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Lutte contre l’impunité, l’épreuve de force qui interpelle notre justice

Les avocats guinéens boudent depuis hier mercredi les audiences de l’ensemble des cours et tribunaux du pays. Leur colère, cette fois-ci, est due aux abus dont ils sont souvent victimes dans l’exercice de leurs fonctions.
Si ce n’est pas leur premier débrayage depuis la fin de la transition militaire, cette dernière action interpelle plus particulièrement le parquet et le département de la justice, qui se voient ainsi mis devant leurs responsabilités dans la riposte contre les nombreuses violations commises dans les gendarmeries et postes de police.

Décidément le ministère de la justice est dans la tourmente depuis quelques temps. A peine a-t-on tourné la page du débrayage de la garde pénitentiaire, que les hommes en noir donnent de la voix.

Il n’y a pas si longtemps, c’était au tour des huissiers de justice de paralyser de nombreux actes de procédures pour protester contre les obstructions à l’exercice de leurs fonctions. Il ne serait donc pas excessif d’affirmer qu’il y a un malaise quasi généralisé dans ce pan important de notre République.

Le point commun aux multiples soubresauts qu’enregistre la justice guinéenne depuis quelques années reste la dénonciation d’abus à tous les étages. Récemment, un avocat mécontent des interférences du garde des sceaux dans le dossier des massacres du 28 septembre 2009 le traitait de quasi analphabète, l’accusant au passage d’incarner « l’injustice » et de se rendre coupable de « discrimination, le trafic d’influence, l’usurpation de titres et de fonctions».

Bien avant lui, les huissiers de justice s’insurgeaient contre la suspension par ce même ministre, hors des délais légaux, de l’exécution des décisions de justices dans les affaires de déguerpissements. Les gardes pénitenciers ont pour leur part débrayé il y a quelques semaines, pour fustiger leurs pénibles conditions de travail, juste au moment où le ministre leur imposait un nouveau programme de formation « militaire » obligatoire.

Même si les dénonciations sont nombreuses concernant les tentatives d’immixtion et des pressions de la part d’autorités administratives à tous les niveaux, cette dernière grève des avocats intervient pour dénoncer les nombreux abus subis par ces derniers et leurs clients de la part des officiers de police judiciaire. La présence d’un avocat dès la phase de l’enquête préliminaire est pourtant consacré par la procédure pénale.

Mais il n’est pas rare de voir des policiers ou gendarmes s’opposer catégoriquement à cette présence. Des cas de violences avérées sur des avocats sont mêmes rapportés. Le comble dans tout cela, c’est l’indifférence du parquet qui ne poursuit guère les hommes en uniforme qui se rendent coupables de tels agissement. Or, on sait les intimidations et les brimades, voire les cas de tortures que subissent les mis en cause de la part d’OPJ, qui semblent désormais comme protégés par les procureurs et par ricochet le ministère de la justice.

Hasard du calendrier ou non l’ancien gouverneur de Conakry, Commandant Sékou Resco Camara, comparaitra à partir du 13 novembre devant le TPI de Dixinn. Déjà en 2011, l’officier avait fait l’objet de poursuites pour séquestration d’avocats et des menaces contre d’autres auxiliaires de justice. Le barreau n’avait pas hésité alors à organiser une marche dans les rues de Kaloum. Il sera rejoint sur le banc des accusés par l’ancien tout-puissant chef d’Etat-major des armées, le Général Nouhou Thiam.

Les deux comparaîtront cette fois-ci pour des faits de tortures sur quinze compatriotes le 23 octobre 2010, à l’escadron mobile d’Hamdallaye. Les avocats de ces derniers, soutenus par des organisations guinéennes et internationales de défense des droits des personnes, auront bataillé rudement pendant sept longues années avant d’obtenir ce procès. Qu’en est-il de tous ces autres anonymes, victimes silencieuses ou moins nantis dont les dossiers prennent de la poussière dans les différents tribunaux du pays ?

Sentinelles contre les abus de tout genre sur les citoyens, les avocats sont les partenaires incontournables des défenseurs des droits humains. Mais ils sont aussi et surtout le thermomètre de l’Etat de droit et à ce titre, leur colère est plus que révélatrice de l’état de santé de notre démocratie. Il est donc superfétatoire de demander au ministère de tutelle et à tous les autres acteurs concernés par les questions de sécurité et de droit s de l’Homme de prendre en considération ce son de cor. Car mêmes ceux qui les briment le matin auront besoin de leur service le soir.

Au-delà d’une simple réclamation catégorielle, cette grève interpellent sur le difficile travail d’un maillon essentiel de notre vie en société, de notre liberté et de notre souveraineté. Dans notre société de conflits et de dissensus, il est plus que pressant de préserver ces quelques rares entités qui nous tiennent encore ensemble.

A bon entendeur demi-mot. 
Mohamed MARA Radio Espace

 

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