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Patrimoine Bâti : «Nous voulons étoffer l’escarcelle du patrimoine immobilier public», dixit Mohamed Lamine Yayo

M. Mohamed Lamine Yayo DG Patrimoine Bâti Public de l’Etat

En plus de l’incompréhension générale du rôle et des missions de la Direction Générale du Patrimoine Bâti Public, la portée de la campagne d’assainissement du fichier du patrimoine immobilier de l’Etat, en cours, est très peu connue du public. Mohamed Lamine Yayo, DG de ce service public, dans une interview accordée à notre rédaction, nous en donne des détails et annonce des démarches administratives en vue d’une récupération de l’espace occupé par des réfugiés Libériens et Léonais à la Cité ministérielle.

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Mosaiqueguinee.com : Vous avez lancé une campagne d’assainissement du fichier du patrimoine immobilier de l’Etat, quel est l’état des lieux qui a prévalu à cela ?

Mohamed Lamine Yayo : Je suis à la tête de cette direction depuis le décret 057 du 27 mai 2016 du Président de la République, le Prof Alpha Condé, qui a bien voulu m’investir de sa confiance en me nommant à la tête de la Direction Générale du Patrimoine Bâti Public de l’Etat, une direction extrêmement sensible et névralgique, qui est en train aujourd’hui de jouer son rôle à travers notamment l’assainissement du fichier de l’immobilier de l’Etat.  Pourquoi assainissement ? Il y a eu déjà des campagnes, notamment en 2009 et en 2011. Elles se sont soldées par ce que j’appelle un labeur qui a eu un goût amer d’un labeur inachevé.

Parce que les résultats issus de ces deux campagnes n’ont pas été diffusés, n’ont pas donc pu être utilisés à bon escient par l’Etat pour que le fichier soit assaini et que cette constante d’assainissement soit en permanence la boussole pour orienter la Direction du Patrimoine Bâti Public.

Si ces campagnes avaient été bouclées, si les dénouements avaient été heureux, on ne parlerait pas aujourd’hui d’assainissement, on parlerait plutôt de continuation.

Mosaiqueguinee.com : Pouvez-vous nous dire l’état d’avancement de cette campagne ?

Mohamed Lamine Yayo : C’est un travail gigantesque, les neuf sous-commissions constituées sont sur le terrain, en train de travailler. Mais les résultats escomptés n’ont pas encore atteint leur vitesse de croisière. C’est un processus de longue haleine. Cette campagne va couvrir toute la Guinée. Il y a des échantillons sur desquels ont porté nos choix, nous sommes en train d’interroger les gens pour voir comment se passe le droit de propriété afin de vérifier si ceux qui ont eu des immobiliers bâtis de l’Etat dans le cadre d’une relation de partenariat public-privé, si ces biens sont les leurs. Notre démarche va être empreinte de bonne lecture du droit pour que l’Etat puisse entrer en possession de tout ce qui lui a été retiré, pour encore étoffer l’escarcelle du patrimoine immobilier public.

C’est la mission de toute la grande commission dont la Direction du Patrimoine Bâti Public assure la deuxième vice-présidence. La présidence est assurée par la Présidence de la République, la vice-présidence est assurée par le ministère de l’Habitat, la troisième vice-présidence par l’Agent judiciaire de l’Etat.

Tout est là dans le cadre d’une relation de complémentarité pour que le travail ne soit pas orienté contre un individu.

Mosaiqueguinee.com : La rénovation des tours de Boulbinet, où en est-on ?

Mohamed Lamine Yayo : Réalisées depuis l’époque coloniale, ces tours ont résisté aux vicissitudes du temps. Nous ne sommes plus dans la logique de faire des colmatages. Nous avons fait des préavis, nous sommes en période d’hivernage, nous ne pouvons pas donc demander aux occupants de sortir maintenant. Il y aura des mesures d’accompagnement et nous ferons en sorte que les occupants quittent dès après la saison pluvieuse.

Ces bâtiments sont certes réalisés à l’époque coloniale, mais selon le service de la rénovation et de l’entretien des bâtiments, en collaboration avec des cabinets d’experts installés à Conakry, ces tours vont encore résister un peu aux vicissitudes du temps. Mais nous sommes dans la logique de les démolir, selon les instructions fermes que nous avons reçues du Président de la République. 

