Chroniques

Plume à Aboubacar Diallo du 19 Mars 2014.

Elle manque dans les robinets de leurs quartiers depuis de longs mois, l’eau, source de vie, est devenue leur quête quotidienne, obligées qu’elles sont de faire flèche de tout bois pour se la procurer dans un pays dit château d’eau de l’Afrique de l’Ouest. Le contraste est saisissant avec la réalité dans les autres pays de cette sous-région, c’est le cas de la petite Sierra-Léone.

La Guinée des manifestations à n’en point finir, la Guinée des convulsions, la Guinée des soubresauts, cette terre promise à un bel avenir par Dame nature qui répandit sur elle toute la plénitude de sa largesse et de sa providence, cette terre fière de son passé glorieux bâti de sang et de dignité de ses fils héroïques, oui la terre de mes illustres ancêtres s’avilit et s’humilie à la face du monde, inepte qu’elle est d’étancher la soif de ses fils et filles, alors que de l’eau, elle en regorge à gogo, on dit même d’elle qu’elle est le château de l’Afrique de l’Ouest, oui c’est ce qui s’enseigne dans les manuels de géographie, mais la réalité, elle, est toute autre. Lasses d’être obligées d’être levées tôt, de faire le pied de grue et de jouer les castagnes devant les quelques oasis, œuvres de bon samaritains, au milieu de l’océan de dessèchement et de décrépitude laissé en garrigue par l’Etat, pour s’offrir un bidon d’eau juste pour ne pas mourir, les nerfs à la rupture sous le poids de la corvée que ça représente pour elles que de s’offrir de cet or bleu dont Dame nature a pourtant doté leur pays en surabondance, lasses d’entendre des boniments et des promesses-serments d’ivrogne, les femmes des zones d’Hamdallaye-Bambeto-Koloma, crient depuis des jours du fond de leur cœur de mères n’en pouvant plus de se coltiner cette vie de misère, leur ras-le bol et leur dégoût, dégoût d’une vie de manque de tout, d’une vie desséchée, racornie, rabougrie par une absence d’eau dans les robinets qui s’éternise. S’il est à déplorer la tournure prise par les événements depuis leur déclenchement, s’il est à déplorer les débordements auxquels ils ont donné lieu, ces manifestations contre le manque d’eau sont illustratives de l’échec de la politique d’adduction d’eau et de l’abandon de tout un secteur par un Etat défaillant. Oui depuis longtemps, la Guinée a été un Etat défaillant, incapable de fournir des services essentiels comme l’électricité et l’eau à ses populations. Certes à la décharge de la SEG, il y a cette disproportion qui saute à l’œil en matière d’investissements, EDG étant largement la mieux nantie en la matière, mais il n’y a point d’excuses pour un Etat par les temps qui courent de ne pas être à mesure de donner de l’eau à sa population, on peut être privé de courant des jours et des mois, mais de l’eau, on ne peut pas en être privé pour un seul jour. L’Etat guinéen a été défaillant et continue d’être défaillant, j’ai pâli de jalousie il y a quelques jours quand je fus amené à franchir la frontière pour découvrir la petite Sierra Léone d’à-côté, qui renaît de ses cendres après toutes les turpitudes et toutes les affres de la souffrance qu’elle et ses habitants ont connues durant de longues années de braise, oui la Sierra Léone sort de l’abîme, oui elle remonte le courant, oui elle se stabilise et se démocratise, grâce aux rentes tirées de l’exploitation de ses mines, son gouvernement a réussi l’exploit en peu de temps de remettre le pays sur orbite, oui la Sierra Léone n’est pas comme la Guinée, de manifestations elle n’en connait point, des émeutes de courant et d’eau, elle n’en connaît guère, de l’eau et de l’électricité, c’est à la portée de tous et de toutes, pourtant la petite Sierra Léone n’est pas le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest, j’ai honte, je pleure en silence…

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