de chacun.

Comment ai-je fait pendant que j’y étais ?

J’ai fait le constat que ces villages  autour, n’avaient pas une attention particulière de l’Etat. Mais comme la CBG exploitait à côté de toute cette population, nous devions prendre des mesures pour que la population comprenne que la CBG fait un minimum, puisqu’elle a beaucoup fait depuis sa création mais ce n’est pas trop perceptible dans la mesure où la population a beaucoup grossi, c’est difficile de la satisfaire complètement.  J’ai d’abord observé que les jeunes dans ces villages n’avaient pas tous du travail possible à la CBG.

J’ai enlevé une partie des subventions qui devaient être adressées aux collectivités pour prêter de l’argent à ces jeunes afin qu’ils créent des entreprises. Les premiers créateurs, qui étaient des meneurs de troubles à Sangarédi et à Kamsar, ont développé de véritables emplois. A mon départ, il y avait au moins 7 sociétés en place, qui avaient 300 emplois directs et au total 800 emplois. Cela a atténué un petit peu les frustrations des jeunes.

J’ai clairement expliqué, avec beaucoup de pédagogie, que la CBG n’avait pas vocation à alimenter la totalité de la population en eau et en électricité. Il y a un certain volume d’eau, qui est gratuitement mis à leur disposition par CBG, aussi bien à Kamsar qu’à Sangaredi.

S’agissant de l’électricité, j’ai fait comprendre que même si nous ne pouvions pas fournir l’électricité de manière régulière, dans les périodes comme le mois de Ramadan, les fêtes de Tabaski, à l’occasion de grands événements sportifs, j’avais demandé et obtenu du Conseil d’Administration de la CBG, le principe d’assister les populations, pour atténuer leurs souffrances. C’est ainsi qu’à chaque mois de Ramadan par exemple, nous fournissions l’électricité à partir de la CBG, de 18H à minuit et le matin de 5 H à 7H.

Ensuite, il y a eu un contrat qui avait été signé entre la CBG et l’Etat guinéen, avec l’intervention de M. le Président de la République. Ce contrat permettait à la CBG de remettre les groupes de la centrale qu’elle avait installée déjà une dizaine d’années avant, et de les maintenir. Cela avait pour but d’alimenter les 340 mille habitants autour de la Cité, et c’est ce que la CGB a fait.

Nous exploitions nous-mêmes la centrale et nous devions  facturer l’Etat le carburant et la maintenance, en attendant que l’Etat trouve une solution définitive, soit par EDG ou par un opérateur pour alimenter la population, moyennant un paiement bien sûr.

Je rappelle que la population n’a jamais refusé de payer, il y a un opérateur qui était intervenu là-bas mais ça n’avait pas marché parce qu’il n’avait pas de solidité financière, et l’Etat n’avait pas apporté la contribution financière qu’il fallait. La population avait accepté les compteurs prépayés et cela avait marché pendant plus  de 6 mois.

Mosaiqueguinee.Com: Comment comprenez-vous que ce système que vous avez laissé en place se soit effondré en si peu de temps après votre départ ?

Kémoko Touré : Là, je ne peux faire que des conjectures ! Ce que je sais, c’est que pendant tout mon mandat à la CBG, j’ai passé beaucoup de temps à lutter contre les vols, les détournements de carburant mais aussi des tendances toujours à profiter de la moindre mise à disposition de carburant que l’on pouvait faire. Donc je ne serais pas étonné qu’il y ait eu négligence ou en tout cas peut être des malveillances dans l’utilisation du carburant dans la centrale. Peut être aussi que les groupes n’ont pas continué à être entretenus comme il fallait. Je ne sais pas si en revanche le contrat signé avec l’Etat est toujours en cours. Comme je n’ai pas tous les éléments, je ne peux émettre que des hypothèses.

Mosaiqueguinee.Com: Qu’est ce qu’il faut ?

Kémoko Touré : Je pense qu’il faut trouver une solution beaucoup plus pérenne. Il faut aussi savoir anticiper sur la colère de la population. C’est vrai que les choses ne sont pas faciles parce qu’il  y a une question d’argent, mais en revanche, si on a un véritable projet fiable que l’on va expliquer à la population et que l’on commence à mettre en oeuvre de manière crédible… Les gens ont déjà attendu plusieurs dizaines d’années, il pourront attendre peut être un an pour que les choses se mettent en place de manière correcte, d’autant plus qu’ils sont prêts à l’action citoyenne qui consiste à payer.

A suivre la suite de cette grande interview !

Interview réalisée par Thierno Amadou M’Bonet Camara

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