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Travaux du comité de suivi, communicants en prison, révision de la loi sur le chef de file de l’opposition, mission du FMI… Damaro à cœur ouvert

Alors que la justice incarcère des communicants de l’UFDG et du RPG, ceux du parti au pouvoir se plaignent d’un manque de soutien de la part de leur formation politique. Au même moment, le comité de suivi de l’accord du 12 octobre poursuit ses travaux  et devrait se retrouver lundi prochain.

Le président du groupe parlementaire du RPG Arc-en-ciel, lui qui avait promis une proposition de révision de la loi sur le chef de file de l’opposition, a accepté d’échanger avec nous sur tous ces sujets et tant d’autres comme l’éventualité d’une suppression de la subvention de l’Etat faite à EDG (Electricité de Guinée) comme l’aurait suggéré une mission du FMI en séjour en Guinée, et les remous sociaux enregistrés cette semaine à Mandiana.

Mosaiqueguinee.com : le comité de suivi de l’accord du 12 octobre a reprise ses travaux, où en sommes nous ?

Amadou Damaro Camara : à la première séance, qui était la vingtième, nous avons établi une méthodologie de travail. A ce qui concerne le point relatif au contentieux électoral, il a été demandé que chaque parti dépose ses griefs au niveau de la sous-commission élections communales. Le lundi prochain, nous sommes invités à une plénière. Nous avons dit à la première rencontre qu’en  ce qui nous concerne, nous n’avons pas d’apriori, nous sommes ouverts à trouver la solution à tous les problèmes et nous allons poser tous les problèmes sur le tapis. Voilà notre position et on n’a pas changé.

Pour l’opposition, la finalité de ces pourparlers doit être le réexamen partiel des résultats. On sait aussi que ce n’est pas votre position de départ. Allez-vous faire des concessions ? 

Je vous dis qu’il n’y a pas de tabous, tout sera mis sur la table. Nous n’avons pas d’apriori, on ne veut pas donner de position outre que celle que nous avons. Nos collègues de l’opposition ont des griefs, on a aussi des griefs. Par exemple, le RPG avait envoyé à la justice des contestations sur 26 communes. On nous a déboutés sur 24, on a accepté pour deux (2). Nous n’avons pas fait de tapage, respectueux des décisions de nos institutions. Mais n’empêche qu’on examine avec le cœur ouvert, sans idée préconçue et sans apriori. Nous commencerons à travailler le lundi.

Si donc l’UFDG tient à Matam, Dubréka et aux autres communes qu’elle réclame, vous exigerez aussi qu’on revoie le cas de ces communes où vous avez été déboutés ?

Ce n’est pas notre façon de faire. Jusque-là, il y a une loi électorale qui est le code électoral, une loi organique, qui a  déterminé le déroulé des élections et l’après élection. Maintenant, si nous devons aller au-delà de ça, c’est notre solution comme on a pris l’habitude de le faire en Guinée.

C’est donc possible que les résultats définitifs proclamés par la CENI soient changés au sortir de ces rencontres ?

Je ne le dis pas. Je dis que tout est sur la table. Je ne suis pas en train de donner des solutions ou de proposer même des ébauches de solution. Mais nous aurons tout sur la table et nous allons discuter de tous les sujets à cœur ouvert.

A la suite de l’accord du 12 octobre, le RPG et l’UFDG, vous avez senti à un moment donné que l’opinion s’est montrée beaucoup critique à votre égard suite à la codification du point 2 dudit accord. Ne craignez-vous pas ce que l’opinion va penser de vous si vous parvenez à réexaminer ces résultats définitifs ?

Non, je n’ai pas peur de ce que l’opinion pense de moi en tant qu’individu, mais je sais une chose : en son temps, j’ai dénoncé ce code. J’ai fait d’autres propositions. Je suis allé jusqu’à proposer le mixage du mode de scrutin. Au lieu de la proportionnelle intégrale ou au lieu de la liste majoritaire, j’avais proposé un scrutin mixte. On m’a traité même de nazi. Le chef de file de l’opposition m’a même traité de celui qui va faire brûler le pays. J’ai été obligé d’aller à la maison de la presse pour retirer officiellement mes propositions tout en attirant l’attention de la presse qu’une loi étant dynamique, cette loi va se heurter à son applicabilité dans la réalité.

C’est ce que nous avons vu pendant ces toutes premières élections locales. Je demandais d’ailleurs à ce que ce code électoral soit revu pendant cette session pour corriger déjà ses insuffisances.

Vous en faites une priorité ?

Un souhait fort. De toute façon, je ne peux pas le faire seul, parce que c’est une loi organique. C’est un souhait fort, pour qu’elle soit suivie lors des autres élections. C’est ça une loi. Quand elle s’applique, quand elle a des insuffisances, c’est deux choses. On la supprime ou on l’amende.

Vous aviez aussi menacé de proposer une révision de la loi sur le chef de file de l’opposition. Allez-vous passer à l’acte pendant la session en cours ?

Ce n’était pas une menace, nous avons écrit aujourd’hui même (jeudi 12 avril 2018 ndlr) au bureau de l’Assemblée nationale pour transmettre les propositions de loi. L’exposé des motifs est clair, même le chef de file de l’opposition ne sait pas pourquoi son budget est de cinq milliards pas deux, pas dix ?  Parce que la loi est muette sur la détermination du volume de ce budget. Deuxièmement, la loi actuelle est aussi muette sur l’utilisation qu’il faut faire de ce budget.  Troisièmement, on est dans une confusion en ce qui concerne le cabinet de chef de file de l’opposition. L’esprit est que le chef de file de l’opposition puisse faire des études sur l’état de la nation, demander à rencontrer le chef de l’Etat,  critiquer sa gouvernance et lui faire des suggestions sur des secteurs donnés.

