Politique

Opinion : Le Virus Ebola est-il antidémocratique ?

Il arrive aux peuples de traverser des moments difficiles pendant lesquels, différentes théories apparaissent quant aux raisons possibles. Si les cartésiens voient toujours une cause objective, les religieux appellent à un « retour aux valeurs » du monothéisme selon qu’on soit face à l’Imam ou au Prêtre. Des régions d’Asie et de l’Amérique subissent fréquemment des calamités non maîtrisables mais les malheurs subis généralement par les peuples d’Afrique laissent perplexe quant à la fatalité des phénomènes: guerre, épidémie, instabilité politique…
Les africains qui ont connu, surtout dans les années 1990 et 2000, des guerres sanglantes et des renversements de régimes, ont commencé à installer un climat socio politique propice à la croissance et au développement bien que le résultat reste mitigé. L’apparition il y a quelques mois d’une épidémie aussi effrayante que difficile à combattre compte tenu des valeurs culturelles africaines, nous amène à nous demander quel est le crime commis par le peuple africain ?

Pendant qu’on se félicite de la démocratisation des pays sortis de guerre, des pays libérés de la dictature et instabilités politiques, une maudite maladie revient s’abattre sur des zones en démocratisation et encore politiquement et économiquement fragiles. La fièvre hémorragique à virus Ebola découverte en Guinée au premier trimestre 2014 est aujourd’hui une préoccupation mondiale et un obstacle au processus démocratique déclenché dans les pays concernés voire dans leur pays limitrophes.
Si la Guinée était le seul pays concerné en début d’année, la Sierra Léone, le Libéria, le Nigéria et la République Démocratique du Congo sont lourdement touchés sans oublier les cas signalés dans certains pays notamment en Côte d’Ivoire, au Ghana et le Mali. Ces pays sont tous en prélude des élections qui sont aujourd’hui compromises car les populations sont appelées à laisser leur divergence de coté et à s’unir comme un seul Homme pour faire face à cette épidémie. Ce qui fait que des opposants deviennent par moment réticents face à la critique des pratiques douteuses afin d’éviter des incompréhensions populaires vu qu’aujourd’hui la priorité des populations est sanitaire.
La Guinée, qui est le point de départ de cette série de contaminations de la sous région, tend vers la limite du calendrier républicain quant à l’organisation des élections communales de 2014 et les programmations des élections présidentielles de 2015. Si Ebola n’est pas maîtrisé, je vois improbable la possibilité d’organiser une telle élection dans l’année en cours mais aussi le respect du calendrier de celle de 2015. Si non le gouvernement va-t-il se permettre l’ouverture d’une quelconque campagne électorale pendant que le pays est en urgence sanitaire ? Si oui, quelles seront des mesures d’accompagnement et leur efficacité sachant qu’il est incapable de limiter la chaine de transmission en période d’état d’urgence ? De toute façon, il sera irrationnel de la part du gouvernement de parler de l’esprit patriotique pour la lutte contre le virus Ebola et de manifester ses inquiétudes par rapport au meeting de l’opposition et dans le même contexte, déclarer ouverte la tenue d’une série de meetings politiques par tous les compétiteurs aux élections à venir.
La commission électorale nationale (National Elections Commission-NEC) du Libéria a déjà fixé la date des élections au 14 Octobre 2014. Les périodes de débats entre candidats et de la campagne s’écoulent pendant que le pays traverse un état d’urgence. Avec cette allure des choses, peut-on penser à l’organisation d’une élection qui implique l’autorisation des meetings géants et des mobilisations de masses ? En tout cas, pas en période d’état d’urgence.
Le Nigéria, qui est rentré dans le fichier des pays à haut risque, est également en année préélectorale. La Commission Electorale Nationale et Indépendant a déjà publié sur son site un chronogramme pour les élections générales de 2015. On se demande également quel sera l’impact de la fièvre Ebola sur ce calendrier sans oublier la psychose créée par le terrorisme.
La République Démocratique du Congo (RDC) vient s’ajouter aux foyers déjà existants. Selon les autorités de ce pays, il n’y a pas de rapport entre la souche de la Guinée et celle découverte en RDC. Il s’agirait d’une souche d’origine congolaise et soudanaise. Ils soutiennent également que la zone où ces cas ont été identifiés est enclavée et aucune visite venant d’ailleurs n’est enregistrée. Cette précision nous amène à craindre d’autres apparitions dans les pays qui ont précédemment connu le ravage de ce virus. La CENI de ce pays devrait présenter un chronogramme pour l’organisation des élections locale, provinciale (2014) et présidentielle (2016) d’ici fin Août. Si le Président de la CENI l’Abbé Malu-Malu qualifie ces élections de « priorité des priorités », l’apparition d’Ebola, en plus de la rébellion, rend cette volonté difficile à concrétiser car il faudra un sursaut national pour une lutte efficace. Ce qui n’est pas aussi facile dans les zones de rébellion.
La Sierra Léone n’est pas du reste quant à la mise en quarantaine des zones à haut risque de contamination. Il faut rappeler que ce pays est également une jeune démocratie qui n’avait pas besoin d’obstacles de ce genre afin de consolider ses acquis. Le peuple de la Sierra Léone a fait montre de maturité politique depuis leur première élection post guerre.
Les conséquences ne sont pas que politique. L’impact sur la finance publique est une évidence d’où la nécessité d’une revue budgétaire afin de rendre plus efficace la lutte, par un soutien supplémentaire au secteur de santé publique qui souffre d’une planification structurelle dans les pays africains, d’où la problématique de financement publique du secteur de santé. La régression du taux de croissance, déjà insuffisant pour un véritable décollage, s’annonce imminent mais pour combien de points? La baisse des ressources financières et autres apports en savoir et en savoir-faire de la part des partenaires techniques et financiers est déjà enregistrée.
Il faut également noter que ces pays sont soit en période électorale ou dans les préparatifs pour l’organisation des scrutins. Sans oublier la baisse de popularité de certains dirigeants. Il faut donc veiller à la gestion de cette épidémie et faire preuve de responsabilité pour ne pas annihiler le processus démocratique déjà fragile par des récurrentes crises politiques. Les forces vives doivent veiller à la gestion responsable de cette épidémie pour éviter tout empiétement des différentes phases. Les peuples s’auront, j’en suis convaincu, faire face à cette épidémie comme un seul Homme car ils ont toujours su affronter des difficultés extrêmes dans la construction de leur Etats-Nation.
Si l’état d’urgence est en cours, pour le respect du calendrier républicain, il faut arrêter par consensus, une nouvelle forme de campagne électorale à respecter par tous les acteurs participants car l’efficacité d’une telle lutte nécessite une légitimité réelle.
Ce qu’il ne faut point faire, c’est de manipuler le calendrier républicain pour cause d’Ebola.
Mohamed CISSE
momci2004@gmail.com

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