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Me Fréderic Fromo Loua : «c’est une aberration, le président ne peut pas fermer une radio» (Interview)

Me Fréderic Fromo Loua

Me Fréderic Fromo Loua, président de l’ONG Mêmes Droits pour Tous (MDT), est aussi président de la commission protection des  droits  de l’homme à l’Institution Nationale des Droits de Humains (INIDH).

Dans un entretien accordé cette semaine à notre rédaction, l’avocat s’est prononcé sur la gestion de la grève en cours dans l’enseignement pré-universitaire, la menace du Chef de l’Etat de fermer des radios, et l’affaire du massacre du 28 septembre.

Lisez !

Mosiauqueguinee.com : depuis plus de deux semaines, la grève des enseignants déclenchée le 13 novembre 2017 par des dissidents du SLECG, perturbe le système éducatif guinéen. Des morts et des blessés ont été enregistrés, à qui la  faute ?    

Me Fréderic  Fromo Loua : je crois  que depuis plus de deux semaines, comme vous le dites, notre pays  traverse  des moments de grève, une grève qui affecte gravement les droits des enfants d’aller à l’école.

Cette situation que nous déplorons, il faut le dire,  c’est  la faute des autorités  qui ne veulent pas réellement appeler les grévistes à la table de négociation pour essayer de trouver  une solution définitive.

Je rappelle que l’année dernière, au mois de février de  l’année en cours également, nous avons connu des  moments  de grève où les enfants sont restés longtemps à la maison. Tout cela, ce sont des situations qui ne sont pas à l’avantage du pays. Les autorités ne semblent pas comprendre la mesure de la situation. Elles veulent utiliser la force pour intimider les grévistes pour ne pas être en face de  leur responsabilité. Ça, c’est une fuite en avant que nous déplorons.

Aussi, en ce qui concerne les morts, les blessés et le cas de viol, nous défenseurs des droits humains  en Guinée, nous avons  condamné ça avec la dernière énergie .

Les autorités et les forces de défense et de sécurité ne doivent pas avoir la gâchette facile. Il faut qu’elles se rappellent qu’elles sont d’abord une force républicaine.

Elles ne sont pas là pour servir les intérêts de  quelque politique  que ce soit. Elles sont là pour respecter les lois de la République et de faire respecter aussi.

Mosaiqueguinee.com : quelle lecture faites-vous de la menace du chef de l’Etat de fermer toute radio qui donnerait la parole à Aboubacar Soumah ?      

Me Fréderic Fromo Loua : je crois que ça c’est une aberration, le président ne peut pas fermer une radio. Pour qu’une radio  soit fermée, il faut une décision de la HAC.

La HAC est une institution de la République qui est censée être indépendante de l’exécutif. Donc, dire qu’on va fermer  une radio, c’est une manière d’amuser la galerie.

Je crois que ce sont des menaces qui  n’en  valent pas la peine. Nous sommes un pays qui a des lois et  qui a des institutions et des normes de fonctionnement. On ne peut pas comme cela, menacer et tenter de porter un coup fatal à la liberté de la presse qui est un socle de la démocratie pour le pays. Donc,  c’est inadmissible que le chef de l’Etat puisse fermer une radio parce qu’elle a donné la parole à un gréviste du SLECG.

Mosaiqueguinée.com : abordons à présent le dossier du 28 septembre, que pensez-vous du traitement de cette affaire ?

Me Fréderic Fromo Loua : le dossier a été clôturé en termes d’instruction préparatoire.  Et, il  a été retourné au niveau du procureur de la République qui doit  prendre ses réquisitions.

Donc, je pense que le procureur devra prendre ses réquisitions pour que justement, une ordonnance de saisine  soit prise pour saisir la juridiction de jugement.

Mais, nous ne savons pas à quel moment, ce réquisitoire doit être  pris. En ce sens que nous restons accrochés  à la décision de M. le procureur qui doit prendre ses responsabilités pour rendre  ce réquisitoire, afin que le juge puisse également rendre une ordonnance de saisine. Nous sommes à ce niveau.

Entre-temps, il y a une plainte qui avait  été déposée par un certain groupe de victimes. C’est après, je crois qu’on a décidé de faire une jonction de procédure pour justement aller très vite.

Nous pensons que les autorités, au regard de l’ampleur de la situation, au regard de la gravité des infractions reprochées, vont prendre les mesures nécessaires pour que justement, ce dossier soit jugé.

Je rappelle une fois encore que ce dossier avait sali la réputation de  l’image internationale de la Guinée et  avait mis la  Guinée au banc des pays qui ne respectent  pas les droits de l’homme.

Donc, la Guinée est devant un défi historique  non seulement pour rétablir les victimes dans leurs droits dans le but de  restaurer la journée du 28 septembre qui est une journée historique pour la Guinée.

Vous vous rappellerez que c’est la journée au cours de laquelle, les Guinéens ont dit non  au  grand général Charles de Gaulle, président de la République française d’alors.

Interview réalisée par Hassane Kolié   

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