Dans notre compréhension, pour cela, il a besoin d’expertises. Voici de l’argent qu’on met à sa disposition pour pouvoir recruter ces expertises, ses consultants en permanence comme de manière ad hoc. Tout ce beau monde technique, je dis bien technique, doit être coordonné par un chef de cabinet. Il a formé un cabinet de dirigeants, pendant toute l’année budgétaire, il n’a pas rencontré le Chef de l’Etat, il n’a fait aucune suggestion. Et, la loi ne dit même pas comment il doit justifier l’utilisation de cet argent.  Parce qu’on ne lui dit pas comment utiliser, on ne sait même pas comment lui demander des comptes.

Un autre point, est que la justice sociale ou sociopolitique veut qu’on ne soit pas en train de financer dans tout le paysage politique guinéen, un seul individu. Parce qu’après tout, c’est un seul individu, comme il le dit lui-même, ce n’est pas pour son parti, c’est son argent.  Donc, il faut que toutes les structures politiques d’une certaine envergure, bénéficient de l’argent public.

Un autre esprit qui était derrière cette loi, c’était d’encadrer l’activité politique, indépendamment des groupes d’intérêts. On disait que ce sont les commerçants qui financent tel parti… De l’argent public permet à ces institutions politiques d’être indépendantes de ces groupes d’intérêts pour pouvoir librement, et en toute indépendance, faire de la politique.

Ensuite, ça devrait permettre d’avoir plus de dialogue, mais nous n’avons réussi rien de tout ce que je viens d’énumérer. Et nous avons voulu amender la loi pour mettre au clair tous ces griefs que nous avons contre cette loi. Ensuite, la charte des partis qui est aussi une loi qui n’est pas respectée.

Des communicants du RPG sont en prison, quelqu’un a accusé le parti dans les Grandes Gueules de les abandonner, avez-vous un mot à dire là-dessus ? 

C’est ce que nous nous reprochons même à l’opposition. Le président de la République a été clair, il n’encourage pas, il n’invite pas, il dénonce et il est contre ceux qui appellent à la haine. On peut communiquer, on peut faire sa propagande, on peut vendre l’image ou les réalisations de son parti, sans toucher à l’unité nationale. Donc c’est pour vous dire que la loi doit s’appliquer à tout le monde et à tous ceux qui sont dans les mêmes erreurs.

Mais Bantama Sow avait quand même bénéficié de votre soutien. Ce que ces jeunes demandent, c’est de vous voir à leurs côtés. 

Un ministre en faute, nous n’avons pas encore la Haute cour de justice, vous ne pouvez pas l’amener dans un tribunal de première instance. Mais moi, en tant qu’individu, je me suis toujours démarqué des rhétoriques incendiaires.

Honorable, on apprend que la mission du FMI suggérerait à la Guinée de supprimer la subvention toujours faite en faveur d’EDG. Seriez-vous d’accord avec une telle meure ?

D’accord ou pas, il y a une réalité évidente. C’est que dans tous les pays du monde, on paye l’énergie, on paye l’électricité. En Guinée, on a pris l’habitude de ne pas payer l’énergie et de la réclamer. Dès qu’il y a coupure, on se jette dans la rue mais on ne veut pas payer le courant qu’on consomme. C’est seulement en Guinée qu’on voit ça, Même quand on met des compteurs pour savoir ce qu’on consomme, on les arrache. Imaginez-vous que nous avions prévu quatre cents milliards de subvention à l’EDG.  Nous avons terminé l’année à mille cent cinquante milliards de subvention. A ce niveau, quelque chose doit être fait.

Permettez-moi de vous arrêter à ce niveau. Si vous dites que vous aviez prévu 400 milliards et qu’au finish il y 1.400 milliards dépensés, est-ce qu’alors le problème ne se trouve pas dans l’utilisation des fonds ? 

C’est ce que le budget a donné à l’EDG. Quel usage on en a fait, ça c’est un autre problème. Mais nous, dans le budget initial 2017, on avait prévu de subventionner EDG à hauteur de quatre cents milliards, mais finalement la subvention est partie jusqu’à mille et quelques milliards. Donc on se demande est ce que c’est bien géré ?  Est-ce que les consommateurs sont recensés ? Est ce qu’ils payent tous ?

Je vais vous donner un exemple. Une boulangerie moderne qui paye huit mille francs guinéens pour deux mois de consommation, ça vous donne une idée des problèmes dans le secteur. Que le FMI nous demande de supprimer la subvention, je comprends. Mais que quelque chose soit fait dans le domaine de ces subventions, c’est absolument nécessaire.

On souhaiterait aussi avoir votre réaction sur deux faits. Le premier c’est l’élection contestée de Alya Diaby à la tête de l’INIDH, l’autre, c’est la manifestation de jeunes à Mandiana pour réclamer entre autres, le bitumage du tronçon Kankan-Mandiana.

L’élection à l’NIDH, je me demande est ce que les textes de loi ont été appliquées et respectées. J’avoue que je ne maitrise pas le dossier. En ce qui concerne Mandiana, je crois qu’il y a des travaux qui ont commencé. Nous devons les terminer.  Certainement, la volonté du chef de l’Etat était de faire cette route mais des problèmes de finance sur le budget national ont retardé. Mais ce qui est certain, c’est que sa volonté est de bitumer non seulement la route Kankan-Mandiana, mais aussi tous les axes de la Guinée. C’est un problème de temps et de moyens.

Interview réalisée par Thierno Amadou M’Bonet Camara

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