Chroniques

Rapatriement de guinéens : La Belgique reste le cou raide, Plume à Zacharie Millimouno du 18 Mars 2014.

L’Etat Belge intrépidement résolu à claquer sa porte à plus d’une vingtaine de guinéensmal venus ; de guinéens qu’on n’y veut pas, tout comme eux-mêmes ont dédaigné notre indigence commune au point d’en mettre les voiles. Pourtant la Guinée a tout aussi intrépidement contesté cette éjection massive des siens en raison d’éléments non encore clairement élucidés. Mais rien n’y fait. La Belgique reste le cou raide, se riant royalement de la risible position guinéenne, elle les mettra à la porte.
Cela soulagerait bien des cœurs de découvrir en ces mots, très exclusivement, un procès belge, voire européen de l’immigration, je crains de n’en pas faire à totale satisfaction, puisqu’à mon humble sens, le contexte belge de l’immigration guinéenne devrait tous nous ramener à la Guinée d’abord.
En Belgique, en effet, les guinéens emboîtent le pas aux afghans en termes de demandes d’asiles et ce, pour des raisons connues de tous. Nos frères décampent de notre vie commune pour retrouver celle qu’ils souhaitent. C’est pour eux la négation de nos nombreux manques, de nos rebutantes ruptures d’eau et d’électricité, de nos sempiternelles promesses de justice, de notre chimère de réconciliation et d’unité nationale, de leurs scandaleux serments d’emploi de la jeunesse piaffés. Si ces guinéens de Belgique se retrouvent aujourd’hui en situation irrégulière, c’est d’abord du fait d’un Etat irrégulier, d’institutions frappées de déchéance et à l’image toute décrépie.
Et c’est là ce qui m’agace que les autorités guinéennes clament maintenant leur préoccupation pour des guinéens qu’elles n’ont pas su servir quand il le fallait. Ça sonnaille comme faux, comme répondant d’un besoin de forme que d’exiger rigoureusement de l’Etat belge des manières plus humaines. Mais qu’on se tienne bien, ce sont là des réalités avec lesquelles la Guinée et ses autorités devront conjuguer, du moins en attendant le miracle du minimum commun.
La vérité, l’âpre vérité est que d’une autre vue, la Belgique est aux belges qui ont charge de l’administrer comme ils la sentent. Si certaines formes d’immigration constituent des risques, voire des obstacles à une meilleure maîtrise de la chose publique, il va de soi que les belges agissent dans le sens de leurs intérêts d’abord. Ces guinéens, nos frères, reviendront donc à Doumbélane avec pour seule nouveauté, la forme.
Contrairement au convoi militarisé annoncé, on s’attend à voir nos guinéens revenir, tels des parachutistes, en petits groupes de trois à bord de compagnies de l’aviation civile.
Action diplomatique réussie ou retour à la raison des chartes paraphées, je m’en contrefiche, le suspense demeure saisissant quand l’acteur est tenu à un retour forcé à la terre de toutes ses galères.
Si l’on tient donc, aussi fortement qu’on le chantonne, à être pris au sérieux, commençons d’abord par nous prendre nous-mêmes au sérieux.

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