Mosaiqueguinee.com : Parlez-nous du cas de l’espace occupé par des réfugiés à la cité ministérielle.

Mohamed Lamine Yayo : Il y a ce qu’on appelle le partenariat de la Guinée avec les institutions internationales. Le Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés, s’occupe d’une gestion universelle avec un plan standard. La guerre au Libéria a pris fin, les peuples Libériens et Léonais, par la voie des urnes, ont mis en place des Etats démocratiques. Donc la guerre n’est qu’un lointain souvenir. La Direction du Patrimoine Bâti Public, dan le souci d’élargir, d’étoffer son escarcelle, en relation avec les ministères en charge des Affaires Etrangères et de l’Administration du Territoire, est en relation, avec le Haut Commissariats des Réfugiés, pour qu’au nom de la réciprocité diplomatique, ces ressortissants Libériens et Léonais puissent faire un retour pacifique et paisible dans leurs pays respectifs et y savourer le fruit de la démocratisation.

Mosaiqueguinee.com : La Direction du Patrimoine Bâti Public que vous dirigée peut-elle vendre un bien immobilier de l’Etat ?

Mohamed Lamine Yayo : Voilà une question à la fois très pertinente et sensible. Le public ne connaît pas les procédures. La mise sous contrat d’un bâtiment de l’Etat repose sur des règles juridiques très claires.   Ce qui est évident, c’est que le patrimoine seul ne peut pas déclencher l’opération de mise en contrat. Nous travaillons en synergie avec le ministère de l’Habitat qui est chargé de concevoir la politique d’urbanisation du pays. La direction du patrimoine bâti fait des avis d’objection ou de non objection.

Mosaiqueguinee.com : Quelles sont donc vos missions ?

Mohamed Lamine Yayo : Les missions du patrimoine bâti public sont des missions diffuses. A partir des recettes de nos locataires, nous contribuons à renflouer le trésor public. Nous avons pour charge, de rénover et d’entretenir le patrimoine immobilier de l’Etat, malgré la modicité du prix de la location, qui ne dépasse pas le seuil de deux cent mille francs guinéens.

Mosaiqueguinee.com : Quelles sont vos difficultés ?

Mohamed Lamine Yayo : La principale difficulté, c’est la compréhension qu’on se fait du Patrimoine Bâti Public, c’est un fait culturel. En Guinée on n’a pas encore réussi à développer la culture du civisme. Vous verrez par exemple que dans le cadre de nos relations avec quelqu’un, quand il est fonctionnaire de l’Etat, au moment de faire valoir son droit à la retraite, ce contrat est désuet, il doit rendre le bâtiment. Mais les gens sont enclins à s’inscrire dans une logique successorale. Et malheureusement, la plupart des cas, ça se passe sans contrat avec la direction du patrimoine.

Mosaiqueguinee.com : Pour finir, pouvez-vous nous dire quels sont les biens qu’on peut citer comme faisant partie du patrimoine bâti public ?

Mohamed Laimne Yayo : L’escarcelle du patrimoine bâti de l’Etat se présente comme suit : tous les bâtiments administratifs hérités de l’époque coloniale, il y a ce qu’on appelle à partir du 26 janvier 1977, les bâtiments visés dans le cadre du règlement à l’amiable du contentieux franco-guinéen. Il y a tous les bâtiments qui étaient sous séquestre, il y a toutes les réalisations effectuées par l’Etat. En dehors de cela, quand un projet est en Guinée et qu’il arrive à terme, ses bâtiments administratifs retournent dans l’escarcelle du patrimoine bâti public. A tout cela s’ajoutent toutes les réserves foncières et toutes les réserves forestières. Avec la troisième République, avec la volonté politique du Président Alpha Condé, il faut avoir le courage de le dire, on a réalisé à la faveur des fêtes tournantes dans les régions de Boké, Kankan, N’Nzérékoré et Mamou, des bâtiments administratifs qui sont ipso facto dans l’escarcelle du patrimoine bâti public.  La Cité chemin de fer est dans l’escarcelle du patrimoine bâti de l’Etat, dans le cadre d’un règlement entre la Guinée et un opérateur économique qui a utilisé des fonds publics et qui ne payait pas l’impôt à l’Etat. Nous ne finirons pas d’en citer.

 

Interview réalisée par Thierno Amadou M’Bonet Camara

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